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irr SES AMITIÉS 210
une. » Alors ce jcuiio homme, le .suppliant d'éclairer ses doutes, lui dit ses préjugés contre la foi romaine. Le len- <lemain, l'un et l'autre quittèrent Saint-Gras, de compagnie, pour pouvoir, le long de la route, parler de controverse; durant dix jours, ce Genevois suivit l'éveque; et le dixième, il abjura. ^
Quand François atteignit la petite ville de Samoëns, ^ elle était, lui dit-on, pleine de factions, de querelles et de haines. Or, on venait de célébrer l'Assomption. François, montant en chaire, dépeignit la mort de la Vierge; puis, regardant cet auditoire attentif, que ravageaient au fond du cœur d'interminables rancunes, il s'écria : — « 0 mon cher peuple, Marie meurt d'amour; et nous vivons de haine. Aussi elle monte aux cieux; et nous descendons en enfer ». A ces mots, il fondit en larmes et suffoqué de sanglots, incapable de poursuivre, il dut quitter la chaire. Mais nul sermon n'eut jamais plus d'effet; ces larmes inattendues bouleversèrent, effrayèrent les fidèles; et l'éveque dut passer trois jours, avec une partie des nuits, à les confesser, apaiser et réconcilier.
Pourtant, Monseigneur croyait de bonne foi qu'il manquait d'ardeur au soin de son troupeau; il écrivait à M^^ de Chantai : — «... Ma chère fille, vous diray-je pas une chose qui me fait frissonner les entrailles de crainte? ^ Chose vraye. Devant que nous fussions au païs des glaces, environ huit jours, un pauvre berger couroit ça et là pour recourir une vache qui s'estoit égarrée, et, ne prenant pas garde à sa course, il tumba dans une crevasse et fente de glace de douze piques de profondeur. On ne sçavoit qu'il estoit devenu, si son chapeau qui, à sa cheute, luy tumba de la teste et s'arresta sur le bord de la fente, n'eut mar-
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que le lieu où il estoit péri. 0 Dieu ! Un de ses voisins se fit dévaler avec une corde, pour le chercher, et il le treuva non seulement mort, mais tout presque converti en glace; et, en cet estât, il l'embrasse, et crie qu'on le retire vistement, autrement quil mourra du gel. On le tira donques avec son mort entre ses bras, lequel, par après, il fit enterrer.
« Quelz esquillons pour moy, ma chère fille ! Ce pasteur qui court par des lieux si hasardeux pour une seule vache; cette cheute si horrible que l'ardeur de la poursuite luy cause; cette charité du voysin, qui s'abisme luy mesme
pour oster son ami de l'abisme » «... 0 Dieu, ce dis-
je... Et pourquoy donques suis-je si lasche à la queste de mes brebis...? » ^
Entre les deux reprises de son voyage, François prêcha, sur la requête du Sénat, le carême de 1606, à Chambéry, « ville fermée de très beaux murs, marquée d'un grand nombre de tours et de clochers ». ^ Là, comme à Paris ou à Dijon, il fit « un très grand profit parmy les peuples », car « après ses prédications il s'employoit tout à faict à résoudre les doutes du tiers et du quart ». Chambéry n'avait pas d'évêque, sinon celui de Grenoble qui pouvait rarement venir jusque là. Mgr de Genève, durant ce séjour, confirma, conféra les Ordres, institua des catéchismes, visita les prisonniers. Le Sénat, qu'embarrassait un procès compliqué, pria cet évêque si condescendant, de fulminer un monitoire, ce qui obligeait chacun en conscience à révéler sur cette affaire tout ce qu'il savait. ^ Monseigneur voulut d'abord qu'on le mît un peu au courant et, voyant que ce grand éclat était hors de saison, il pria le Sénat de s'en abstenir. Celui-ci, piqué du refus, le menaça, s'il ne cédait de faire saisir ses biens. — « Dieu soit