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54 SAINT FRANÇOIS DE SALES s.
D'ller chercher les raysons de A disputes, ci n sea
point propre pour nous ; mais tenons-nous à cette heure du costé de ceux qui disent qu'il y a des licornes et que leur poudre a la propriété de chasser le venin. Tous
peuvent avoir de cette poudre aussi bien que les princes.
Le pretieux sang de Nostre-Seigneur est comme la licorne qui chasse le venin du péché. » : Qu'il y ait des licornes ou
non, qu'importe, en effet? Si l’on tient à s'en instruire,
qu'on s'adresse à Pline ou à de plus savants que lui”. Pour sa part, il n’attache aucune importance à ces ‘déate: il ne veut que glisser son enseignement à la faveur du sursaut d'attention qu'il a obtenu par eux.
En résumé, sur cette question des anecdotes scientifiques, concluons que le saint avait, par nature, la passion d'en conter, que son public d’autre part en raffolait et que devant ce public dépourvu d'esprit critique, superstitieux d'antiquité sous toutes les formes, il ne pouvait être question d'entrer dans des discussions techniques inopportunes.
Parfois, surtout dans l’/ntrodu:tion, où le goût du saint n'est pas encore parfaitement mûr, l’anecdote scientifique se prolonge sans raison visible, pour le plaisir. Encore n'est-il pas bien sûr que cette menue défaillance du goût ne soit souvent une heureuse faute et ne mette les esprits en meilleur état de réceptivité par rapport à la leçon donnée ! À les juger du point de vue pédagogique, le seul qui importe au fond, les comparaisons salésiennes, même exubérantes, sont, on peut le dire, à peu près sans reproche !
C'est dans le même esprit qu’il convient de juger les paraboles, les récits hagiographiques, les souvenirs bibliques
1 Sermons recueillis. Pour la 2° dimanche aprés l'Epiphanie, 17 juillet 1621, t. X, p. 16.
? Rabelais parlant de Pline l'appelait € parfait menteur », I, 6. Il semble que la confiance de saint François de Sales n'ait pas été beaucoup plus grande. ” e
ë dont 1 use à profusion. Il les emploie en théoricien eten
praticien de l'éducation : attrayante. Notre-Seigneur, disait-il dans un de ses sermons, se servait de la parabole « pour graver plus profondément sa doctrine, comme on se sert d’aiguilles et de soies pour introduire le fl. » : Il fait de même. Les paraboles et les histoires ne sont pour lui que soies et aiguilles pour introduire le fl. Ne leur demandons | pas autre chose que de bien accomplir leur office di intro- ducteurs. Bernardin de Saint-Pierre dira : « Voulez-vous : apprendre promptement l'alphabet à vos élèves, mettez une dragée sur chaque lettre. » ? Ce procédé qui favorise un peu trop également peut-être l'intelligence et la gourmandise, notre saint ne l'eût sans doute pas admis sans réserve en pédagogie infantile ; mais, pris dans son esprit et sagement transposé, il l’adopte pour la spiritualité, Il met volontiers sur chacun de ses enseignements une fleur, fleur de l'esprit, parabole, exemple, récit, ou comme nous l'avons dit, comparaison scientifique, métaphore, image. Ïl avait un tempérament de conteur. En outre l'expérience et la raison lui enseignaient l'incomparable vertu des exemples et des faits d'histoire. Il avait toujours présent au souvenir, nous le savons, la mémorable aventure de saint Augustin qui, déjà travaillé par la grâce, mais encore hésitant, avait soudain, parcourant la vie des saints, poussé le cri hbérateur que l’histoire de l'éducation doit recueillir pieusement : Quoi ! ce que ceux-ci et ceux-là ont pu faire, moi, Augustin, je ne le ferais pas ! Des ignorants gagnent le ciel, et moi, je languis dans le péché ! Notre saint se souvenait aussi de deux grandes âmes, plus proches de lui, saint Ignace et M€ Acarie, que la lecture de pieux récits avait naguère jetés dans la sainteté. Il était aussi trop. bon psychologue pour n'avoir pas réfléchi sur ce qui fait
1 Sermons autographes. Pour le 19 dimanche après la Pentecôte … : 21 octobre 1612, t. VIII, p. 108.
2 Cité par Dugas. Cf. Le Problème de l'éducation, Paris, Alcan, p 207.
a 1ESp qu lle S ete dans Ja Ca ets sans bruit. a « pan l'es
Qui jette de sa garnison jusqu ’au cœur la ville endormie.
L'art du conteur chez saint François de EN ne pet s'exprimer tout entier dans une formule unique. Comme à La Fontaine il lui arrive de nous donner un récit tout nu sans commentaire. D’autres fois, il l'enrichit d’une glose | par manière de conclusion. Parfois enfin, le récit et ke leçon délicatement entrelacés se développent simultanément, le détail d'histoire alternant et se confondant presque avec l'élément dogmatique. C'est dans les Entretiens spiri- tuels, livre tout spontané, que nous pouvons le mieux observer son génie et sa- méthode si souples de maître éducateur par le récit. Dans ces merveilleuses causeries d'un père avec ses filles d’ élection, nous voyons passer sous nos yeux comme une vivante épopée hagiographique, commentée d'un trait léger, délicat, toujours saisissant, Nous avons là tout à la fois un manuel ascétique et une. légende dorée.
Comme tous les grands artistes et comme tous les ans éducateurs, l'évêque de Genève a le goût de ces récits merveilleux, archaïques, enveloppés comme d'un halo de légende et qui tirent justement leur valeur didactique de ce que les attitudes et les caractères y sont plus grands que nature, plus héroïques et plus nets que dans la réalité. Il les conte avec le grain de sel nécessaire, mais avec la conviction néanmoins qu'ils ont un talisman. Les exploits : des héros nous charment et nous entraînent toujours. Un . peuple entier se modèle à son insu sur Achille, sur Enée, à sur Roland. A son petit peuple de la Visitation, saint François de Sales raconte donc la belle histoire de sainteté dont