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1 Sermons recueillis. Sermon pour le dimanche de la Passion, 5 avril
1615, t. IX, p. 62.
2 Ainsi fait M. Huysmans! Ainsi faisaient, si nous en croyons M. Ferdinand Brunot, les Sorbonnistes du xvi® siècle pour qui , « la prière vraiment efhcace était celle qu'on ne comprend pas. » Cf.
Histoire de la langue et de la littérature française. Direct. Petit de Julleville, t. III, p. 660.
les paroles qui y sont, en vostre langage, affin que, les disant au langage commun de l’Église, vous puissiés neanmoins savourer le sens admirable et délicieux de ces saintes oraysons, lesquelles il faut dire fichant profondement vostre pensee et excitant vos affections sur le sens d'icelles, et ne vous hastant nullement pour en dire beaucoup, mais vous estudiant de dire ce que vous dires cordialement. » : Le chapelet notamment, qui risque plus que toute autre prière de verser dans la récitation machinale à cause de la répétition constante des mêmes formules, est de sa part l’objet d'instructions très particulières.
Pour lui éviter la disgrâce de n'être qu'une prière vocale, il n’hésitait pas pour son compte à lui consacrer une heure chaque jour. Sainte Chantal, nous dit : «il méditait en le disant. » ? Philothée doit tendre à faire de même. Et voici le moyen qu'il lui donne pour transformer à son exemple la récitation du chapelet en oraison mentale : « Le chapelet est une tres utile maniere de prier, pourvue que vous le sçachiez dire comme il convient : et pour ce faire, ayes quelqu'un des petitz livres qui enseignent la façon de le reciter.» * Or, cette « methode » qu’ enseignent les petitz livres » prescrit justement de lier la recitation de chaque dizaine à la méditation d'un « mystère » de la vie de Marie ou du Sauveur.
Il faut méditer même en récitant l'Office. « Que celles, dit-il à ses Filles, qui entendent quelque peu ce qu'ellez disent à l'Office employent fidèlement ce talent selon le bon playsir de Dieu, qui le leur a donné pour les ayder à se tenir recueillies par le moyen des bonnes affections qu'elles en pourront tirer ; et que celles qui n'y entendent rien se tiennent simplement aftentives à Dieu, ou bien qu'elles fassent des eslancemens amoureux tandis que
1 Introduction à la vie devote, 2° partie, ch. 1, t. III, p. 72. 3 Deposition de la Mère de Chantal. Process. remiss. Gebenn, 1,
ad art. 5, t. XIV, p. 76.
8 ]ntroduction à la vie devote, 2° partie, ch. 1, t. II, p. 72.
+ . forte raison coran de soumettre à | Soie effort méditatif ces prières moins saintes, issues de la piété ndividuelle, qui sont de leur nature moins protégées contre le péril d’inattention et d’avilissement. Les litanies, par emple, si nous voulons qu'elles soient une prière éducaice, il faut, comme le Pater, l’Ave, le Credo, les dire en latin et les penser en français : « Je desire, écrit-il à la baronne de Chantal, que vous ayes une traduction françoise : de toutes les prieres que vous dires ; non pas que je veuille
- que vous les disies en françois, ains en latin, car elles vous rendront plus de devotion ; mais c'est que je veux que vous en ayes aucunement le sens, mesme les Litanies du nom de Jesus, de Nostre-Dame et des autres. » ?
Et pour que toute prière, même vocale, devienne ainsi prière mentale, il faut, comme l'oraison proprement dite, l’envelopper d’une atmosphère favorable, il faut l'entourer de silence. « Commences toutes sortes d'oraysons, soit Fe mentale, soit vocale, par la presence de Dieu, et tenes cette regle sans exception. » * Une prière ainsi préparée par la présence de Dieu, par une reprise de conscience, s'achève de soi en cœur à cœur, en colloque intime, en prière intérjeure.
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Ainsi toutes les prières, dans le système ddunbt rançois
de Sales, tendent à à se spiritualiser, à se ramener au même type. Il n'y a même pas à proprement parler pour lui de prière vocale. « Mais vous me direz : si l’on prononce ces parolles vocalement, pourquoy l’appellerez-vous orayson mentale? Parce qu'elle se fait aussi mentalement et qu'elle
1 Vrays entretiens spirituels. Entretien xvi, t. VI, pp. 345-346. ? Lettre à la baronne de Chantal, 14 octobre 1604, t. XII, p. 359. % Introduction à la vie devote, 22 patie, ch. 1, t. III, p. 71.
part premierement du cœur. » ? Il n’y a de prière véritable que la mentale. La vocale doit se dépasser, se hausser à la prière intérieure. La fin de tout dans la spiritualité salésienne ce n'est pas, en effet, de payer à Dieu un tribut de paroles, c’est de nous élever moralement. Et comment pourrions-nous être perfectionnés par notre prière si cette prière n'était que mouvement des lèvres, si elle ne mettait en activité et l'esprit et le cœur?