‹ Saint François de Sales et ses amitiésChapitre 44 sur 68 · M 79. — 2 M 241; G. II, 75. — « A. XV · texte numérisé non relu

M 79. — 2 M 241; G. II, 75. — « A. XV

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au duc vint altrisLer Frauçois; coLtc fois, on al, Laquait sa famille.

Le duc de Nemours, seigneur mi-français mi-savoisien, qui vivait surtout en France, avait confié longtemps Je soin de ses affaires à M. de Charmoisy ^ Puis celui-ci fut supplanté par un certain Berthellot que François, dans sa correspondance, dit être « un jeun' honmie fort éveillé )). Ses airs insolents lui firent des ennemis; traversant un bois la nuit, en février 1613, il reçut des coups de bâton. L'agresseur était un prêtre, jadis abbé de Talloires. (On voit que les pauvres moines, « ces bons enfants », comme les appelait François, avaient eu de qui tenir.) ^ Berthellot porta ses soupçons sur M. de Charmoisy et sur le plus jfeune frère de Tévêque, Janus, qui lui faisait « des frivoleries comme de ne le saluer pas »; le duc de Nemours, puis son cousin, le duc de Savoie, « prirent le ressentiment si chaudement » que Janus de Sales faillit être emprisonné, que M. de Charmoisy fut banni d'Annecy et rigoureusement consigné dans l'une de ses terres, et qu'enfin François put écrire ^ : «... Tout nostre Caresme s'est passé en cette pauvre petite ville à nous défendre presque tous des calomnies qu'on jettoit indifféremment sur le tiers et sur le quart... Chacun est scandalisé du grand pouvoir que les accusations seules ont : s'il suffit d'accuser, qui sera innocent?... Pour moy, je voy tant de malice et de ruse en ses calomniateurs et la voy si clairement que je me sens obligé de parler et me semble que le silence seroit péché. » *

Il avait d'ailleurs son vœu à remplir au tombeau de saint Charles à Milan; c'était l'occasion de passer à Turin, où Charles-Emmanuel tenait sa cour. François pensa d'abord faire ce pèlerinage à pied; « mais il n'y eut personne de tous ses amis qui ne concourust pour

1 A. XV, 327; le. 170. — ^ A. XV, 362. — ^ id. 363. — * M. 371.

l'en divertir. Ainsi il monta à cheval le quinziesme du mois d'Avril, accompagné d'une grande suitte des plus apparents de la ville et par le chemin de Chambéry passa heureusement les Alpes. « ^

Charles-Emmanuel était alors fort occupé : il arrondissait ses États; il faisait envahir le Montf errât, dont le duc, son gendre, venait de mourir. Cela le mettait en joie. Il fit à l'évêque le plus chaleureux accueil ^, D'ailleurs, le franc regard de François transformait, charmait ce souverain ombrageux; il en fut ainsi depuis leur première entrevue en 1596 jusqu'à la mort de M. de Genève. Devant ce grand prélat, blond, calme et souriant, ce noir petit homme bouillant, méfiant et fourbe, devenait tout miel; puis, quand l'évêque était au loin, l'impression peu à peu s'effaçait; le duc retrouvait sa nature, ses aigreurs, et ne songeait plus à M. de Genève que pour soupçonner et épier ce sujet un peu trop célèbre, un peu trop aimé des Français.

L'évêque, cette fois, avait à lui soumettre diverses requêtes en faveur de ses ouailles; il obtint tout ce qu'il voulut. Quant à l'affaire Berthellot, il la sentit encore brûlante et prudemment remit d'en parler à son retour de Milan ^.

Le Cardinal-archevêque de cette ville, Frédéric Borromée, cousin de saint Charles, le reçut comme un autre saint, le combla d'honneurs; mais François, tout occupé du cardinal défunt, passa la plupart de son temps à la cathédrale devant la châsse de verre où reposait son corps *. Pour dire la messe à cet autel, il revêtit machinalement des ornements splendides prêtés par l'archevêque « tellement brodez et relevez d'or, de perles et de pierreries qu'il sembloit rayonner à guise d'un soleil »,

G. II, 81. — - Oc. 392. — 3 Y. II. 136. — * G. II, 82.

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oL après la messo, il resta longtemps a lavy et hors de luyiiicsine », contemplant la chasse. « Or, la prière que ce sainct prélat fist à l'autre sainct prélat fust de ce sens : qu'il luy obtinst de Dieu les vertus qui l'avoyent rendu si illustre alhors qu'il vivoit et respiroit le mesme air que nous, qu'il luy enseignast la façon de bien régir la diocèse que Dieu luy avoit commise, comme il avoit si bien gouverné la sienne. La meilleure plume seroit bien en peine d'exprimer la longueur et ferveur des prières qu'il fist à ce tombeau », et tandis qu'il priait, son visage resplendissait d'une lueur surnaturelle comme jadis au jour de son sacre, ou à la première messe de Mgr Frémyot.

Plus tard, quand on lui' vanta la célèbre cathédrale, il dut avouer qu'il n'en avait rien vu; et pour la chasuble dont il s'était servi, il fut surpris d'entendre qu'elle ruisselait de pierreries ^

Quand François regagna Turin, on célébrait la fête du Saint-Suaire; le duc, plein de courtoisie, voulut qu'avec son jeune fils, le prince-cardinal, M. de Genève déployât et montrât au peuple cette fameuse relique (C'était devant elle que M"^^ de Boisy avait offert son fils futur 2). François en la maniant était tout ému; de plus une grande foule surchauffait l'église; et « il arriva qu'en penchant la teste, quelques gouttes tant de son front que de ses larmes tombèrent sur l'étoffe »; le jeune prince, indigné, l'en reprit vivement; et François, tout confus, ne répondit rien; mais plus tard, contant ce fait à M^^ de Chantai, il ajoutait : — « Il me vint au cœur de lui dire que Nostre-Seigneur n'estoit pas si délicat et qu'il n'avoit point répandu de sueur ni de sang que pour les mesler avec les nostres, affin de leur donner le prix de la vie éternelle. » ^

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