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Rad entmes questions posées. fortuite ent par duction, à raison de tel besoin particulier de ses premièr
correspondantes, par exemple dans la question du veuvage. C'est pour une veuve déterminée, pour une véritable veuve,
une veuve définitive, une Andromaque fidèle à Hector, qu'il
avait d’abord écrit. Il approuve pour elle le vœu de chasteté.
Ïl faut qu'il en arrive à la fin du chapitre pour que se présente à lui la pensée d’un public composite, où divers genres
À { , de veuves peuvent se rencontrer. C'est alors seulement
qu'il introduit le correctif aue nous connaissons : la véritable veuve ne censurera point les femmes qui se remarient. Le chapitre était écrit pour telle veuve particulière. L'apostille légèrement adventice, le destine à toutes les veuves. En réalité, sur cette question du veuvage, demême que sur beaucoup
d’autres, saint François de Sales n'avait pas comme certains
pères de l'Eglise une doctrine fixe. Il n'avait qu’une opinion plastique, variant avec chaque veuve qui le consultait.
Le recours au directeur, qui est toujours, dans son système, l’ultima ratio, indique bien qu'il n'était pas l’homme des décisions absolues, valables pour tous les cas. Quand il lui arrivait de donner une directive générale, il semblait toujours craindre qu'une individualité inconnue fût à l’étroit dans son précepte, et alors, sous le couvert du directeur, il ouvrait la porte aux exceptions, pour la libérer. Il se comporte dans chaque problème comme dans celui de la communion quotidienne. « La disposition requise pour une si 1 frequente communion devant estre fort exquise, dit-il, il n'est pas bon de la conseiller generalement. ains cela se doit traitter par la consideration de l’estat interieur d’un
1 Cf. Introduction, 3 partie, ch. xL, t. III, pp. 279 et suivantes, D'une édition à l’autre, l’auteur de l’Introduction fait de ces retouches qui montrent combien le livre avait besoin d'être universalisé. Dans l'édition princeps, il représente à Philothée qu’à l'heure de la mort il lui faudra dire adieu « au mary ». Dans l'édition suivante, le saint écrit, pour que l'enseigneinent convienne à tout chrétien vivant dans le monde : « Au mari, à la femme. » De même, les ( ma fille » se transforment en « Philothée »,
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chacun en particulier.» ? C’est à « la consideration de l’estat interieur d'un chacun en particulier » qu’il s’est, pour son compte, anxieusement et perpétuellement appliqué. Quand il léguait son Corps aux jeunes médecins de Padoue il se rangeait déjà parmi les partisans de l'expérience et de l’observation. En spiritualité 1l reste de la même école. Avant de donner un conseil, avant d'appliquer un remède, il observe longuement le cœur qui s’est confié à lu, il le dissèque pour ainsi dire fibre à fibre. Tant qu'il n’a pas de données suffisantes pour établir un prudent diagnostic, il s’abstient.
Avant d'accepter M de Chantal comme dirigée, il se livre à une patiente étude. Il l'éprouve, 1l s'éprouve luimême pour savoir si leurs deux âmes pourront utilement collaborer; et ce n'est qu'après de méticuleux sondages qu'il se détermine à prendre en mains cette éducation. A Mme Brulart qui s'étonnait un jour de ne pas recevoir de sa part des conseils assez circonstanciés, 1l faisait cette réponse qui était celle d’un praticien scrupuleux, soucieux de ne jamais légiférer dans l'abstrait : « C’est que, disait-il, je ne sais pas clairement les particularités de vostre necessité. » ? Mais dès qu'il était en possession de ces « particularités » 1l s'y adaptait avec une admirable aisance et dextérité. Il n’est pour ainsi dire pas une de ses lettres à laquelle on ne puisse appliquer. le jugement qu'il portait lui-même sur un fragment de l’{ntroduction : « Plusieurs choses sont si particulieres a l'ame que je traittois qu’elles ne peuvent estre appliquees ailleurs. » # « Aucune éducation particulière, a-t-on dit, n'est l’exacte reproduction d’une autre. » ‘ C'est bien ainsi que l'entend saint François de Sales. À travers chacune de ses lettres, nous discernons l’âme vivante et concrète du destinataire. Nous voyons comme se profiler un visage !.…
1 Jntroduction à la vie devote, 2 partie, ch. xx, t. I, p. 117.
2 Lettre à Me Brulart, 30 janvier 1607, t. XII, p. 259.
8 Lettre à la baronne de Chantal, 7 mars 1608, t. XIII, pp. 377-378 4 E, RorricH. Philosophie de l'Education, Paris, Alcan, v. 14
A l'aide de sa correspondance, en effet, il serait aisé de retracer la physionomie morale et presque le portrait physique de chacun de ses dirigés. On l’a fait pour M®® de Chantal, on l’a fait pour M€ de Charmoisy ‘. On peut le faire pour de bien moindres, tant les choses dites et le ton sur lequel on les dit sont inspirés par ce qu'il y a d'individuel dans le correspondant. Voici, par exemple, Me de la Fléchère, type de femme forte et impérieuse, vive, allante, impétueuse, dont saint François de Sales disait lui-même qu'il ne savait s’il avait jamais rencontré d'âme plus forte ou plus raisonnable en un corps féminin. Cette chrétienne ardente et de complexion peu mystique veut conquérir la perfection de haute lutte et rondement, comme elle fait toutes choses. Elle administre son âme et sa maison comme un fermier général ses affaires, avec une sorte d'allégresse et d'assurance altières. Pour cette femme agissante et positive, le saint transpose la dominante de ses conseils habituels. D'ordinaire il disait : ne négligez pas, sous prétexte de dévotion, le soin de vos affaires temporelles. I] dit maintenant : ne vous absorbez pas dans les affaires au point d'oublier l'éternité. Il a déplacé l'accent. Mais ce qu'il écrit à Me de la Fléchère s'adresse à elle et à elle seule. ? «Ne vous confiés pas de pouvoir reuscir en vos affaires par vostre industrie... Mon Dieu, Madame, nous serons bien tost en l'Eternité, et Ihors nous verrons combien toutes les affaires de ce monde sont peu de chose et combien il importoit peu qu'elles se fissent ou ne se fissent pas : maintenant, neanmoins, nous nous empressons comme si c'estoyent des choses grandes. » * Comme le ton a changé! Lui qui d'ordi-
1 Cf. La Philothée de saint François de Sales, par Jules VuY, Paris, Palmé 1879, 2 vol. et Portraits de femmes et d'enfants, par Henry BorDEAUX, Paris, Plon.
? Et voilà pourquoi rien n’est plus fallacieux que de tirer de certains textes salésiens des conclusions générales. Il faut prendre garde que ces textes isolés soient eux-mêmes d'accord avec ses principes constants.
3 Lettre à Mme de la Fléchère, 19 mai 1608, t. XIV, pp. 21-22
naire n'enseigne le bien mourir qu’à travers le bien vivre, qui ne fait de la mort que le dernier acte tout simple d’une bonne vie, il insiste ici sur le caractère éphémère de notre existence temporelle. Îl se fait solennel et pressant pour élever au-dessus des pauvres réalités prochaines le regard de cette femme d'action un peu trop grisée par la joie de vivre : (Quand nous estions petitz enfans, lui dit-il encore, avec quel empressement assemblions-nous des morceaux de tuyles, de bois, de la boüe, pour faire des maysons et petitz batimens ! Et si quelqu'un nous les ruynoit, nous en estions bien marris et pleurions ; mais maintenant nous connaissons bien que cela importoit fort peu. Un jour nous en serons de mesme au Ciel, que nous verrons que nos affections au monde n’estoyent que de vrayes enfances. Je ne veux pas oster le soin que nous devons avoir de ces petites tricheries et bagatelles, car Dieu nous les a commises en ce monde pour exercice : mais je voudrois bien oster l’ardeur et la chaleur de ce soin... Soignés fidellement vos affaires, mais sachés que vous n’aves point de plus dignes affaires que celles de vostre salut et l’acheminement du salut de vostre ame a la vraye devotion. Ayés patience avec tous, mais principalement avec vous-mesme ;.je veux dire que vous ne vous troublies point de vos imperfections et que vous ayes tousjours courage de vous en relever. Je suis bien ayse de quoy vous recommences tous les jours ; il n'y a point de meilleur moyen pour bien achever la vie spirituelle que de tousjours recommencer. » : Ne nous sembletl pas voir s'impatienter cette fougueuse maîtresse de maison qui voudrait commander à ses humeurs comme à ses domestiques et qui ne peut admettre les lenteurs de son ascension spirituelle? Nous la voyons, parce que le saint la voyait lui-même dans son individualité. Il ne la perdait jamais du regard en lui écrivant.
Ainsi l'évêque de Genève sait appuyer ou glisser, selon le besoin des âmes, sur les divers aspects d'une même doc-
1 Lettre à Mi® de la Fléchère, 19 mai 1608, t. XIV, p. 22.
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