A. III
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que, la gravant dans l'esprit des autres, le mien à j'adveuture en deviendra saintement amoureux : et si jamais sa divine Majesté me voit vivement espris de ce sainct amour, elle me la donnera en mariage éternel. » ^
Dans plusieurs comparaisons, François met une pointe malicieuse : — « Il y a des pénitents qui sortent en effet du péché et n'en quittent pourtant pas l'aliection. Ils s'abstiendront du péché comme les malades font des melons, desquels ils ne mangent pas, parce que le médecin les menace de mort s'ils en mangent; mais ils s'inquiètent de s'en abstenir; ils en parlent et marchandent s'il se pourrait faire, ils les veulent au moins sentir et estiment bien heureux ceux qui en peuvent manger. » ^
Il y a même dans Vlnlrodiiclion des esquisses de « caractères » qui annoncent déjà La Bruyère : cet humble dévot qui « serait fort aise que l'on médit de lui et le souffrirait fort patiemment pourvu que personne ne crût le médisant », et ces médisants, « les plus vénéneux de tous, qui font des préfaces d'honneur ^. Je proteste, disent-ils, que je l'aime et que au reste c'est un galant homme; mais cependant il faut dire la vérité, il eut tort de faire une telle perfidie... » *, et la malveillance du monde pour les dévots : « Que les moutons soient blancs ou qu'ils soient noirs, le loup ne laissera pas de les manger, s'il peut. Quoi que nous fassions, le monde nous fera toujours la guerre : si nous sommes longuement devant le confesseur, il demandera que c'est que nous pouvons tant dire; si nous y sommes peu, il dira que nous ne disons pas tout. » ^
Ces quelques traits montrent la variété de ton qui égaie le pieux petit livre. A quoi bon, en effet, parler d'un air rigide de ce qui est par essence la source de la vraie joie?
» I(L 11. — 2 Id. 30. — 3 A. III, 135. — * M 239. — ' Id. 291.
« Je ne sçai certes, disait François, comme les âmes qui se sont données à la divine bonté ne sont tous-jours joyeuses, car y a-t-il bonheur esgal a celuy la? «^ Et nous lisons aux premières pages de V Introduclion : — « Le monde, ma chère Philothée, difame tant qu'il peut la saincte dévotion, dépeignant les personnes dévotes avec un visage fâcheux, triste et chagrin 2. Le monde voit que les dévots jeusnent, prient, souffrent les injures, servent les malades, donnent aux pauvres, veillent, contreignent leur colère, suffoquent et estoufîent leurs passions... Mais le monde ne voit pas la dévotion intérieure et cordiale, laquelle rend ces actions agréables, douces et faciles. Regardez les abeilles sur le thin, elles y treuvent un suc fort amer, mais en le sussant elles le convertissent en miel, parce que telle est leur propriété : ô mondains, les âmes dévotes treuvent beaucoup d'amertume en leurs exercices de mortification : il est vray, mais en les faisant, elles le convertissent en douceur et suavité... La dévotion sert de feu en hyver et de rosée en esté : elle sçait abonder et souffrir pauvreté : elle rend esgallement utile l'honneur et le mespris : elle reçoit le plaisir et la douceur avec un cœur presque tousjours semblable, et nous remplit d'une suavité merveilleuse. »
Et François ajoute, pour donner toutes les marques de la vraie dévotion, qu'il faut en « accomoder la prattique aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier ^. Je vous prie, Philothée, seroit-il a propos que l'Esveque voulust estre solitaire comme les chartreux? Et si les mariés ne vouloient rien amasser non plus que les capucins, si l'artisan estoit tout le jour à l'église, cette dévotion ne seroit-elle pas ridicule, desréglée et insupportable? Cette faute néanmoins arrive