‹ Saint François de Sales et ses amitiésChapitre 13 sur 68 · I:T SlilS AMITII^S · texte numérisé non relu

I:T SlilS AMITII^S

Toujours, l(;s soi^nu'urs (l(^ Sal(\s ;iv;iiriil, eu le l'cspc^;!, dv, ces c-hosos, et, vers 1()5(), daus cy, ('hàl,(wni I.ouiIkjuI. «mi ruines, uu érudil. put compter fiuarante ou ciiicjuautc^ mille titres ^ !

Tout cela, les tiMres, les gran^^es, le notaire, les parchemins, c'était l'alTaire de M. de Hoisy; (;t ses journées, comme celles de sa femme, s'écoulaient on de calmes labeurs.

l^ui aussi était bon chrétien. Son père, J(ian (h; Sahis (mort avant son mariage) avait pris pour modèle le roi David : « Il fléchissait tous les jours les deux genoux à terre, sept fois, à certaines heures, pour adorer Dieu » ^. A cet effet, il portait « une montre d'horloge » et, quand il était en route, il descendait de cheval à l'heure habituelle « en quelque si mauvais lieu que ce fût ».

Le seigneur François, d'un esprit moins mystique et même un peu rude, ne pratiquait point tant de dévotions; mais, élevé par un tel père et tout soumis aux traditions, il avait une foi sereine; les croyances de ses ancêtres lui étaient sacrées; les nouveautés de la Réforme lui semblaient risibles; et, au sujet du Calvinisme, il fallait voir son air de mépris : — « Une religion que j'ai vu naître !... qui a douze ans de moins que moi !... » ^. C'est pourquoi M. de Boisy appréciait en sa femme, parmi beaucoup d'autres vertus, sa parfaite soumission aux vieilles lois de l'Église.

Au premier temps de leur mariage, une fête princière suspendit quelques jours leur vie paisible.

Jacques de Savoie, duc de Nemours et de Genevois, venait d'épouser, à Paris, Anne d'Esté, la petite fille d'Anne de Bretagne et de Lucrèce Borgia, la veuve du duc de Guise. Il voulait lui montrer Annecy, capitale du

Genevois, son apanage, et toute la noblesse du pays s'apprêtait à leur faire sa cour. Quatre lieues à peine séparaient Annecy de Sales. M. de Boisy conduisit sa femme à la ville.

En ce temps-là, les dames enfermaient leur buste dans un « corps piqué », corset cuirassé de bois ou de fer, qui devait leur donner à toutes, coûte que coûte, une taille lîne; des arcelets de fer soulevaient les cheveux; une petite fraise entourait le cou; le devant du corsage s'allongeait en pointe sur les jupes tendues par la vertugale; et comme des lois sévères restreignaient le luxe, on n'avait jamais vu de toilettes plus somptueuses ^

j\/jme (Je Boisy dut revêtir en cette occasion les « habits de riche étoffe » qu'on gardait avec soin pendus dans l'archive 2; et l'on se représente, toute raide en ses beaux atours, cette petite dame, un peu intimidée, que son mari, vieil habitué des cours, menait faire la révérence.

Elle avait alors douze ou treize ans.

L'entrée du couple ducal dans sa bonne ville fut magnifique. L'été rayonnait. Annecy, serrée entre ses remparts comme les belles dames dans leur corps piqué, avait fait toilette. (Elle s'endetta ce jour-là pour deux cents écus d'or.) Et des tapisseries tendues sur les maisons rendaient les rues pareilles aux galeries d'un palais ^.

A la porte de Bœuf, par où devaient entrer les princes, les bourgeoises les plus élégantes s'étaient groupées; et l'une d'elles, M^^^ Jacquemine Malbuisson les précédait, « accoutrée en nymphe », ce qui semblait alors du meilleur goût. Son costume était blanc et rose; la ville en en avait fait les frais *.

Quand la duchesse parut, à cheval, les pieds sur une tablette, et sa longue robe couvrant la monture, la

1 Jd. 398. — 2 L. 101. — 3 Ka. Année 1883-16. — * Md. 252.

ET sr:s AMT^riRS 9

iiyrn[)h(; s'avaiu^a xcrs rllc, Im rciidil, les clefs (l<i la ville ot récita ce cornpliniciil, :

« Annccii, plein de ji>ic cl de bonheur Ave.e ces clefs s(ni eœnr fidèle assemble. (^esl peu. de cas iles clefs, inuis lout le cteur De les sajels il le présenle ensemble » '.

On ignore ce que dit la duchesse; mais le compliment était vrai, car elle s'attacha, dès ce jour, l'amour de son peuple.

Anne d'Esté avait alors trente-cinq ans; elle passait pour « Une des plus belles personnes de son siècle », et le grand nom de son premier mari lui faisait comme une auréole ^. Pour la pieuse ville d'Annecy, restée rebelle au Calvinisme, le duc François de Guise, victime des Huguenots, semblait sans doute un héros, une sorte de martyr. On savait la Duchesse douce et bonne; lors de l'affaire deVassy, elle avait, disait-on, envoyé un exprès au Duc pour qu'il ne versât point le sang ^. Enfin sa bonne grâce enchantait les bourgeois, fiers d'avoir pour suzeraine une si célèbre princesse.

Près d'elle, son second mari, aui était du même âge, faisait bonne figure : c'est lui que Brantôme appelle « la fleur de toute chevalerie ». Deux petits princes, fils de Guise, accompagnaient leur mère, avec nombre de dames et de seigneurs français; et les Savoyards, en s' écrasant le long des murs, ouvraient de grands yeux devant les modes de Paris.

Par les rues étroites, entre les deux rangs de tentures, le cortège monta au château qui domine les toits de la ville; et là, les fêtes continuèrent.

'Md. 252. — 2 ^\Id. 252. — « Ka. Année 1S81, 110.

Les draps d'or, les pierreries, les longues traînes des grandes dames, les robes rouges de deux cardinaux, le sourire même de la duchesse n'étonnèrent pas M"^^ de Boisy. D'un objet plus humble, elle allait emporter à Sales un souvenir qui écrasait tout.

On conservait alors à Ghambéry le suaire du Christ, longue pièce de linge où des taches sombres tracent l'empreinte d'un corps sanglant. (C'est le même, aujourd'hui à Turin, dont la photographie, vers 1900, fit grand bruit lorsqu'on vit la majesté que prennent en négatif les traits du visage.)

Par un suprême honneur, pour l'entrée d'Anne d'Esté, on exposa dans une église d'Annecy ce Saint Suaire dont l'arrivée avait attiré à la ville non moins de monde que les princes ^ ; et l'impression qu'il fit sur le peuple fut si profonde que désormais le mot de Suaire devint dans ce pays un prénom ^.

Ces taches grossières et sans expression, qu'on admirait alors de confiance, bouleversèrent M^^^ de Boisy; longtemps elle resta en prières devant ces plaies, ces souffrances, cet amour que sa piété lui mettait sous les yeux; et, dans un grand élan du cœur, elle promit à Dieu que, s'il lui donnait un fils, le lui consacrant d'avance, elle rélèverait pour Lui seul ^.

L'année suivante, elle eut un fils.

1 Y. 8. — 2 Ka. Année 1883-34. — ^ Y. 9.

CÏIAPÎTRK TI

L'Enfance de saint François.

ADAME de Boisy, la nuit, avait des songes que, le matin, elle aimait à conter. Son mari ne faisait qu'en rire; il la traitait comme une enfant et, en manière de petite guerre, il lui défendait d'y penser. Une nuit, elle vit ainsi le fils qu'elle attendait \ devenu grand : c'était un simple berger; il poursuivait les brebis à travers la campagne et rassemblait un immense troupeau. Gravement, elle voulut voir en son rêve un présage, une révélation; mais M. de Boisy, qui avait pour son fils d'autres ambitions, ne rit point ce matin-là et môme, afin de la faire taire, il se fâcha.

Quelle angoisse, quel affolement, le jeudi 21 août 1567, quand la naissance tant désirée s'annonça, deux mois avant terme!... Mais, ensuite, à la nuit tombée, quelle joie quand M"^^ de Boisy eut heureusement mis au monde un fils 2 !

Plu^ tard, les tireurs d'horoscopes, à la mode en ce temps-là, calculèrent que le soleil quittant alors le signe du Lion entrait dans celui de la Vierge, présage de bonheur ^.

Le nouveau-né était « fort petit, fiouet et délicat w^; du moins il vivait; et, dans la chambre apaisée qu'on appelait déjà « chambre de Saint-François » parce qu'il y avait

' M. 193. — - G. I, 2. — 3 Oa. VIII, 474. — * C. 1 1,

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