LENS
bien de préférence dans la communion sa puissance d'excitation affective et d'ébranlement volontaire.
C'est de même en sa qualité de stimulant psychologique, bien plus que comme accumulateur de grâces qu'il tient la Messe pour « le soleil des exercices spirituels ». Il veut que notre assistance à la Messe soit encore et toujours une sorte d'oraison. Et quelle oraison liturgique peut égaler celle dont il trace le schéma dans son /ntroduction, au chapitre de la Messe : « Or, dit-il, pour ouir, ou reellement ou mentalement, la sainte Messe comme il est convenable : 1° Dès le commencement jusques a ce que le prestre se soit mis a l'autel, faites avec luy la preparation, laquelle consiste a se mettre en la presence de Dieu, reconnoistre vostre indignité et demander pardon de vos fautes. 29 Despuis que le prestre est a l'autel jusques a l'Evangile, considerés la venue et la vie de Nostre-Seigneur en ce monde par une simple et generale consideration. 3° Depuis l’'Evangile jusques apres le Credo, considerés la predication de Nostre-Seigneur, etc. » : Nous allons ainsi jusqu’à la fin de la Messe de considération en considération, de méditation en méditation. C’est une première méthode. Notre saint en propose une autre qui ne diffère de la première que par l'extérieur puisqu'elle se ramène encore à l’oraison. « Mais si vous voules pendant la Messe faire vostre meditation sur les mysteres que vous alles suivant de jour en jour, il ne sera pas requis que vous vous divertissies a faire ces particulieres actions ; ains suffira qu’au commencement vous dressies vostre intention a vouloir adorer et offrir ce saint Sacrifice par l'exercice de vostre meditation et orayson, puisqu'en toute meditationse treuvent les actions susdites, ou expressement ou tacitement et virtuellement. » ? Saint François de Sales simplifie donc singulièrement le problème de l'assistance à la Messe. Entre les innombrables méthodes qu'on a imaginées pour faire suivre utilement le
1 Introduction à la vie devote, 2 partie, ch. xx, t. III, p. 101-102. 2 Introduction à la vie devote, 2° partie, ch. xix, t. III, p. 102.
saint Sacrifice, il ne laisse le choix qu'entre deux manières d'y faire oraison. Qu'on y médite sur le drame de l'autel pris directement comme thème, ou bien qu'on y poursuive une oraison indépendante, on y est toujours en état de « reflexion méditative », comme on dit aujourd’hui. On y peut même réciter son chapelet à la seule condition que cette récitation soit « méditée », ainsi qu'il a été dit plus haut. «À la Messe, je vous conseille plustost de dire vostre chapelet qu'aucune autre priere vocale, écrit-il à Madame Bourgeois ; et,.le disant, vous le pourres rompre quand il faudra observer les points que je vous ay marqué a l'Evangile, au Credo, a l'Eslevation, et puis reprendre ou vous aves laissé. Et ne doutés nullement qu'il n’en sera que mieux dit pour toutes ces interruptions ; et si vous ne le pouves achever a la Messe, ce sera a quelque heure du jour, et ne sera que de poursuivre ou vous aures laissé. » : La Messe, comme la communion, comme le chapelet, comme toute prière vocale, comme l'examen de conscience, comme la vie spirituelle tout entière est ainsi pour saint François de Sales une perpétuelle oraison mentale !
C'est encore comme moyen d'éducation et par les côtés qui l'apparentent à l’oraison que le sacrement de pénitence est considéré par lui. Au chapitre de la confession, il définit en quelques lignes rapides son rôle purgatif et justificatif, pour bien vite s'étendre avec complaisance sur son rôle éducateur et roboratif. « Par la confession, dit-il, vous ne recevres pas seulement l’absolution des péchés venielz que vous confesserés, mais aussi une grande force pour les eviter à l'avenir, une grande lumiere pour les bien discerner, et une grace abondante pour reparer toute la perte qu'ilz vous avolent apportee.»* La confession nous procure donc,
? Lettre à Mme Bourgeois, 9 octobre 1604, t. XII, p. 334. ? Introduction à la vie devote. 2° partie, ch. xix, t. IH, p. 112.
au sentiment de saint François de Sales deux bienfaits d'ordre différent. Elle est une force et une lumière. C’est par ce double bienfait qu'elle est, comme on a dit, un merveilleux « outil d'hygiène individuelle et collective. » ! Le saint réagit ainsi vigoureusement contre la tendance néfaste qui porte tant de chrétiens à ne voir dans la confession que l'éponge qui efface, non le cordial qui fortifie. « C'est un abus, dit-il, de se confesser de quelque sorte de péché, soit mortel, soit veniel sans vouloir s'en purger, puisque la confession n'est instituée que pour cela. »? Il ne craint pas, comme on le voit, d'appuyer sur le trait. La confession est tout orientée vers l'avenir. Elle est instituée pour guérir, au vrai sens de guérir, c'est-à-dire pour nous refaire un tempérament et non pour faire disparaître momentanément un mal local
Nous avons entendu l'évêque de Genève nous dire que la confession doit être lumière et force. Elle est lumière surtout par l'examen de conscience quila prépare etl’accompagne. Cet examen doit être à son sens, l'exploration poussée à fond, jusqu'aux intentions et aux causes, des fautes que nous allons accuser. Cette recherche exacte et loyale peut seule nous permettre de porter le remède là où il faut. « Ne faites pas seulement, dit-il, ces accusations que plusieurs font par routine : Je n’ay pas aymé Dieu tant que je devois ; je n'ay pas prié avec tant de devotion que je devois..., d'autant que tous les saints de Paradis et tous les hommes de la terre pourroyent dire les mesmes choses s'ilz se confessoyent. Regardés dong quel sujet particulier vous aves de faire ces accusations la, et Ihors que vous l’aures descouvert, accuses vous du manquement que
vous aures commis, tout simplement et naïfvement. Par
exemple, vous vous accuses de n'avoir pas cheri le prochain comme vous devies ; c'est peut estre parce qu'ayant veu quelque pauvre necessiteux, lequel vous pouvies aysement
1 Paul Bourget. Étienne Mayran. Préface. Paris, Hachette, p. 24. 2 Introduction à la vie devote, 2° partie, ch. x1x, t. IE, p. 113.
Us necessiteux, je ne l’ay Las secouru comme je pouvois, | par negligence ou par dureté de cœur, ou par mespris, selon ) que vous connoistres l'occasion de cette faute. De mesme ne vous accuses pas de n'avoir pas prié Dieu avec telle devotion comme vous deves ; mays si vous aves eu des. distractions volontaires, ou que vous ayes negligé de prendre le lieu, le tems et la contenance requise pour avoir l'attention ‘en la priere, accuses-vous en tout simplement. » : Pareillement, soucieux de purifier les sources, 1l nous invite à ne | pas accuser seulement le fait, mais le « motif » du péché, à en définir la « qualité », à dire le « sujet » que nous avons eu de le commettre. Ainsi, par zèle d'éducateur, il va bien au-delà du strict obligatoire dans la poursuite des origines du péché. Il ne pousse pas seulement jusqu’au \l volontaire de la faute, mais jusqu'aux racines de ce volontaire pour les anéantir. Il fait de la confession un exercice d'introspection aiguë, capable de nous éclairer sur les petits mystères de notre âme, de nous rendre conscient ce fameux inconscient dont le champ n'est aussi vaste que par la négligence que nous mettons d'ordinaire à l’explorer.
Mais la confession telle que la conçoit saint François de
Sales, doit nous mener à plus encore qu'à prendre conscience de nous-mêmes, elle doit nous mettre en mesure de prendre possession de nous-mêmes. Elle n'est pas un simple exercice de connaissance, elle est surtout un exercice de volonté. La confession n'est lumière que pour être force, force de délivrance et de progrès. Sans parler de l'humihation qui accompagne l’aveu, s’il est fait comme nous avons
dit, humiliation qui par elle-même est déjà une force d’inhibition salutaire, cet aveu prépare des résolutions qui font
de la confession une sorte de coup d’état intérieur, un renouvellement de l'élan spirituel. Les raisons données par le
À Introduclion à la vie devote, 2 partie, ch. XIX, t. IE, p. 113 |
saint en faveur de la confession annuelle valent dans sa . pensée pour toute sorte de confession. ( Tout ainsy, disait-il, qu'un homme qui joue excellemment du luth a accoustumé d'en taster toutes les cordes de temps en temps pour voir si elles ont point besoin d’estre rebandées ou bien laschées, à fin de les rendre bien accordantes selon le ton qu'il leur veut donner, de mesme il est necessaire que tous les ans au moins une fois nous tastions et considerions toutes les affections de nostre ame pour voir si elles sont bien accordées pour entonner le cantique de la gloire de Dieu et de nostre propre perfection. Ayant ainsy resserré les chevilles de nostre luth, qui sont nos resolutions, nous venons par apres, avec nostre glorieuse Dame et maistresse et sous sa protection, apporter toutes nos affections sur l'autel du temple de la divine Bonté. » : Et il écrivait de même à Mme Brulart que la confession doit avoir pour effet de rafraîchir nos bons propos. ? C'est pourquoi, l'évêque de Genève, ne rencontrant plus ici sur sa route l'obstacle d’une opinion publique restrictive, allait jusqu'au bout de ses principes et recommandait sans condition à ses dirigés la confession très fréquente, car n'est-il pas toujours excellent de « rafraîchir ses bons propos» ? Pour lui-même, dans son Règlement de vie, il s'était imposé la confession de deux en deux jours, ou pour le moins de trois en trois jours, sauf nécessité contraire. À ses Philothées il demandait la confession hebdomadaire. En outre, il leur conseillait de se confesser avant chacune de leurs communions, sinon pour recevoir l'absolution, au moins pour se préparer à mieux : communier.* Tant il est vrai que, dans la vie d'une “âme pieuse, la confession lui semblait devoir être un
1 Sermons recueillis. Pour la fête de la Présentation, 21 novembre 1617, t. IX, p. 130.
2 Lettre à M" Brulart, mi-septembre 1606, t. XIII, p. 216.
8 I] avait déjà dit à M€ Brulart qu'il fallait faire sa confession annuelle « non tant pour estre absous que pour estre encouragé », Lettre précédente, t. XIII, p. 216.