‹ Saint François de Sales, directeur d'âmesChapitre 64 sur 102 · LA DIRECTION. — MÉTHODE AFFECTIVE · texte numérisé non relu

LA DIRECTION. — MÉTHODE AFFECTIVE

L'amour, en tant qu’il est un élan à agir conformément au vouloir de Dieu, est pour saint François de Sales, comme pour saint Thomas d’ailleurs, le fondement et le terme de la perfection. Mais cet amour n'est pas un talisman qui nous confère automatiquement et sur le champ la sainteté. Il est, comme les êtres vivants, soumis à une croissance. Il lui faut naître, grandir et s’affermir jusqu'à devenir une habitude permanente, une aptitude à agir € promptement et affectionnément. » Tout homme, dit l’évêque de Genève, a l'inclination naturelle d'aimer Dieu. La grâce survient qui lui en donne le pouvoir. Avec ces deux forces, chacun de nous peut acquérir cctte sou- - plesse constante du vouloir qui fait le dévot et le saint.

C'est assez dire que, dans la pensée de notre auteur, il y a une pédagogie, une éducation de l'amour qui a son ordre et ses lois à part.

Dans cette éducation, les idées sans doute jouent un rôle, mais un rôle secondaire. L'essentiel pour le directeur salésien, n'est pas de présenter à l'esprit de son dirigé les raisons d'aimer Dieu, les motifs de pratiquer la vertu, mais de présenter ces raisons et ces motifs de telle manière que le cœur s'émeuve et que la volonté s’ébranle vers l’action. Le pathétique doit primer la dialectique :. Aimer, c'est vouloir et agir. Or, se dit le saint, les idées dans une âme n'aboutissent à l'acte que si elles y arrivent

= 1 Cette primauté du pathétique sur la dialectique, saint François … de Sales la voulait même dans l’enseignement théologique. A l’auteur d'une Somme, le D' Asseline, il écrivait : « Je vous dis que mon opinion seroit que vous retranchassies tant qu'il vous seroit possible toutes » Jes paroles methodiques, » À quoi bon, demande-t-il, ces primo, ces

secundo, ces fertio, qui ne font que marquer inutilement les divisions « car, puisque vous estes extremement methodique,on verra bien que

toutes chaudes et toutes vibrantes, toutes immergées d’affectif, que si elles se présentent non pas tant en qualité d'idées que sous forme de sentiments. Saint François de

Sales a vu et dit cela avec une netteté que la pédagogie |

moderne, pourtant tout orientée de-ce côté, non seulement n’a pas dépassée, mais n’a pas même égalée. L'éducation de la volonté pour lui se ramène essentiellement à l'utilisation des états affectifs. C’est donc émettre une prétention singulièrement aventureuse que de dire avec un de nos modernes : (Tout était à faire dans cette voie.» ! Nous pourrions dire. plus exactement au contraire: depuis saint François de Sales tout était fait dans cette voie.

Non seulement son Jntroduction, mais chacune de ses |

lettres sont des chefs-d'œuvre de pédagogie affective.

Personne peut-être ne l'a égalé dans l’art d'émouvoir !

la volonté en faveur de son objet. À cet objet — et c'est B qu'il triomphe ! — il sait donner le maximum d'attrait sensible. Il sait en outre admirablement faire aimer Dieu, en faisant aimer celui qui parle en son nom. Il cherche à se faire aimer en usant spontanément et parfois même sciemment de toutes les ressources du langage affectif.

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