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son anecdote, une ne de oe > C' est ädetels signes qu’un tempérament se reconnaît. On peut dire qu'il n’a cessé de méditer sur son art d'éducateur spirituel, qu'il n’a cessé notamment de rechercher les moyens détournés
par lesquels on peut faire entendre la vérité sans la jeteren ? : face, corriger sans ( faire la correction » directe, Dénoncer
chez un tiers, imaginaire ou réel, individuel ou collectif, le travers dont on veut que l'auditeur se corrige ; louer chez les autres la vertu dont on veut lui inspirer le désir, voilà de ces ( amorces » et (artifices » merveilleusement efficaces, dont l’évêque de Genève a tiré pertinemment le plus
‘ingénieux parti.
Au lieu de donner la correction ou la leçon à un tiers, il arrive encore que saint François de Sales la fasse donner par ce tiers. C'est ainsi que, voulant calmer les ardeurs intermittentes de Mn® Bourgeois, il appelle à son secours le père de la fantasque abbesse pour lui administer obliquement, par personne interposée, cette petite instruction modératrice : « Faites moy ce bien, lui dit-il, je vous prie, de me faire escrire par quelqu’une de vos plus confidentes du succez de vostre maladye, de laquelle monsieur vostre pere m'escrit, mais en gros. Il est infiniment ediffié de vos deportementz et de tout ce qui est en vostre Monastere. Îl craint neantmoings tousjours que vous ne passiez a quelque extreme severité et mortification exterieure, et ne se peut assurer que je ne vous y porte. Il se trompe toutesfois bien fort, car si j'avois autant de pouvoir que j'ay de vouloir pour servir a l’entiere reformation de vostre Monastere, non seulement je n’y mettrois pas de la rigueur
exterieure, mais y mettrois une bien grande douceur ;
ce seroyt a l'interieur ou j'appliquerois toutes mes pensees. »!
D'autres fois, c'est à un tiers collectif, à l'opinion publique, qu'il en appelle pour s’épargner l’odieux d’une réprimande directe et garder intact son crédit. À la même abbesse du Puits-d'Orbe, qui, après des accès de rigueur,
- } Lettre à Me Bourgeois, 18 février 1605, t. XIII, p. 13.
tère, 1l écrit pour l'informer qu ‘on murmure çà et là contre ses Filles : « Certes, dit-il, il faut avoir quelque égard a la voix commune, et faut beaucoup faire de choses pour esviter les bruitz des enfans du monde... Contentes en cela messieurs vos parens, et je croy qu’apres
vous pourres confidemment leur demander du secours pour
vous bien loger ; car il me semble que je les voy qui disent : : Pourquoy loger a commodité des Filles qui sortent et vont parmi le monde? Et le déplaysir qu'ilz ont de ces sorties
fait qu ilz en exagerent la quantité et la qualité. C’ est A
l'ancienne coustume du monde de trouver qu il luy est bysible de parler des ecclesiastiques a toutes mains, et
croit que pourveu quil ayt quelque chose a dire encore
sur iceux, il ni aura plus rien a dire surses partisans. » !
Ainsi, à la faveur d’un léger blâme adressé au monde, le
saint glisse un enseignement salubre, finement emprunté à
ce même monde, et sur lequel la réflexion du dirigé va
librement s'exercer. Ce ne sera pas, apparemment, le directeur qui aura parlé. Ce sera l'opinion publique. Sans doute, cette opinion a eu tort; elle a exagéré. Mais ne convient-il pas d'accorder quelque chose même à ses erreurs ? Làdessus, l'âme aiguillonnée va se cabrer peut-être, elle va s'irriter contre l'opinion publique indiscrète ou injuste. Mais la leçon aura trouvé son adresse, et le crédit du:
directeur sera demeuré sauf. L’auréole de père et d'ami
reste à son front. De nouveau, il pourra intervenir sans avoir rien perdu de l’amical respect dont il a besoin.
Emile Faguet faisait un jour compliment à Boileau d'avoir su enseigner subtilement la vertu au roi en ayant l'air dele tenir pour le plus vertueux des mortels. « La foule, disait
le fin critique, aime à être endoctrinée de cette façon-là.
Précisément, quand Boileau parlait au roi, il le prêchait de cette sorte, il le louait d’une foule de vertus pour lui 1 inspirer R le désir de les avoir. Il avait l'optimisme monarchique. La
1 Lettre à Me Fo 6 novembre 1610, t. XIV, pp. 359-360.
— avait laissé Eee He pénétrer de son Monde LINE
foule aime, tout juste, à être prêchée de cette manière. Elle veut qu'on lui inspire toutes les vertus, en commençant par les lui attribuer, et qu’on les lui donne à force de les lui prêter. » ! Saint François de Sales avait parfaitement discerné les mérites pédagogiques du procédé dont M. Faguet semble faire si justement cas. Il n'avait pas hésité, dans sa grande instruction à l’abbesse du Puits-d'Orbe, à le mettre au premier rang des “artifices” qui peuvent (gagner les jeunes plantes» du monastère. (Pour ce faire, disait-1l en effet, usés de trois ou quatre artifices le premier, c'est de leur commander souvent, mais des choses fort petites, douces et legères. et puis, la dessus, les en louer, modestement. » ? L'éloge n'est-il pas peut-être le plus excitant et le plus actif de ces enseignements indirects qui nous atteignent par une sorte de choc en retour ? Même donné à faux, il pousse l’âme à accomplir ce pour quoi on l’a mise ainsi à l’ordre du jour.
Dans une première rédaction des chapitres V et VI du dixième livre de son Traitté de l'amour de Dieu, l’auteur avait écrit cette note qui pourrait s'appliquer à toute sa direction spirituelle : « Ce chapitre doit estre grandement addouci par la demonstration de la suavité de ce commandement, affin que les heretiques:le lisant, voyent la clarté de la doctrine chrestienne et boivent cett’eau imperceptiblement. » * La préoccupation de faire de son enseignement comme une eau sucrée, afin qu'on l’avale imperceptiblement, l'a rendu merveilleusement ingénieux à diversifier ces petits artifices élogieux, ces suppositions captieuses qui semblent tenir comme acquis ce qu'on veut obtenir du dirigé. À Mme de la Fléchère qui avait quelque peine à accorder sa vie intérieure avec les soucis mondains inhérents à sa condition, il écrit comme si justement l'accord était fait : «J’ay esté bien consolé par les lettres que vous m'aves escrit, voyant que
1 Emile FAGUET. Propos littéraires. Société française d'imprimerie, Paris, 5° série, pp. 4-5.
? Lettre à M"® Bourgeois, 9 octobre 1604, t. XII, p. 337 ® Traitté de l'amour de Dieu. Appendices, t V, p. 482
Nostre Seigneur vous a fait gouster les commencemens de la tranquillité avec laquelle, moyennant sa grâce, il nous faut des-ormais continuer de le servir parmi la presse et multiplicité des affaires ausquelles nostre vocation nous oblige. J'ay une extreme bonne esperance pour vous, parce que Jay veu, ce me semble, en vostre cœur une profonde resolution de vouloir servir sa divine Majesté, qui me fait asseurer que vous userés de fidelité es exercices de la sainte devotion. » : Souvent l'éloge sur tel ou tel détail de la vie lui sert d'appui pour une demande de mieux sur un autre point. Ecrivant aux Religieuses du Monastère des Filles- Dieu, il commence par leur déclarer qu’il « prise et honnore leur Mayson a l'esgal de toute autre et l'estime une des bonnes qu'il ayt veues. » Puis, sous le couvert de ce préambule flatteur, il insinue gentiment sa requête : « C'est cela, dit-il, qui m'a fait desirer qu’elle soit meilleure et parfaite. Il me fasche de voir de si grandes qualités, comme sont celles de vostre mayson, esclaves sous ces menues imperfections, et, comme parle l'Ecriture, de voir vostre vertu reduite en captivité et vostre beauté spirituelle entre les mains des ennemis. C'est pitié de voir une pretieuse liqueur perdre son prix par le meslange d’une petite souilleure, et un vin exquis par le melange de l'eau. Ton vin, dit un prophète, est meslé d’eau. Je vous diray comme vostre saint Patron saint Jean qui reçut commandement d’escrire aux prelatz d'Orient : Je sçay vos œuvres qui sont presque toutes bonnes, vous estes presque tres bonnes Religieuses ; mais j'ay quelque petite chose a dire contre vous, il vous manque quelque chose. » ? Ne soyons pas surpris que ce soit avec les âmes un peu revêches qu'il use le plus volontiers de cet artifice de louange. Il estime que les âmes pauvres et faibles ont plus besoin que d’autres d'être cajolées. Pour celles-là il multiplie les appas : « Ma chere Fille,
1 Lettre à Me de la Fléchère, fin avril 1608, t. XIV, p. 7.
2 Lettre aux Religieuses du Monastère des Filles-Dieu, 22 novembre 1602, t. XII, p. 151
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que vous estes partout la un MAYS : vous vous tromp
les fruitz que j'espere de vous estans plus grans que de
nulle autre.» Ces déclarations d'estime devaient être, on le devine, de puissants aiguillons sur une âme altière et k
vibrante comme celle de MM Bourgeois.
Cet emploi de l'éloge en éducation est connexe à celui des récompenses et de l’émulation dont les Jésuites tiraient alors si excellemment parti dans leurs collèges ?. Saint François de Sales s'inspire ici visiblement de ses maîtres. Port- Royal qui ne voudra voir dans l’enfant qu'une petite bête maligne, tout infectée de la corruption d'Adam, proscrira
l'éloge de sa pédagogie *. L’évêque de Genève au contraire,
disciple des Jésuites, et fidèle à à son optimisme théologique, en fait un de ses meilleurs moyens d'action.
Ïl importe enfin de noter, parmi les artifices recommandés par saint François de Sales, celui qui consiste à disposer sur la route du disciple les appas qui le feront se prendre