‹ Saint François de Sales, directeur d'âmesChapitre 63 sur 102 · LT AU GEL CS EEE NES EST RE SR · texte numérisé non relu

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. compte saint François de Sales tenait de ce besoin de notre nature. du Toutefois cette lenteur méthodique, qu'il estime si fort, pourrait devenir un péril si le directeur limitait trop étroitement nos vues à l'immédiat. A force de n’apercevoir que la besogne présente, on peut oublier de regarder vers la fin idéale à laquelle on doit tendre. Il importe de ne pas rester prisonnier d'un progrès qui ne doit être que le moyen d’un autre progrès, de ne pas s'établir à demeure sur un échelon auquel on ne s'est haussé que pour le quitter bientôt. L’accomplissement sage de la besogne quotidienne ne peut être un bon moyen d'éducation de la volonté, un principe actif de progrès, que si l'éducateur sait maintenir sous le regard de son disciple les fins supérieures en vue . desquelles 1l le fait agir présentement. Le bon directeur a, . selon le mot de Pascal, son idée de derrière la tête. Il sait communiquer à l’âme l'ambition générale du parfait, tout en contenant son ardeur, tout en évitant que cette ambition nécessaire devienne un désir empressé et fiévreux. . Ainsi fait l'évêque de Genève. Ayant mis l'âme au train . des petits progrès, il l’aiguillonne en lui soufflant le désir du parfait. La marche est sûre et lente, mais c'est une marche à l'étoile ! Le saint ne dit donc pas comme un de nos modernes : « Îl est expressément défendu de rien envisager au-delà de la journée qui se présente. Interdiction, : si nous sommes lundi, de concevoir que mardi existera. » ! Due Non, au contraire, il fait concevoir sans cesse que mardi existera. Si la besogne du lundi est évidemment celle qui lui importe d'abord, elle doit être préparatoire à celle du mardi. Une secrète intention doit l’élever au-dessus d'ellemême. Gardons-nous seulement de vouloir avec trop . d’âpreté que mardi soit fait selon notre caprice. Le parfait, ” nous le savons, c’est d'accepter l'imperfection même, pourvu que cette imperfection soit combattue. « C'est bien fait, dit le saint, d’aspirer d'une generale aspiration a

1 Henri LAVEDAN. Illustration, 18 novembre 1911.

l'extreme perfection de la vie chrestienne, mais il ne faut pas philosopher en particulier, sinon sur nostre amendement et sur nostre advancement selon les occurrences quotidiennes de jour en jour, remettant la conduite de nostre souhait general a la providence de Dieu. » ‘ Au-dessus donc des « occurrences quotidiennes », et pour les informer il faut que s'élève sans cesse du fond de notre âme ( une aspiration generale» vers l’extreme perfection ». Dans l'essor vers le bien, nul n’atteint sa imite. Nous restons tous ici-bas dans l’inachevé. Il est indispensable . de ne jamais oublier cela, mais il est indispensable aussi de toujours tendre vers sa limite. Et c'est ce que nous rappelle saint François de Sales. Ses « directives » vont d'abord à vaincre l'obstacle présent ; elles nous guident dans l'action où nous sommes actuellement engagés. Mais l'esprit qui les dicte court en avant de la plume et fait entrevoir au travers de chaque ligne l'action du lendemain.

L'action du lendemain d'ailleurs pour notre saint se prépare par l’action du jour même. Dans la spiritualité salésienne :il n’y a pas de petites choses. Les plus petites peuvent égaler les plus grandes et même, nous l'avons vu, les contenir virtuellement par l'élan de notre volonté, par notre adhésion au vouloir éventuel de Dieu.«Petite courtoisie, basse vertu, disait-il, mais marque d’une bien grande. » ? En outre, elles nous rendent peu à peu faciles les plus hauts | exploits. Toute la doctrine spirituelle de l’évêque de Genève implique la vérité de cet adage : celui qui est fidèle dans les petites choses sera fidèle dans les grandes. On s'est élevé naguère contre cette grande maxime. On a dit : « Ce n'est qu'un mensonge. Celui qui met son ardeur à être fidèle dans les petites choses ne peut pas être fidèle dans les grandes, ce serait contraire à toutes les lois des mathématiques et de la nature. Celui qui est fidèle dans les petites

1 Lettre à M® de la Fléchère, février 1609, t, XIV, pp. 122-123. ? Lettre à la baronne de Chantal, 1605-1698, t. XIV, p. 110

choses ne l'est que dans les petites. Cette sentence est la plus menteuse qui soit ; les esprits minutieux en abusent tous les jours pour se consoler de l’étroitesse de leurs horizons. » : La maxime ainsi proscrite n’a point rétréci les horizons de saint François de Sales, elle ne l’a pas empéché de tendre et de faire tendre à « l'extrême perfection ». S il se peut qu'elle soit contraire aux (lois des mathématiques », 1l est aventureux pour le moins de la dire contraire aux « lois de la nature». L'être, comme on a dit, est le fondement du devenir, et c'est par l’action répétée que l'on devient puissant à agir. L’athlète arrive-aux exercices difficiles en passant par la série entière des exercices faciles. Voilà quelle est la loi de nature. C’est la marche en échelons qui est la bonne dans tous les ordres et spécialement dans l'ordre moral. C’est elle qui est naturelle. De menus efforts répétés nous établissent fortement à un niveau de vertu. De ce niveau nous repartons pour gagner un nouveau palier. Et l'œuvre d’ascension qui eût été ardue, si nous l'avions voulu parfaire d’un coup, se trouve devenir aisée par son morcellement et son partage en brèves étapes.

C'est donc par une soumission constante à l'ordre naturel et surnaturel, par un scrupuleux souci de ne jamais violenter le réel que saint François de Sales en est venu à cette méthode progressive dont on peut dire d’ailleurs qu’elle n'est qu'un aspect de sa méthode générale d'adaptation au sujet. Îl n’essaie pas d’assujettir, il s’assujettit. Il se met à la cadence des âmes, il suit le rythme qui leur est propre par don de nature et par grâce.

1 Scharrelmann dans Les Chemins de la force. Cité par P. Gillet dans L’Education du caractère. Paris Desclée, p. 179.

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