‹ Saint François de Sales, directeur d'âmesChapitre 57 sur 102 · LA DIRECTION. — MÉTHODE D'ADAPTATION AU SUJET MÉTHODE PROGRESSIVE · texte numérisé non relu

LA DIRECTION. — MÉTHODE D'ADAPTATION AU SUJET MÉTHODE PROGRESSIVE

Le chapitre précédent nous a montré dans saint François de Sales un guide attentif à ne pas imposer son autorité par contrainte et injonction directe. Nous l'avons vu rechercher et recommander les moyens détournés de faire entrer « goutte à goutte » et comme ( imperceptiblement » ses enseignements dans les cœurs. Sagement respectueux de la hberté, très modérément interventionniste, il laisse un champ vaste à l’activité personnelle de son dirigé. Mais quelque indépendance qu'il tolère, de quelque souplesse dont il fasse preuve dans le choix des moyens pour gouverner les âmes, il n’en reste pas moins que l’action du directeur telle qu'il la souhaite et telle que nous l'avons observée chez lui, pourrait encore se faire abusive et despotique. Que ce soit par contrainte visible ou par ruse il peut se faire que l'autorité d’un directeur s'impose arbitrairement à la personnalité du disciple. Consciemment ou à son insu, le pédagogue spirituel peut faire servir son habileté, son doigté, sa plasticité, sa puissance de suggestion à dominer l'âme qui lui est confée, à la plier sous son joug, à la subordonner à ses fins personnelles’, à la refondre en quelque sorte pour la frapper à son effigie au lieu de l’aider à devenir soi-même. À l'exemple de l’ancienne médecine corporelle, qui traitait les malades comme des

1 Ce fut un peu le cas de Fénelon dont la direction, malgré sa souplesse, n'échappe pas tout à fait au reproche de despotisme. « Fénelon aimait à diriger et à dominer ceux qu'il dirigeait, dit M. A. Delplanque, cela reviendrait à dire que l'esprit de Fénelon, possédé par un idéal trop élevé, impitoyable à la nature, avait sur les âmes et en particulier sur les âmes jeunes et tendres, une prise trop forte qui, à la longue, les affaiblissait, les énervait, sous prétexte de les fortiñier.» Cf. Fénelon et ses amis, Paris. Lecoffre, pp 313-314.

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abstractions et leur prescrivait une médication invariable, certains directeurs négligent plus ou moins l'examen du tempérament à traiter. Au lieu d'étudier l’âme pour démé-

ler en elle les mouvements naturels ou surnaturels et

diversifier en conséquence leurs conseils ou leurs ordres, ils façonnent les âmes en série, leur appliquant à toutes le

® même traitement arbitraire.

Par contre, l'autorité, même directe et d'allure impérative, qui n'use de son pouvoir que pour se subordonner à ceux qui lui sont soumis, qui ne veut que les aider à se cultiver eux-mêmes, à atteindre leur fin propre, conformément à leur tempérament et aux intentions de Dieu sur eux, cette autorité-là, autorité libératrice, varie ses moyens d'action pour ainsi dire avec chaque âme. Elle fait mieux : elle agit sur la même âme diversement aux différentes phases de son développement. Elle n'applique pas de haut et de loin des formules générales et abstraites. Elle s'exerce sur des individus, et non sur des catégories. Elle s'efforce de saisir la qualité particulière des âmes pour y conformer son action. En un mot; elle s'adapte et suit une marche progressive.

Nous en savons assez sur saint François de Sales pour prévoir qu il sera l’homme des adaptations les plus nuancées, des directions les plus diverses selon le sujet et le moment. Il tient l'âme, nous l'avons vu, non pas pour une cire amorphe qu'il s’agit de modeler, mais pour un germe qu'il faut aider à croître. Cette conception l’a déjà mené à s’abstenir des interventions multiphiées, tâtillonnes et tyranniques:; elle va le conduire à n’intervenir sur ce germe vivant que pour l'amener à se développer selon sa loi. Autrement dit, l'évêque de Genève n’agit sur les âmes que pour les aider à devenir ce qu'elles doivent être par nature et vocation

d'En-Haut, Il n’a pas pour les mener à la perfection une

méthode unique et immuable qu'il leur applique indistinctement, comme on fait d'un gaufrier à une pâte inerte. Îl travaille sur une double donnée : sur le tempérament

naturel de son dirigé et sur son tempérament surnaturel,

? & A > A ÿ c'est-à-dire sur son être naturel modifñé par la grâce et les inspirations reçues du ciel. Le directeur salésien règle son

imitiative à la fois sur celle de Dieu et sur celle du dirigé.

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