‹ Saint François de Sales, directeur d'âmesChapitre 46 sur 102 · III. — L'Examen de conscience · texte numérisé non relu

III. — L'Examen de conscience

Comme la plupart des grands directeurs d’âmes, saint François de Sales a fait dans son plan d'éducation spirituellé une place importante à l'examen de conscience.

À ne considérer les choses que d’une façon sommaire les directeurs chrétiens ne semblent pas avoir innové en cette matière. L'antiquité païenne avait parfaitement connu que, pour se conquérir et se posséder, il fallait d’abord se connaître et pour se connaître s’examiner. Le « connais-toi toi-même » du philosophe grec, a été le mot d'ordre de toute la sagesse antique et certains philosophes, comme Sénèque, en ont fait des applications pratiques auxquelles techniquement il reste peu de chose à ajouter. Ce n'est donc pas sur la nécessité de l'examen de conscience qu'il faut s'attendre à quelque enseignement nouveau de la part de l’évêque de Genève.

Mais s’il est d'accord avec Sénèque, avec saint Ignace et la plupart de ses devanciers, sur l'importance de cet exercice, 1l se distingue très nettement de ces maîtres par la manière de le concevoir. Nous le retrouvons ici avec sa préoccupation de combattre le mal dans une âme, non pas négativement, mais directement, par la passion du bien. Son examen de conscience, plus encore qu'un inventaire des imperfections et des fautes, est comme un corollaire de

1 Sermons recueillis. Pour le dimanche des Rameaux, 12 avril 1615,

t. IX, p. 71.

a sur L. passé que 4 les Fe sur er à de

resserrer notre union avec Dieu. L'examen pour lui, comme

bientôt pour Fénelon, se ramène sensiblement encore à la

prière. Il n’y faut considérer un instant le mal que pour y trouver l’occasion d’un nouvel élan vers le bien. Son efficacité purgative dépend de l'amour avec lequel nous le faisons. Des quatre actes qui le composent, un seul est d'ordre cognitif, un seul, si l’on peut dire, ressortit au genre de l'examen de conscience. Les trois autres sont d'ordre affectif, résolutif, volitif. « Quant a l'examen de conscience, qui se doit tous-jours faire avant qu'aller coucher, chacun sçait, dit-il, comme :il le faut prattiquer. 1° On remercie Dieu de la conservation qu'il a faite de nous en la journee passee ; 2° On examine comme on s’est comporté en toutes les heures du jour ; et pour faire cela plus aysement, on considerera ou, avec qui et en quelle occupation on a esté ; 3° Si l'on treuve d'avoir fait quelque bien, on en fait action de graces a Dieu ; si au contraire on a fait quelque mal, en pensees, en paroles ou en œuvres, on en demande pardon a sa divine majesté, avec resolution de s'en confesser a la premiere occasion et de s’en amender soigneusement ; 4° Apres cela, on recommande a la Providence divine son cors, son ame, l'Eglise, les parens, les amis ; on prie Nostre Dame, le bon Ange et les Saintz, de veiller sur nous et pour nous ; et avec la benediction de Dieu on va prendre le repos qu'il a voulu nous estre requis. » : Comme on sent bien, à lire cette brève description de l'examen salésien que le passé n'intéresse le saint que par rapport à l'avenir ! Précis et méticuleux, quand il s’agit de prévoir et de préparer les événements de la journée, il ne considère brièvement les faits accomplis, que pour en faire le point de départ d’une prière et d’une résolution.

S1 nous étudions sa conception de l'examen de conscience

1 Introduction à la vie devote, 22 partie, ch. xt, t. III, pp. 90-9a.

quotidien à la lumière des conseils qu'il donne à Philothée pour son examen annuel, nous ne pouvons échapper à la même impression. é

Ce qui l'intéresse, c'est l’état de l’âme, sa température, son potentiel, ses dispositions pour un proche avenir. Sept fois de suite, dans le canevas qu'il dresse pour Philothée, il pose la question caractéristique : Quel est l'état de votre cœur par rapport à tel ou tel point du programme spirituel et notamment à l'égard de l'amour divin? « Quel est, dit-il, vostre cœur contre le peché mortel. quel est vostre cœur a l'endroit des commandemens de Dieu ?.… Quel est vostre cœur a l'endroit des pechés venielz.. Quel est vostre cœur a l'endroit de Dieu mesme ?.… Sentesvous en vostre cœur une certaine facilité a l’aymer et un goust particulier a savourer cet amour ?»' L'examen de conscience salésien nous met face à l'avenir. Il est un diagnostic de l'amour en vue des prochaines opérations.

L'évêque de Genève ne pense pas comme Platon qu'il suffise d'éclairer l’homme pour l'améliorer et de le renseigner sur lui-même pour le rendre maître de soi. Pascal s’indignait de voir que Montaigne, si habile à se scruter, ne faisait nul effort pour se corriger. Cet illustre exemple et bien d’autres, à défaut du raisonnement, montraient à saint François de Sales qu'il est vain de se connaître si l’on ne veut s'améliorer. Aussi ne consent-il pas à ce que l'examen se limite à la connaissance et notamment à la connaissance des vices. En spiritualité, comme en littéture, la simple critique des défauts n’est pas un bon instrument de progrès, il y faut joindre l'examen des qualités. Il faut faire le bilan de ses ressources en même temps que celui de ses défaillances. Plus encore qu’un froid exercice de l'esprit, l'examen est un coup de sonde dans les dispositions de la volonté. Voilà pourquoi la notation de l'acte lui-même, cette comptabilité rigoureuse, qu'ont tenue certains saints, l'intéresse moins que la recherche des

1 Introduction à la vie devote, 5° partie, ch. 1v, t. III, pp. 345-347,

ÿ 5 actes va ne si loin qu'il . les . en dehor de ses perspectives. Il transporte en spiritualité la formule fameuse : Dieu ne nous a pas ordonné de vaincre mais de combattre. L'examen de conscience n'est pour lui qu'un procès de tendances. Faire le compte de nos défaites et de nos victoires n’est pas son vrai but ; samissionest de mesurer et d'accroître notre ardeur corbatte. «Les amantes spiri-

__ tuelles, espouses du Roy celeste, disait-il à ses Visitandines, se mirent voirement de temps entemps,comme les colombes qui sont auprès des eaux tres pures, pour voir si elles sont

bien ageancées au gré de leur amant ; et cela se fait ès exa-

. mens de conscience par lesquels elles ne se purifient pas pour estre pures, elles ne se parent pas pour estre belles, ains seulement pour plaire à leur Amant, auquel si la laideur estoit aussi aggreable, elles l'aymeraient autant que la beauté !... Embarqués dans les exercices de nostre vocation, sous le vent de ceste simple et amoureuse confiance sans

nous apercevoir de nostre progrès, nous le ferons grandement. » ! Nous retrouvons là, à propos d'examen, la doc-

trine de l'indifférence et de l'acceptation poussée jusqu'àses dernières conséquences, jusqu'à |’ acceptation de notre imperfection. Ainsi, l'examen de la Visitandine n’a pas pour but de lui faire constater son progrès. Ce progrès lui est indifférent pourvu que tout le nécessaire ait été fait en vue

. de l'obtenir. Son examen est avant tout une enquête sur la sincérité et la vigueur de ce vouloir. Il semble bien que saint Ignace ait fait plus de cas de l'efficacité de ses efforts. Les listes qu'il dresse, les comptes qu'il tient — il avait un carnet où chaque jour il notait ses fautes, et le jour

1 Wrays entretiens spirituels. Entretien xut, t. VI, pp. 217-219.

même de sa mort il fit encore son pointage ! — nous le montrent assez anxieux des résultats, préoccupé de toucher du doigt son perfectionnement, d'en noter les signes, en un mot, et contrairement à saint F rançois de Sales, de s’en « apercevoir ». Il ne paraît pas avoir aussi facilement que notre saint pris son parti de la stagnation éventuelle.

L'Evêque de Genève ne semble pas d’ailleurs avoir conçu l'examen de conscience comme un exercice très différencié, très spécialisé en vue de la correction des défauts. Cet exercice n'est pas pour lui essentiellement distinct de l'oraison mentale qui, dans son système, tend vraiment à tout absorber. La division du travail, si chère à certains auteurs spirituels, ne lui paraît pas désirable. I] n'imagine pas tel exercice destiné à la purgation et tel autre à la culture positive des vertus. Touslesexercices concourent au même titre à la culture de l'amour. Ils sont tous, comme l'oraison, simultanément purgatifs, illuminatifs, unitifs.

Notons encore que l'examen de conscience ne tient pas dans l’ensemble de sa spiritualité une place matérielle considérable. En homme respectueux de toutes les grandes traditions, 1l lui garde évidemment son importance théorique, il le donne même comme indispensable, mais il est fort loin de lui concéder la place unique, privilégiée, qu'il avait dans l'antiquité, même chez certains païens . On discerne parfaitement à le lire que cet exercice, cognitif de sa nature, est moins près de son cœur que les exercices affectifs comme l'oraison méthodique ou jaculatoire.

Ici le contraste avec saint Ignace est frappant. L'auteur des Exercices a fait de l'examen de conscience le pivot de

1 Cf. Martha. Les moralistes sous l'Empire romain. Voir : « L'examen de conscience d’un empereur ». Paris, Hachette, p. 171.

qu’ une honte sommaire. Li qui avait été Mau externe il est vrai, au collège de Clermont, où les étudiant ‘eux-mêmes étaient soumis à deux examens quotidiens, il ne le prescrit qu’une fois le jour ?. Encore conseille-t-1l | de ne lui consacrer que quelques minutes, le soir avant le sommeil. Dans le règlement de vie qu'il trace en 1606 . pour la baronne de Chantal, l'examen figure pour sept ou huit minutes, sans autre précision : « Au soir, dit-il, demi quart d'heure pour l'examen et la recommandation. » Nous sommes là, en vérité, fort loin de saint Ignace, Celui-ci, resté soldat, conçoit la vie spirituelle comme une sorte de combat singulier contre chacune de nos tendances mauvaises. Il entreprend de se conquérir pièce par pièce. Il engage la lutte contre les vices pris un à un, ‘en commençant par celui qui prédomine. Avec lui l'examen de conscience prend non seulement une importance nouvelle mais un nom nouveau, il devient l'examen particulier. « L’honneur d’avoir introduit dans la vie chrétienne la pratique de l'examen particulier, a-t-on dit Justement, revient à saint [gnace. Il le propose dès le début de ses Exercices spirituels et veut qu'on le répètetrois fois par jour : le matin en se levant, pour renouveler la résolution de veiller sur soi-même et de combattre généreu- . sement le vice que l'on travaille à extirper ; après midi, . pour noter les fautes commises, et le soir pour répéter cet examen. Il conseille d'écrire ses fautes de la manière sui-

1 Parlant de saint Ignace, le P. A. Brou écrit : « Pour le solide progrès de l’âme, il semble compter d'abord sur les examens de conscience dont il ne dispensait jamais ». Cf. La spiritualité de saint Ignace, Paris, Beauchesne, p. 23.

2 Voir le règlement du collège de Clermont, dans H. Fouqueray. ue de la Compagnie de Jésus en France, Paris, Picard, t. I, pp.

# Lettre à la baronne de Chantal, 8 juin 1606, t. XIII, p. 138.

vante. On trace sur une même feuille autant de lignes qu'il y a de Jours dans la semaine, mais de plus en plus courtes à mesure que l'on se rapproche de la fin de la semaine, parce que l'on est sensé commettre moins de fautes à la fin qu’au commencement ; et chaque jour, après chaque révue, on marque sur la ligne par autant de barres transversales les fautes que l’on vient de constater. Le long du jour, à chaque fois que l’on s’apercevra que l’on vient de tomber dans le défaut à combattre, on portera la main à la poitrine en signe de repentir, ce que l’on peut faire même dansles compagnies. Le soir, on comptera le nombre des traits tracés sur la ligne ; on comparera le nombre inscrit au premier examen avec celui du second ; on rapprochera le jour présent du jour précédent, et la semaine qui finit de la semaine écoulée, et l’on se rendra ainsi un compte exact des progrèsréalisés. » 1 Il faut convenir que cette méthode austère, cette impitoyable poursuite des moindres défaillances sur un point

1 J. Ribet. Ascétique chrétienne, Paris, Poussielgue, pp. 206-207.

Il est parfaitement juste d'attribuer, comme le fait ici M. Ribet, la paternité de l'examen particulier à saint Ignace, quoique, au dire d'un bon juge le P. Sempé, celui-ci l'ait peut-être simplement « méthodisé ». Cf. Messager du Cœur de Jésus, février 1922. On trouve en effet déjà comme une ébauche d'examen particulier dans Cassien, Cf. Conférences, V, ch. XIII et XIV, et dans saint Jean Climaque, Cf. L'échelle sainte, XV® degré, paragr. 34. L'idée de Cassien et de saint Jean Climaque chemine obscurément à travers le Moyen-Age pour affleurer de nouveau aux XIV® et xv® siècles dans les écrits des Frères de la vie commune. L'un d'eux, Dom Florent écrit : « Le matin et après le repas mets-toi devant les yeux toutes tes mauvaises habitudes et tes vices principaux. » Cf. Epistola Domini Florentii, t. III des Œuvres de Thomas A. Kempis, edit. Sommalius. « Saint Ignace, un siècle plus tard, dit le P. Sempé, n’aura qu’à introduire la halte intermédiaire de midi, encadrer le tout d’un peu de prière et ajouter la comptabilité du carnet pour faire sa fameuse méthode d'examen particulier. Encore le carnet n'est-il pas entièrement de son invention, » p. 105. Il y avait, en effet, déjà, des tablettes chez saint Jean Climaque. Mais ces tablettes étaient destinées à la notation des belles pensées qui survenaient dans l'esprit du porteur, non à l'inscription de ses manquements. Il reste du moins, que les tablettes de saint Jean Climaque ont pu inspirer à saint Ignace l’idée de son carnet.

donné, est en soi-même un moyen de culture incomparable. En matière d'examen, pour certaines âmes viriles, saint Ignace complète heureusement saint François de Sales. Si l'on a le courage de se plier jusqu’au bout à la rude discipline ignatienne, on est assuré de s'élever à la plus haute perfection. Il en est des ingrats contrôles sur soi, que prescrit l’auteur des Exercices, comme des gammes pour le pianiste. Il: assouplissent, et peuvent conduire aux plus hautes harmonies spirituelles.

Saint François de Sales, disciple de saint Ignace sur tant de points, n'est donc pas complètement de son école en ce qui concerne l'examen de conscience. On pourrait penser, au premier regard, que notre saint s'est tenu ici dans les généralités vagues, parce qu'il considérait l'exercice comme entré dans les mœurs, et comme faisant partie du règlement de tout bon chrétien. Après Senèque, Epictète, Marc-Aurèle, saint Ignace et les stoïciens du xvI°, était-il besoin de s’en occuper par le menu? Ne pouvait-on le considérer comme une obligation qui va de soi ? On l’a dit. Mais cette raison n'est pas suffisante. À regarder les choses de près, on voit que l'Evêque de Genève n'a pas une sympathie très vive pour l'examen de conscience dans sa forme antique et ignatienne, pour l'examen conçu comme

‘un exercice médicinal et de comptablilité minutieuse. Et cela est d'autant plus remarquable, répétons-le, qu'il avait dû pratiquer cet examen dans sa jeunesse au collège de Clermont. Il se sépare donc ici consciemment.

Très visiblement il a craint que cette entreprise de notation mathématique et quelque peu commerciale de nos menues défaillances n'amenât une sorte de myopie spirituelle, 1l a craint qu'à force de scruter le détail on en vint à oublier l’ensemble. En spiritualité, 1l arrive aussi que les arbres empêchent de voir la forêt. À trop méticuleusement dénombrer ses actes, on peut négliger de remonter à leur source. Les moines dont nous parle saint Jean Climaque, malgré leurs tablettes, oubliaient parfois de s'unir à Dieu ! Saint François de Sales a cru que cette

np ne dl |

recherche anxiéuse de l’imperfection serait à la longue un accablant fardeau pour les âmes. « Cet examen, dit-il, quand :il est fait avec anxiété et perplexité n’est qu’une perte de tems ; et ceux qui le font ressemblent aux soldatz qui, pour se preparer à la bataille, feroyent tant de tournois et d’exces entr'eux que, quand ce viendroit a bon escient, ilz se treuveroyent las et recreuz ; ou comme les musiciens qui s’enroueroyent a force de s’essayer pour chanter un motet; car l'esprit se lasse a cet examen si grand et continuel, et, quand le point de l'exécution arrive, il n'en peut plus. Voyla mon premier commandement. » Nous avons vu le saint se montrer l'ennemi de toutes les armatures rigides. Il reste ici fidèle à lui-même. « Rien, écrit-1l à MP Brulart, ne nuit tant a cett'entreprise (de la perfection) que la varieté des propositions qui se font, et surtout, celle qu'on fait d’une Regle si exacte, car elle espouvante l'esprit.» ? Il craint de décourager les âmes par l'apparence de la complication.

Son instinct d'éducateur le pousse à donner toujours aux choses de la dévotion un aspect simple et attrayant. Chiffrer ses fautes, comme le faisait saint [gnace, comme le fera Franklin, se plier chaque jour à ce lourd mécanisme d’additions et de soustractions, cela lui semble bon peutêtre pour certains athlètes ou vétérans de la vertu, mais propre à effrayer les pauvres âmes encore novices. Si l’on objectait que le saint permit un jour à Angélique Arnauld de noter ses péchés, comme cela ressort d’une lettre qu'il lui écrivait en 1619 : « si vous voules faire quelques marques sur le papier. je l’ appreuveroïs, mais sans anxieté * », nous ferions remarquer qu'il ne s’agit ici que d'une shable permission, accordée sur un désir exprimé, et que l'examen dont il est question n'est pas l'examen quotidien, mais un

1 Lettre à la Sœur de Soulfour, 16 janvier 1603, t. XII, pp. 167-168. 2 Lettre à la présidente Brulart, octobre 1605, t. XIII, p. 225. 8 Lettre à l’abbesse de Port-Royal, 8 août 1619, t. XIX, p. 2.

er F DCui à ae porte “ Lire b très At en rs | ualité — nous allons le voir bientôt — l'esprit de liberté.

- d'Assise qui réduisit à son minimum, peut-on dire, la méthodologie spirituelle. En matière d'examen notamment il se rapproche de celui dont il portait le nom. « La piété franciscaine, a-t-on dit. ne s'embarrasse point des exa- mens de conscience, stériles comme du sable chaud ou débilitants comme des scrupules. Elle n’en fait point pour repaître son amour propre. » ! Entre la libre spontanéité franciscaine et l'esprit méthodique de saint Ignace, François. de Sales a choisi la voix moyenne. Il ne renonce pas totalement à l'examen de conscience, mais il le veut souple, global, sans contention ni minutie. À la baronne de Chantal,

qui sans doute s'était mis en tête de tenir une exacte comptabilité de ses fautes, il écrit : « Non, ma Fille, ne marqués plus ainsy par le menu vos defautz, remarqués-les seulement en bloc ; car cela suffira abondamment pour vous faire connoistre a qui vous desires et pour vostre direction.»? On l'a noté, en effet, l'examen de conscience salésien ne ressemble point à l'examen particulier ignatien ; ce nest point une probation répétée sur un défaut isolé OU sur une vertu prise à part. Cet examen particulier ae bee avec M. Tronson, portera bientôt ; jusqu ‘à la dernière perfection, saint François de Sales à la vérité le

concède à ses Visitandines dans leur Directoire, mais ne

le leur impose point. Et celui qu’il recommande pour le commun des fidèles, c'est l'examen global de la journée, la revue d'ensemble de nos opérations spirituelles.

En résumé, l'examen de conscience tel que l’a pratiqué l'antiquité, c’est-à-dire l'examen surtout cognitif, semble

Page 1