LE MORALISME DE SAINT FRANÇOIS DE SALES
L'optimisme chez saint François de Sales est donc, malgré quelques flottements passagers, la tendance initiale et maîtresse à laquelle tout l'ensemble de sa spiritualité se rattache. Mais, entre les diverses tendances dérivées dont nous verrons le détail, il en est une qui commande à son tour tant de choses dans son système qu'il est nécessaire d'étudier son cas à part.
Si Dieu nous apparaît surtout, comme il apparaissait aux Juifs, dans sa troublante majesté de Créateur et de Souverain Justicier des hommes, ne serons-nous pas naturellement portés à nous abîmer devant Lui et par suite à subordonner tous nos autres devoirs religieux au devoir d’adoration et de louange? L'homme, s'il conçoit Dieu à la façon judaïque, aura tendance à s’oublier lui-même, à se perdre de vue, pour n'apercevoir en quelque sorte que le Maître tout-puissant auquel il doit son hommage. Son ascétisme, que nous pourrons appeler ascétisme de religion, fera tout plier devant cette fonction adorante et laudative, qui met dès ici-bas la créature dans le rôle des anges du ciel,
Si Dieu, au contraire, est considéré par nous comme un
: Père affectueux, comme un confident et un ami, ou, selon l'expression de Clément d'Alexandrie comme un indulgent Pédagogue, anxieux des embellissements de notre âme, nous serons infailliblement conduits à fixer en nous-mêmes le centre de nos préoccupations. Dès lors que Dieu a son regard posé sur nous, qu'Il est le tendre Mentor dont la sollicitude épie nos progrès, tout notre effort d’ascèse se porte à Lui procurer cette satisfaction suprême : nous améliorer. Cet ascétisme que nous pourrons appeler ascé-
| pouvons + prévoir, appartenir à ce de rat d'a 'ascé- ‘1 tisme moral qui commençait à se dessiner puissamment depuis un siècle. Vingt pages de son œuvre, prises au hasard, pourraient nous en fournir la preuve. Sa préoccupation dominante et invariable sera d’honorer Dieu, première-
ment par la culture de soi, secondement par la culture des
autres, c'est-à-dire par l'apostolat.