‹ Saint François de Sales, directeur d'âmesChapitre 68 sur 102 · PS TN CES US TOP · texte numérisé non relu

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sion à l'âme désireuse de perfection : « Les marques que J'ay reconneuës en vostre ame d’une sincere confianceen la mienne et d’une ardente affection a la pieté, rendent mon cœur tout paternellement amoureux du vostre. Or sus dong, ma bonne Fille, vous verres que nous ferons

Voir les lettres de saint Gaëtan à Laura Mignani : Wie de saint Gaétan, par R. de Maulde la Clavière. Paris Gabalda, pp. 182 et suiv.

-? Pour le P. Yvan voir: La Provence mystique au XVII siècle de M. Henri Bremond. Paris, Plon pp. 174-175. « À toutes (les âmes), dit M. Bremond, il laisse voir qu'il les aime, et du plus profond de son âme : («Mon Dieu, que j'ai de désir de vous aller voir! Enfin, je le ferai. J'y veux aller, ma fille. » — « Ma fille, je ne puis me saouler de vous donner ces grandes bénédictions, il faut que je recommence » — « Reve- ÿ: rendissime pater, je vous salue mille fois tous les jours. Plus je pense à 1 vous, plus je vous aime. » De tels petits mots, ajoute M. Bremond, en disent long sur cette amitié toujours en éveil. Que le lecteur veuille à bien s'en souvenir. Nous en aurons besoin tantôt, pour ne pas trop nous épouvanter, quand nous verrons à l’œuvre ce terrible directeur. »

bruts

sachies que mon cœur cherit le vostre me fait escrire ces

“trois motz. Conservés le bien, ce cœur, pour lequel le

cœur de Dieu fut triste jusques a la mort, et, apres la mort,

transpercé par le fer, affin que le vostre vive apres la mort. »

À une autre jeune fille du monde, Mie de Traves, il dit dans le même ton : « Mademoiselle, mon frere qui va la, vous dira peut estre que je vous cheris et honnore bien

fort ; mais vous croiries peut estre bien aussi qu'il me feroit ce bon office par charité, et je desire que vous sçachies

que cest mon cœur qui a vrayement ce sentiment ER

c'est pourquoy je l’escris ainsy de ma main et de mon cœur. Mais dites moy donq, Mademoyselle, je vous supplie, l'amour de Dieu regne-t-il pas tous jours en vostre

ame? »° Telle est sa manière habituelle. [1 s'empare des âmes par la tendresse pour les donner à Dieu. Qu'il s'adresse à une seule ou à plusieurs il se comporte

presque toujours ainsi. Entendons-le parler à ses Reli-

gieuses de la Visitation d'Annecy : « Seroit-il bien possible

que mon esprit oubliast jamais les chers enfans de ses

entrailles? Non, mes tres cheres filles, ma chere joye et

dr.

ma couronne, vous le sçaves bien, je m'en asseure; et vos

cœurs vous auront bien respondu pour moy que si Je ne vous ay pas escrit jusques a present, ce n'est sinon parce que, escrivant a nostre tres unique et bonne Mere, je sçavois bien que je vous escrivois pas moins qu'a elle, par cette douce et salutaire union que vos ames ont avec la sienne ; et

encor, parce que le saint amour que nous nous portons.

1 Lettre à une inconnue. Septembre-Octobre 1605, t. XIII, p. 104. 2 Lettre à Mademoiselle de Bréchard, 16 novembre 1608, t. XIV, p. 86.

3 Lettre à Mademoiselle de Traves, 18 décembre 1608, t. XIV,

'o pas <a Ex lies “à ne néanmoins de chaleureux et entraînants billets comme celui-ci : « Ma demoyselle, le seul desir que j'ay que vous ns

sh es ss vous benisse, mes tres éheres. di 4 ce us. TEr face de plus en plus avancer en l'amour de sa divine eternité.…. Dieu m'a favorisé d’avoir peu escrire tout d'une : haleyne, quoy que presque sans haleyner, ces ue ne

José et la fleur des Niètes » 1 Cela s'achève en un Ed ne : un peu précieux sans doute, mais ce badinage, nous le verrons, le goût du temps l'exigeait en quelque mesure, façonné qu'il avait été par la Littérature amoureuse des Amadis, des Diane et des Astrée ! On imagine du moins sans 4 peine de quel élan des âmes ardentes et fraîches, prises | dans ces ondes affectives, devaient se porter à la conquê de la perfection !

Même quand le saint s'adresse à un homme, à à un ve lard, il se fait caressant comme s’il parlait à à un enfant. D hare nous a conservé les monuments d'amitiés célèbres. La plupart avaient plus de retenue. Racine et Boileau qui s'aimaient tendrement se guindaient un peu quand ils avaient à s’écrire. Ils revêtaient le manteau de cérémonie, ils mettaient leur perruque. L'affection était vive : on la sentait puissamment sourdre sous les mots dignes, mais elle ne se livrait qu'avec une sorte de contrainte pudique. Saint François de Sales est plus près de la nature. Pas plus que Montaigne, qui étalait si ingunément son amitié amoureuse pour la Boëtie, il n'éprouve de gêne à ouvrir tout son cœur. Son âme, dit-il, ( bouillonne en

cs

1 Lettre aux Religieuses de la Visitation d’ Annecy, 1e avril 1612, ne | t.XV, pp. 205-207

variété d'affections », et il ne rougit point de le laisser voir. Certes, comme Racme et Boileau, il dit « Monsieur » à ses amis. Mais quelle différence dans la chaleur du ton ! Ïl lui échappe même des mots ardents qu'il feint ensuite de vouloir rattraper, mais qu'il souligne deux fois en se donnant l'air de vouloir les effacer. Artifice charmant pour dire sans aucune ambiguïté ce qu’un autreaurait cru devoir taire |

L'évêque de Genève s’identifie avec son dirigé. S’adressant à Philothée 1] dit « nous ». Il dit encore « nostre âme », « nostre cœur », Unostre amour }, { nostre advancement ». Ïl écrit à Mne Bourgeois : « O ma Fille, qu'est-ce qui a ebranlé nos resolutions, » ces resolutions qui avaient été prises en commun? Îl en vient à ce point d'union avec l’âme dirigée que leurs deux intérêts ne se distinguent plus. C'est plus que la collaboration : c’est une parfaite et douce communion.

Ce bon guide sait évoquer, nous l'avons vu, l'image du Sauveur tenant amoureusement son regard sur sa créature. Mais il y ajoute habilement l’image d’un guide aimé, vénéré, qui porte sa croix avec elle, qui se réjouit avec elle, qui ne fait qu’un avec elle. « Vous ne vous abuseres point, dit-il à la même, en vous imaginant que je suis pres de vous en ces tribulations. »? Il est là près d’elle, en effet, par la pensée. Il lui a pris la main. Et les voilà qui gravissent ensemble la sainte montagne. Quel secours pour une âme faible, hésitante ou douloureuse ! Et quelle est l'âme qui n’appelle, à certaines heures, le bienfait d’une telle présence ! À une autre correspondante il écrit avec une jolie pointe de préciosité : « N'advoües-vous point le don que je fay tous les jours à Dieu de vostre cœur? Je le luy donne comme tout mien et je le tiens pour tout mién, parce qu'il me l’a donné. Mais s’il est sien et qu'il me l'ayt donné, ne le luy puis-je donner comme tout mien? Qu'a jamais, et le

1 Lettre à Madame Piles 29 juin 1605, t. XIII, p. 61. 2 Lettre à Madame Bourgeois, 15-18 avril, 1608t. XIV, pp. 79-80

DS

vostre: qui est mien et le mien qui est ose puissent ten

tout siens, puisque, par son immense bonté, le sien est tout nostre ! » ! Dans ces lignes toutes parfumées de «dilection ». ne sent-on pas s’ébaucher le fameux : j'ai mal a votre tête de la petite fille de sainte Chantal ?

Aucun directeur d’âmes, sans excepter Fénelon, n'a été cordial avec ces nuances de vivacité, d'abandon, de candeur. Fénelon, sans doute, pratiquera spontanément lui aussi la méthode affective. Mais 1l restera toujours

le grand seigneur qui se contient, se surveille et se

drape *. Plus « distant » que saint François de Sales, il donnera toujours du (Madame » à ses dirigées les plus intimes, même à Mme Guyon. L'évêque de Genève, lui, supprime tout ce qui pourrait comprimer les épanchements mutuels. « Vous me demandes, écrit-il à M® de Limojon, comm’ il faut que desormais vous m'escrivies ; sçaves-vous comment, Madame ? Ecrives moy librement, sincerement et naïfvement. Je n'ay pas autre chose a dire pour cela, simon que vous ne deves pas mettre sur la lettre Monseigneur tout court ni autrement ; il suffit d'y mettre Monsieur, et pour

1 Lettre à Madame de Maillard, 15 octobre 1608. t. XIV, pp. 79-80.

2 Fénelon néanmoins, pour Madame Guyon, tentera d’abaisser les barrières : « Gardez-vous bien, lui écrivait-il, de vous gêner pour tous les noms que vous vous trouverez portée à me donner. Suivez librement la pente que Dieu donne à votre cœur et soyez persuadée que Jen serai très édifié. » Lettre du 3 juin 1689. Cf. M. Masson. Fénelon et M®e Guyon, p.153. Fénelon, pour sa part, gardera toujours sa dignité. Mais Mme Guyon usera, et, s’il faut le dire, abusera de la permission donnée. Traitant son correspondant en enfant, elle lui

donnera dans son particulier, de petits surnoms puérils comme Bi,

Bibi, dont la signification nous échappe. Elle lui écrira même : « O mon enfant, votre âme m'est chère au delà de tout ce que je puis dire ; elle n’est qu'une même chose avec la mienne. Vous êtes l'unique. Vous êtes mon fils bien-aimé en qui je me complais. » — Cf. Lettres de MM Guyon. Op. cit. pp. 151, 156, 283, 298, 204. — A quoi Fénelon, conciliant, répondra : « Rien ne me scandalise en vous, et je ne suis jamais importuné de vos expressions. » Lettre du 18 juillet 1689

Op. cit. p. 216.

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