‹ Saint François de Sales, directeur d'âmesChapitre 44 sur 102 · SEPT O DETTE · texte numérisé non relu

SEPT O DETTE

mais sans odeur : Hé, dit-elle, telles sont mes cogitations, belles a dire mais sans effect ni production. Voylà, ma Philothee, comme l'on tire les bonnes pensees et saintes aspirations de ce qui se presente en la varieté de cette vie mortelle. Malheureux sont ceux qui destournent les creatures de leur Createur pour les contourner au peché : bienheureux sont ceux qui contournent les creatures a la gloire de leur Createur, et employent leur vanité a l'honneur de la vérité. »: N'avons-nous pas là comme un petit traité par leçon de choses sur l'invention en matière d’oraison jaculatoire ? Contempler la nature, observer le ruisseau, la fleur, l'étoile, l'oiseau, les élever à la dignité de symboles, voilà le moyen d'obtenir abondance et variété dans ses « conceptions devotes ». Tout est matière à pieuse réflexion pour un disciple de saint François de Sales. Tout l'élève, tout l’inspire. Les mille chemins fleuris que d’autres fréquentent par volupté pure, il les prend comme saint Bernard, François d'Assise ou sainte Thérèse, pour aller à Dieu.

Nous avons dit que l'oraison jaculatoire était une petite

1 Introduction à la vie devote, 2 partie, ch. xi1, t. III, pp. 98-99. Comme ce christianisme cordial, chaleureux, pittoresque nous apparaîit plus aimable et plus humain que ce christianisme décoloré qui bientôt va prévaloir sous l'influence du Jansénisme. Dans son livre : Deux mystiques normands, MM. de Renty et Jean de Bernières, M. Maurice Souriau fait à ce sujet d'intéressantes remarques : « À force de rafñiner, de Bernières en arrive à dessécher des sources vivifiantes d'émotion religieuse. Son austérité me semble confiner à la maladresse, quand il dit : «Pour rendre l’oraison plus intellectuelle et que la nature n’y ait point de part, il faut se divertir de certaines choses qu: ont coutume de nous porter à Dieu avec sensibilité : comme la musique, la vue des belles églises, des tableaux de dévotion, de regarder le ciel et autres choses semblables. Cela est bon au commencement. » Mais cela est bon toujours, dit avec raison M. Souriau. Que fait-il donc du Cœli enarrant gloriam Dei ou du Dilexi pulchritudinem domus tue? Sans doute, on peut trouver la voie du salut avec des yeux baissés, fermés au monde extérieur. Mais pour la masse, est-ce une méthode très pratique que de faire l'ange, comme dit Pascal? » Cf. Op. cit. Paris, Perrin, p. 226. Voilà des réflexions que saint François de Sales n’eût pas hésité à signer !

« Nous parlons par le seul regard, » ? disait-il encore. Les mots articulés n’ont pour lui qu'un but, déterminer le mowvement du cœur ef de la pensée, seul essentiel. Mais ils mesont pas nécessaires.

duire en cette matière de l'oraison jaculatoire une règlementation dont »l n'a pas voulu même pour l'oraison pro- prement dite. Nous ne recevrons de lui aucune prescription sur le nombre, la forme et le moment de ces invocations essentiellement spontanées. Tout ici relève de l'initiative personnelle. I] dit seulement : « Rappeles le plus souvent que vous pourres parmi la journee vostre esprit en la pre- | sence de Dieu », ou encore : « Resouvenes vous dong, Philothee, de faire tous-jours plusieurs retraittes en la soli- tude de vostre cœur, pendant que corporellement vous. estes parmi les conversations et affaires. » * ÎÏ ne va pas au- delà. Tout son effort est de mettre nos âmes en état de: respiration régulière, de les appeler à l’activité personnelle pour qu'elles produisent d’elles-mêmes leurs pieux « eslan- cements» vers Dieu. à Pour l'heure et le moment, que chacun suive soninspiration, mais que ce moment soit aussi fréquent que possible. Le saint, pour son compte:en arriva, vers la fin de sa vie, à ne

© Lettre à M®® de la Fléchère, mai 1609, t. XIV, p. 157.

? Sermons autographes. Sermon pour le vendredi après le 4° dimanche: de Carême, 6 avril 1612, t. VII, p. 97.

$ Introduction à la vie devote, 2 partie, ch, xt, t. HE, po. 91-93.

Ne nous attendons point par conséquent à le voir intro

jamais laisser passer un quart d’heure sans produire une aspiration vers Dieu. Au surplus, c’est en toutes circonstances qu il est opportun de respirer ainsi en Dieu. « Faittes souvent, écrit-1l à la Présidente Brulart, des oraysons jaculatoires à Nostre-Seigneur, et ce a tous les heures que vous pourres et en toutes compaignies, regardant tous-jours Dieu dans vostre cœur et vostre cœur en Dieu. » : Aucune circonstance vraiment ne s'oppose à ce mouvement du cœur vers Dieu. C'est par l'oraison jaculatoire, inarticulée ou verbale, que nous pouvons réaliser le précepte évangélique : oportet semper orare. Dans les minutes les plus dissipées de la vie, au bal, à la récréation, en visite, on peut regarder au-dedans de soi, y contempler Dieu et lui offrir son cœur.

Ce mouvement se fait aisément et comme naturellement chez les âmes entraînées, mais notre saint ne méconnaît pas que le tourbillon des affaires et les rumeurs du monde produisent communément la distraction et l'oubli. Aussi n'omet-il pas de suggérer lui aussi quelques menues industries par lesquelles on peut se ressaisir et se restituer à Dieu. A la baronne de Chantal, par exemple, il conseille d'utiliser le son des heures pour reprendre haleine et se mettre en état de veille spirituelle : « Je desire. le long du jour, force oraysons jaculatoires et particulierement celles des heures, quand elles sonnent. C’est une devotion utile. » ? Au reste, gardons-nous de penser qu'il tombe dans certaines minuties naïves, imaginées après lui pour ramener la pensée vers Dieu, telles que ces «cadrans mystiques », en usage ça et là et qui peuvent donner à la piété quelque chose de mécanique. Nous l'avons vu se déclarer contre les pratiques trop mathématiquement réglées, contre les engagements à terme, qui risquent de tuer la spontanéité. Il ne se dédit pas en matière d'oraisons jaculatoires : il ne veut pas qu'on les soumette à une comptabilité stricte, qu'on en fasse comme un impôt payable à échéance : « Il ne faut pas

1 Lettre à la Présidente Brulart, 3 mai 1604, t. XII, p. 269. 2 Lettre à la baronne de Chantal, 14 octobre 1604, t. XIL,'p. 358.

certain oube de genuflexions, ires, + semblables pratiques, par jour, ou durant quelque emps. ans le dire à la Superieure, bien qu il faille estre. ort

x Vous ne pouvez non plus promettre a personne de dire He. = nombre de prières pour eux. » ! Ainsi, pas trop d’ arithmétique en spiritualité | | Certaine règlementation méticuleuse a pu convenir à telle ou telle âme sainte, à un saint Alphonse de Liguori, par exemple ; mais François de Sales estime que pour la … plupart des âmes il y a là un fardeau qui comprime et qu préoccupe. Tout au plus le verrons-nous à deux ou trois reprises suggérer un certain chiffre d’aspirations, chiffre d’ailleurs élastique et approximatif, donné à titre d'indication pour signiñer une série. C'est ainsi qu'il écrit à une religieuse : « Le soir, entre Vespres et le souper, VOUS vous retireres pour un quart d'heure ou une petite demy heure, ou en l’église ou en vostre chambre ; et là, pour rallumer le feu du matin, ou reprenant la mesme matiere que vous aures meditee ou prenant pour sujet Jesus Christ cruciñé, vous feres une douzaine de ferventes etamoureuses aspirations a vostre Bienaymé, renouvelant tous-jours vos bons propos d'estre toute sienne. » ? Quelques années plus tard, il écrivait de même à Me de la Fléchère : Je conseille « le soir, avant souper, une petite retraitte, en laquelle, comme en maniere de repetition, vous facies une douzaine de vives aspirations en Dieu selon la meditation du matin ou sur quelque autre sujet. » * I] n'ira jamais plus loin dans la voie des précisions arithmétiques. Et nous pouvons

1 Vrays entretiens spirituels. Entretien x, t. VI, pp. 167-168.

? Lettre à une religieuse, Septembre-Octobre 1605, t. XIIL, p. 105. Îl reviendra sur ce conseil et sur ce chiffre à peu près dans les mêmes termes. Cf. Introduction à la vie devote, 2 partie, ch. xt,

FAITS pp} 90 # Lettre à M" de la Fléchére, avril-mai 1608, t. XIV, pp. 7-8.

vérifier une fois de plus sur ce texte que l’oraison jaculatoire est conçue par lui comme la « repetition et le prolongement de l'oraison du matin». Faite autant que possible dans la même ligne, elle en étend le bienfait dans l’ordre affectif, comme le bouquet spirituel le renouvelait dans l'ordre cognitif. Cette promotion de l’oraison jaculatoire à la dignité d'oraison mentale suppléante est vraiment nouvelle en spiritualité. On ne lui avait pas encore donné ce rôle ni cette importance dans la vie chrétienne.

IT. — Les prières vocales '

Faire jailir un cri du cœur, tendre le ressort intérieur, voilà ce que notre saint poursuit d’abord en toutes choses. Ama et fac quod vis, nous l'avons dit, est l’axiome fondamental de sa spiritualité. Appliqué à la prière, 1l signifie : aime et toute prière que tu feras sera bonne. Un cœur aimant trouve toujours la bonne formule pour exprimer son amour. Ici encore ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement. Avec ou sans formule, la seule chose nécessaire c’est un mouvement du cœur vers Dieu. La meilleure prière, ce n'est ni la plus longue ni la plus savamment tournée, mais la plus cordiale et la plus ardente. « C'est une clameur aux oreilles de Dieu qu’un ardent désir », dit-il après saint Bernard, et il ajoute : « Auprès de Dieu le cri ne vaut pas autant que l'amour, » ? signifiant par là qu’une véritable prière n’est pas un exercice des lèvres mais un élan du cœur.

Guerre donc au verbalisme, guerre à la pure formule ! Prenons garde d’étouffer le cri du cœur sous l’abondance des mots. À l'inverse des anachorètes primitifs qui multi-

1 Logiquement, dans la vie chrétienne, la prière vocale précède la prière mentale. Si nous renversons ici l'ordre habituel, c'est que les diverses sortes de prière sont considérées, dans ce travail, selon la valeur éducative que leur attribue saint François de Sales pour une âme adulte.

2 Sermons autographes. Pour la fête saints Philippe et Jacques 1er mai 1622. t. VIII, p. 407.

prière pour en on li intensité. « “ lie manière de prier, disait-il, c’est de le faire en peu de mots

|. mais avec ardeur ». Et encore au même endroit : € Il faut:

donc beaucoup prier, mais en peu de mots. » !: Trois ans

plus tard, il répétait presque dans les mêmes termes ce

mot d'ordre : « Dites des paroles courtes mais ferventes. » ?

Ce qui l'avait induit à concevoir ainsi quelque défiance 4

contre l'élément verbal de la prière, c'était sans doute le spectacle de tant de monastères affadis où l’on priait encore à la manière de Gargantua « marmotant des lèvres et dodelinant de la tête » sans que le cœur parût intéressé à ce que la bouche disait !

Îl ne vint pas là d'emblée. A l'exemple de saint Ignace qui consuma beaucoup de temps et d'efforts, au début de sa conversion, en de laborieuses prières vocales, il commença lui aussi par subir l'influence de l'opinion courante et par se montrer assez préoccupé de formules. Il en demande à son ami Antoine Favre : « Nous avons entendu dire, lui écrit-il, que notre confrère, votre fils dans la Croix, l’excellent Saldoz, possède une centaine de formules de prières à Notre-Seigneur crucifié. Nous ne voyons pas le moyen

de nous en procurer, à moins qu'il ne nous en cède dix ou :

douze exemplaires. » * Mais il se dégage vite surtout à partir de 1602, sous l'influence du groupe Acarie, semble-t-il. En 1608 il écrit à M de la Fléchère : « Ne vous mettes point en peyne de faire beaucoup d’oraysons vocales, et tous-jours, quand vous prieres et que vous sentires vostre cœur porté à l'orayson mentale, laissés-l’y aller hardiment. » * Ce n'est pas, en tous cas, au nombre des prières

L Sermons autographes. Pour le vendredi après le 4 dimanche de Carême, 6 avril 1612, t. VIII, pp. 96-97.

; Sermons recueillis. Pour le dimanche des Rameaux, 12 avri 1615. t. IX, p. 71.

# Lettre à Antoine Favre, fin août 1594, t. XI, pp. 83-84. Lettre à MM® de la Fléchère, avril-mai 1608, t. XIV, p. 8. |

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que s'évalue la sainteté : « Un autre, dit-il avec une pointe d'ironie, s'estimera devot parce qu'il dit une grande multitude d'oraysons tous les jours. » : On trouvera même assez souvent sous sa plume l'expression d'un certain détachement à l'égard de la prière articulée : « Où l'amour regne, on n'a point besoin du bruit des paroles exterieures. » ? L'âme suffit à cette opération mystérieuse qui n’a pour but que « d’unir et joindre » notre volonté à celle de Dieu.

La prière vocale n'est retenue par saint François de Sales que dans la mesure où elle nous aide à atteindre cette fin d'union qui se réalise par la « fine pointe » de l'esprit. Le saint n'ignore pourtant pas que pour certaines âmes, et pour nous tous à certaines heures, la prière articulée, la formule, est le stimulant nécessaire, le véhicule aussi de la prière intérieure. I] sait que le geste, l'attitude, le mouvement des lèvres, sont générateurs de pensées, excitateurs de sentiments. C'est à ce titre qu'il garde son estime à la prière vocale. « Qui diroit jamais les saintz mouvemens que reçoit le cœur devot en ceste sainte Salutation, » * dit-il, parlant de l’Ave Maria. La prière vocale n'est pas recommandée pour elle-même, mais en considération de sa puissance à émouvoir le cœur, à éveiller la pensée. Sa mission remplie, elle n’a plus pour ainsi dire de raison d’être. Il faut se laisser emporter au grand courant de la prière mentale. Il écrit à Mme de la Fléchère : « Pour l’orayson, vous faites bien de vous laisser aller a la mentale, quand Nostre Seigneur vous y semond, lhors que vous dites les vocales. » # La prière vocale n’est qu’un point de départ, un moyen d'accéder à la mentale.

Mme Acarie, parvenue : à la contemplation mystique, éprouvait une telle difficulté à pratiquer la prière vocale

1 Introduction à la vie devote, 1° partie, ch. 1, t. III, p. 14.

2 Traitté de l'amour de Dieu, 1. VI, ch. 1, p. 304.

8 Sermons autographes. Sur la Salutation angélique, 1595, t. VII,

4 Lettre à Me de la Fléchère, 27 mars 1610, t. XIV, m. 270.

ce serait encore le mal connaître que de le croire hostile aux prières consacrées par la tradition et surtout aux prières données à l'humanité par Dieu. Aux prêtres et aux religieux il prêche l’amour de leur Office, aux fidèles Ja dévotion au Credo, à l’Ave, au Pater * ë = Toutefois il ne va guère au-delà. En 1608, traçant pour Me de la Fléchère le programme d'une journée chrétienne, il écrit : € Quand vous ne feries que l’orayson mentale avec l'orayson dominicale et la salutation angelique et la Creance, vous pouves vous contenter. » ? Certés, il ne proscrit pas les autres formes vénérables de la prière vocale que la chrétienté a adoptées au cours de son histoire *, mais il est sans engouement pour ces formules nouvelles qu semblent toujours les seules belles à tant d’âmes frivoles.

1 Nous avons une preuve curieuse de l'importance qu'il attachait au Pater et à l’Ave. Dans l'édition princeps de l’Introduction, il avait recommandé de les réciter e.: conclusion de l’oraison mentale, mais sans insister n1 souligner. Dans l'édition de 1619, il ajoute ce commentaire : « Qui est la generale et necessaire prière de tous les fideles. » Cf. Introduction à la vie devote. Edit. princeps, 1° partie, ch. xvi, t. III, p. 50* et édit. de 1619, 2 partie, ch. vit, t. III, p. 82.

2? Lettre à MM de la Fléchère, avril-mai 1608, t. XIV, p. 8. Il serait donc injuste de rattacher à la direction de saint François de Sales, certaines campagnes contre la prière vocale qui vont être faites de divers côtés au xvii® siècle. Sans parler de Me Guyon et des Quiétistes français, on signale en Espagne une secte qui sacrifie la prière vocale à l’oraison. Cf. H. Delacroix. Etudes d'histoire et de psychologie du mysticisme, Paris, Alcan 1908, pp. 452-453. M. Maurice Souriau, dans son livre Deux mystiques normands au xvi° siècle, note la même erreur chez son héros Jean de Bernières et chez une sœur de la Charité,

la Mère de la Trinité Heurtaut. Cf. pp. 264-265.

# Sermons recueillis. Voir le Sermon pour le dimanche de la Passion,

5 avril 1615, t. IX, pp. 62-63.

Non seulement il admet et recommande le chapelet, qui nest d'ailleurs qu’une combinaison de Pater, d’Ave . et de Credo :, mais encore il montre une certaine sympathie pour telles litanies, telles prières indulgenciées, pour les cantiques qu il appelle « chansons spirituelles ». Néanmoins, tout cela, si je puis dire, il ne l’accepte que sous bénéfice d'inventaire et à la condition expresse qu’on le transforme

en prière mentale.

À mesure que ses principes mûrissent et développent leurs conséquences, à mesure qu'il aperçoit mieux les abus où versent certains (gagneurs d'indulgences », 1l tend à absorber davantage la prière vocale dans la mentale. Rien n'échappera bientôt à cette mutation, à cette fusion du vocal dans le mental. Même les prières saintes qui nous viennent en droite ligne de l'Evangile et de la Tradition apostolique, même le Pater, l'Ave et lé Credo sont élevées par lui à la dignité de prières intérieures. Leur valeur éducative est à ce prix. Il le dit et le répète, comme l'avait déjà fait d'ailleurs ce gros plaisantin de Rabelais. ?

1 Pour son compte, il récitait le chapelet chaque jour. Quant aux litanies, il semble, à le bien lire, qu'il les permet plutôt qu'il ne les recommande : « Il est bon aussi de dire les litanies de Nostre-Seigneur, de Nostre-Dame et des Saintz et toutes autres prières vocales qui sont dedans les Manuels et Heures approuvees, a la charge neanmoins que si vous aves le don de l’orayson mentale, vous luy gardiés tousjours la principale place, en sorte que si apres icelle.... vous ne pouves point faire de priere vocale, vous ne vous metties point en peyne pour cela. » Cf. Introduction à la vie devote, 2° partie, ch. 1, t. IT, p. 72. Très différent encore ici de saint Alphonse de Liguori, qui avait l'habitude de réciter une longue suite de Pater et d’ Ave, il réduit à fort peu pour lui-même et pour les autres le nombre de ces prières dites de dévotion. « Pour ma sainteté, écrit-il à la Mère de Chantal, je ne fais gueres de choses, sinon mille continuelz desirs et quelques prières particulieres ». Lettre du 14 septembre 1611, t. XV, p. 101. Nous le retrouvons toujours fidèle au non multa, sed multum !

2 Gargantua se moque en effet des moines qui « marmonnent grand renfort de legendes et pseaulmes nullement par eux entenduz. Ils comptent force patenôtre... sans y penser ni entendre. » 1, 40.

Ju De oraison que GR marmoter ie chose entre lèvres si l’attention du cœur n'y est jomte; car pour parler il faut avoir premièrement conceu en son intérieur ce qu’on veut dire. Il y a la parole intérieure et la parole vocale, laquelle fait entendre ce que l'intérieure a premièrement prononcé. La prière n’est autre chose que parler à Dieu ; or il est certain que parler à Dieu sans estre attentif à luy et à ce qu'on luy dit, est une chose qui luy est fort desagreable. » : Il arrive à des écrivains chrétiens de plaider en faveur de cette inattention du cœur que Dieu nous pardonne, disent-ils, en considération de notre faiblesse. ? Il se peut que Dieu nous pardonne. Mais sommes-nous cultivés spirituellement par cette prière inattentive ? Tout est là pour notre saint !

Afin de maintenir |’ esprit attentif et le cœur ardent pendant la récitation de ces prières traditionnelles dont il fait le plus grand cas, pour nous instruire à les transformer en prières mentales, il entre dans de minutieux détails. Ses maîtreset modèles, saint Charles Borromée etsainte Thérèse, avaient pratiqué de menues industries pour maintenir ou rendre consciente en eux la prière vocale. L’un voulait avoir un texte sous les yeux, l’autre cherchait une posture incommode pour prier vocalement. Lui, il veut que nous traduisions du latin en français, pendant que nous les récitons, le Pater, l’Ave, le Credo pour que leur sens nous pénètre plus sûrement. « Si vous me croyes, dit-il à Philothée, vous dires vostre Pater, vostre Ave Maria et le

: Credo en latin ; mais vous apprendres aussi a bien entendre

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