Y. I, 654. — 2 G. II
CHAPITHE XX
Débuts de la Visitation.
,ET hiver-là, M^^ de Chantai vit mourir sa plus jeune fille, Charlotte, très rapidement, comme Jeanne de Sales. Quand François en reçut l'annonce, lui-même venait de perdre M"^® de Boisy.
Jamais une mère et un fils n'avaient eu l'un pour l'autre plus d'affection. « Cette noble dame aymoit tant son François qu'elle ne le pouvoit assés voir. Etant à Sales, le soir et le matin, il luy alloit faire la révérence à la ruelle de son lict; le long du jour souvent il patientoit à l'entretenir les trois et quatre heures de rache-pied. — « Je fais, disait-il, ce que je puis à fin de la contenter, et je n'en sçaurois venir à bout. »
Il disait aussi : — « 0 mon Dieu, qu'il faut faire des choses pour les pères et mères, et comme il faut supporter amoureusement l'excès, le zèle et l'ardeur, à peu que je die encore l'importunité de leur amour ! Ces mères, elles sont admirables tout-à-fait : il leur est advis qu'on ne les ayme jamais assés et que l'amour qu'on leur doit ne peut estre mesuré que par les desmesurements. Quel remède à cela? Il faut avoir patience, et faire au plus près que l'on peut tout ce qui est requis pour y correspondre. Hé 1 Dieu est si bon que, condescendant à cela, il estime les accommodements de nostre volonté à celle de nos mères comme faitz pour la sienne, pourveu que nous
ayons son bon playsir pour fin principale de nos actions. » ^ Il écrivit à M^^^ de Chantai : « ...Vous voudriès peut estre sçavoir comme cette bonne femme a fini ses jours : En voici une petite histoire, car c'est à vous que je parle, a vous, dis-je, à qui j'ay donné la place de cette mère en mon mémorial de la Messe, sans vous ester celle que vous aviés, car je n'ay sceu le faire tant vous tenés ferme ce que vous tenés en mon cœur; et par ainsy, vous y estes la première et la dernière 2. Cette mère doncq vint icy (à Annecy) cet hiver et, en un mois qu'elle y demeura, elle fit la revtie générale de son ame et renouvela ses désirs de bien faire avec certes beaucoup d'affection; et s'en alla la plus contente du monde d'avec moy, duquel, comm' elle disoit, ell' avoit retiré plus de consolation que jamais elle n'avoit fait. Elle continua en cette bonne joye jusques au jour des cendres, qu'ell' alla à la paroisse de Thorens ou elle se confessa et communia avec très grande dévotion, ouy trois messes et vespres, et le soir, estant au lit et ne pouvant dormir, se fit lire à sa fille de chambre trois chapitres de l'Introduction pour s'entretenir en des bonnes pensées. Le matin estant venu, cette bonne femme se levant et peignant, elle tumbe soudainement comme toute morte. Mon pauvre frère, vostre filz, qui dormait encor, estant adverti accourt en chemise, et la fait relever et promener et ayder par des essences. On me vient appeler icy, et j'y vay soudain avec le médecin et apoticaire qui la treuvent létargique et paralitique de la moytié du cors, mais létargique en telle sorte que néanmoins ell' estoit fort aysée à réveiller. A mon arrivée, toute aveugle et tout' endormie qu'eir estoit, elle me caressa iort et dit : — « C'est mon filz et mon père cettuy-ci »; et me baysa la main avant toutes choses. Elle continua en mésm' estât presque