G. II, 114. —^ G. II, 117. —3 A. XVII
sç^aura de coL onihraji^o, (|ui afili^^cMoil h; bon Moiisoigiunir de Lion beaucoup phis (ju'il ne in'affb'ge pas nioy, qui par la suite du lenis et les eveiKiniens, seroy Lousjours reconnu 1res asseuré et très fidèle serviteur de Son Altesse, à laquelle je souhaite toute sainte prospérité. »
GHyVPITRE XXIV
La Visitation : première extension.
E nombre des sœurs continuait à croître. Elles avaient acquis en 1613 un terrain voisin de leur maison, au bord du Thiou; et quelques mois plus tard on s'y mit à bâtir un nouveau logis, un véritable monastère, qui comprenait même une petite église. Celle-ci, trente ans plus tard, fut remplacée par un sanctuaire plus grand, plus beau, où reposa longtemps le corps de saint François; le reste du couvent est aujourd'hui méconnaissable, enclavé en diverses maisons ^.
Gomme on commençait ces travaux, une paysanne du Bugey, qui resta célèbre dans l'Ordre, vint s'ofîrir comme sœur servante.
Elle s'appelait Claude Fardel, avait dix-neuf ans, était orpheline et à la charge d'un oncle qui voulait, la voyant niaise, s'en débarrasser. Mais le couvent possédait alors le nombre voulu de sœurs tourières; et puis vraiment cette pauvre fille semblait trop sotte ^. Son oncle, rusé, dit qu'il était forcé de partir en voyage, et qu'on lui rendrait grand service en la gardant jusqu'à son retour. M"^^ de Chantai y consentit. Il songeait, bien content, que, la voyant toute innocente, incapable du moindre péché, on n'aurait plus le cœur de la lui renvoyer.
1 A. XV, 219; XVI, 179. — « Ac. 213.
Claude se mit bravement au travail. M"^^ de Chantai la trouva qui balayait, lui demanda ce qui l'attirait au couvent et reçut cette réponse : « Mon oncle m'a dit que je ne suis pas assez fine pour vivre au monde en la crainte de Dieu, d'autant que je croye tout ce que l'on me dit et fais tout ce que l'on me commande. » ^
Quand on s'informa de son paquet de bardes, elle fut bien étonnée : on lui avait dit qu'à la Visitation la vie qu'on menait était « tout angélique »; et puisque les anges, assure-t-on, ne changent pas d'habits, elle avait donné aux pauvres tout ce qu'elle possédait.
Au premier repas, la vue des sœurs assises à table et mangeant de bon appétit la stupéfia; décidément, on renversait toutes ses idées sur la vie religieuse. A force de tourner en sa tête ce fait inouï, elle eut la joie d'en trouver la cause : — « Ah ! se dit-elle, ces bonnes religieuses ne mangent pas par besoing qu'elles en ayent; elles ne mangent que pour te donner confiance à toi, pauvre misérable qui, venant du monde toute chargée d'imperfections, ne peux encore vivre sans boire et sans manger. Bon Dieu, que la charité de ces sainctes religieuses est grande ! Elles font cette action afin que tu n'ayes pas honte. » ^
L'heure du coucher amena le même étonnement et la même reconnaissance. D'ailleurs, tout ce qu'elle voyait la plongeait dans l'admiration : l'exacte obéissance des sœurs, la douceur de leur visage, leur silence à table, leur ferveur à l'office : — « Ha ! Que tout cela va bien ! » Ses paroles n'étaient que des exclamations.
En attendant le retour de l'oncle, M^^^ de Chantai la mit à l'ouvroir. Durant le travail, les sœurs conversaient, et Claude, qui les écoutait béatement, finissait par pleurer d'émotion. — « Mon Dieu ! s'écriait-elle, je ne savais
» Ac. 215. — 2 M. 217.
point tout cela. Que je suis heureuse de l'apprendre I Mon bon oncle nous disait bien de bonnes choses, mais il ne sait pas cela. Je prenois peu de goût à ce qu'il me disoit; mais vos paroles m'entrent dans le cœur. »
Les sœurs, que cette admiration incessante amusait, l'appelèrent Simplicienne. On mettait en ce nom (qui finit par supplanter le sien et qu'elle garda toute sa vie) plus d'affection que de malice; et môme on l'admirait de posséder si pleinement la vertu de simplicité que Monseigneur exaltait.
Et puis, dès le début, cette pauvre paysanne parut favorisée de grâces miraculeuses. On lui avait remis, pour s'occuper à la chapelle, un livre : Vlmitalion de la Sainte Vierge. Elle ne savait pas lire, mais n'en dit rien : c'eût été peut-être manquer quelque peu à la docilité. Puisqu'on l'envoyait lire, le mieux était d'essayer, sans répliquer; l'obéissance, dit-on, facilite tout ce qu'on fait ^. Elle alla donc à la chapelle, pria Dieu de bénir sa lecture, ouvrit le livre et... comprit ce qu'il disait. Quand elle conta sa joie à M^^ de Chantai, celle-ci put constater qu'en effet Simplicienne savait lire. Un peu méfiante, elle prit des renseignements et acquit la certitude qu'avant d'entrer à la Visitation, Claude Fardel n'était pas même capable de lire le nom des lettres, « tant elle avait la compréhension dure ».
Mais M^^ de Chantai, ainsi que Monseigneur, attachait peu d'importance aux faits surnaturels, sujets à bien des illusions, et malgré cette sorte de miracle, elle n'osait recevoir une fille d'une naïveté si prodigieuse.
Quand Simplicienne apprit qu'au retour de son oncle elle quitterait la maison, elle dit en pleurant à l'une des sœurs : — « La Sainte Vierge abandonne-t-elle quelque-
^ Ac. 220.
fois aux besoings ceux qui ont toute leur confiance en elle? — Oh ! non. — Or donc, reprit-elle consolée, je suis certaine que je n'en sortiray jamais. » ^
En ce temps-là, on démolissait de vieux murs pour faire place au futur couvent; les sœurs aidaient un peu les ouvriers; des enfants du voisinage, en s'amusant, aidaient les sœurs. A Simplicienne on avait donné un panier pour qu'elle y déposât les tuiles trouvées dans les décombres; un enfant le lui prit. Gomme elle avait « ouy faire estime de la condescendance », elle crut peu charitable de le lui disputer et, sans protester, le laissa partir; puis elle vint dire à M^^^ de Chantai : — « Ma mère, un petit enfant m'a ôté mon panier », et cela de telle façon que M^® de Chantai se dit tout bas : « Vrayment, ma fille, tu as gagné ta cause. »
En effet, quand Monseigneur apprit le dernier mot de Simplicienne, il dit qu'on garderait cette âme enfantine, puisque Jésus a dit : « Laissez venir à moi les petits enfants. ))
Et Simplicienne, en août 1614, reçut l'habit ^. "
A ce moment, la France préparait une place à la Visitation.
Il y avait, en Saintonge, un couvent du « Paraclet », fort riche, peuplé de la meilleure noblesse, mais dépourvu de ferveur ^. Son abbesse, une La Rochefoucauld, y vivait en souveraine; chaque religieuse avait maison à part « avec des trains d'hommes et de femmes, sans règle, sans clausure, sans discipline quelconque ». L'une d'elles, pourtant, M"^^ des Gouf fiers, âme remuante, hautaine, critiquant tout, d'ailleurs généreuse et enthousiaste, s'y déplaisait. Sa famille l'y avait mise contre son gré; puis l'abbesse, toute-puissante, l'avait forcée à faire profession; mais elle n'était pas liée sans appel, car elle avait
' Ac. 221. — - A. XVIII, 231. — 3 A. XVI, 152.
ET SES AMITIKS 341
eu soin, en pronongaiil. ses vœux, de proclamer sa contrainte ^
Dans son ennui, elle lit la Vie dévok ; In voilà charmée, conquise, vibrant d'enthousiasme 2. On lui dit que l'auteur a fondé un couvent; elle part pour la Savoie. i\ Lyon, elle trouve trois pieuses dames, ferventes lectrices du même livre; elle les emmène. Monseigneur, averti par elle, et que peut-être efîrayait un peu cette non ik' luxueuse et indépendante, lui avait écrit :
--«... Venés à la bonne heure... Mays vous vous representerés que la mayson en laquelle vous venés est une petite congrégation encor mal logée, et en laquelle toutes choses sont basses, humbles et abjectes, hormie la prétention de celles qui y sont, qui n'est rien moins que de parvenir à la perfection de l'Amour Divin. » ^
Les quatre visiteuses atteignirent Annecy à la fm de mai 1613. Monseigneur et M°^^ de Chantai eurent pour elles « des bontés qui leur ravirent soudain le cœur » *; plusieurs fois, elles dînèrent à la Visitation. La petite sœur Roget y vivait ses derniers jours, si douce, si heureuse, qu'elle donnait envie d'entrer en cet Ordre quand c'eût été seulement pour la joie d'y mourir"^.
Lorsque les Lyonnaises regagnèrent leur ville, elles allaient y fonder un monastère semblable. Quant à la bouillante M^^ des Gouffiers, tout engouée de Monseigneur, elle renonçait au Paraclet et s'installait, sans plus attendre, à la Visitation d'Annecy ^.
A Lyon, les trois amies acquirent une maison, qu'elles aménagèrent comme celle qui les avait charmées; l'archevêque approuvait leur projet et contribuait à la dépense;
^ A. XV, 343: A. XVI, 154. — ^ A. XVI, 418; Ab. 178. — ^ A. XV, 343. — * A. XVI. 420. — «^ M. 15. — « A. XVI, 421.
M. de Genève promettait pour la fondation quelquesunes de ses filles.
Mais un prêtre nommé Lourdelot, directeur de ces dames, bouleversa tout. Il demandait « si Dieu ne faisait des merveilles que par l'éveque de Genève, si d'autres évêques ne pouvaient ériger des congrégations )>; il trouvait aussi facile et plus honorable d'innover que d'imiter; enfin Mgr de Lyon se laissa persuader qu'il serait lui aussi le fondateur d'une congrégation.
Pour ne rien devoir à M. de Genève, on donna au nouvel institut le nom de « La Présentation »; M. Lourdelot en rédigea les règlements^; on choisit pour habit une robe grise avec un voile blanc; et l'archevêque envoya à Paris une formule d'autorisation pour la faire signer par le roi.
Les sœurs d'Annecy attendaient toujours qu'on les vînt chercher, quand elles apprirent, en septembre 1614, que la fondation était faite. Elles ne s'en froissèrent pas; au contraire : c'était une bonne occasion de « jeter de profondes racines en la très-sainte humilité ». ^
Mais M^^ des Gouffiers, qui ce même mois allait au Paraclet faire casser ses vœux, constata, en passant par Lyon, que la Présentation avait vécu. Moins de six semaines après la fondation, les religieuses, minées par de petits dissentiments, incapables de se souffrir, étaient rentrées chacune chez soi. M^^ des Gouffiers, indignée, apitoyée, laissant là son voyage, prit cette affaire en mains et se remua si bien que ces dames, leurs amis, leur directeur, se retournèrent tous, pleins de sympathie et de repentir, vers la Visitation ^.
Un incident bizarre confirma ce revirement. Les lettres royales qu'on avait demandées pour la Présentation ne pouvaient plus servir; les faire modifier, c'était
1 A. XVI, 422. — 2 A. XVI, 423. — ' Ab. 180.
\'vv si:s AMITIÉS 343
toute une affaire. Or, quand on les ouvrit, « l'on trouva le nom de Visitation au lieu de Présentation; de quoi Mgr l'archevêque demeura fort surpris, et beaucoup plus lorsqu'il voulut revoir celles qu'il avait écrites de sa main, et trouva le môme mot de Présentation changé en Visitation, sans qu'il apparût elïaçures; et dès lors chacun disait : « La main de Dieu travaille pour ces religieuses ici. )) ^
L'archevêque écrivit à l'évêque pour le prier d'envoyer à leur aide quelques-unes de ses filles; M. Lourdelot lui écrivit aussi; il reçut leurs politesses avec la même « suavité » que le précédent affront; et en janvier 1615, ^/[me des Gouf fiers triomphante, laissant loin derrière elle ses propres affaires, reprenait la route d'Annecy dans le carrosse de l'archevêque, avec le vicaire général, pour ramener les fondatrices.
L'évêque désigna M^"^ de Chantai, et les sœurs Favre, de Blonay, et de Chatel, qui toutes pleurèrent beaucoup de quitter leurs compagnes et Monseigneur.
A Lyon, elles reçurent un chaleureux accueil des pauvres sœurs de la Présentation, confuses et repentantes. Le lendemain de leur arrivée, le second couvent de la Visitation fut solennellement établi; et il se montra dès lors le rival du premier, en ferveur et en douce paix.
A l'automne, M^® de Chantai, le confiant à la sœur Favre, rejoignit celui d'Annecy, où la sœur de Bréchard avait tenu sa place.
Là, sœur Simplicienne rayonnait de zèle. Son cœur débordait de reconnaissance pour ses compagnes, la supérieure, Monseigneur, et surtout pour la Sainte Vierge, qui, disait-elle, l'avait conservée contre tous. Quand il venait des prétendantes, elle les conseillait, se donnait
A. XVI, 245, 425; Ab. 181.
en exemple : — « Je n'étais qu'une pauvre et lourde paysanne que Ton ne voulait pas recevoir; et cependant, parce que je mis toute mon espérance en la Vierge sacrée, elle a changé l'esprit de notre Mère et de nos chères sœurs, qui ont fermé les yeux à mes défauts, et m'ont fait la grâce de m'admettre. »
Dans son humilité, elle se mit un jour à pencher la tête sans relâche et si bas qu'on l'eût crue contrefaite. On l'en reprit. C'était, dit-elle, pour obéir à la Règle. Celle-ci prescrit en effet que les sœurs de basse condition « ne doivent pas relever la tête de se voir associées à des damoysselles ». ^
Avertie de son erreur, Simplicienne eut une autre idée pour manifester son néant. Quand M"^^ de Chantai passait, elle posait son ouvrage, se jetait à terre et baisait la trace de ses pas. Cela non plus ne fut pas approuvé; mais elle protestait qu'elle n'eût dû marcher qu'à genoux dans cette sainte maison, si cela n'eût pas entravé sa tâche 2.
On l'avait préposée au jardin. Elle y dépensait une telle ardeur qu'il rapporta dès lors le double des années passées; et les sœurs visiteuses pouvaient faire, grâce à Simplicienne, de plus belles aumônes. Celles qu'on désignait tour à tour pour l'aider dans ses cultures s'en réjouissaient comme d'une faveur. C'est que Simplicienne maintenant ne se contentait plus d'écouter et d'approuver; elle apportait sa part à l'entretien, et comme tout ce qu'elle voyait ou faisait lui ramenait la pensée de Dieu, les sœurs trouvaient en ses paroles des méditations naïves dont elles admiraient la ferveur. Par exemple, sœur Simplicienne, contemplant ses pommiers en fleurs, disait : — « Mes sœurs, il faut que nos bons désirs soient comme ces fleurs qui sont peu à estimer si
1 Ac. 225. — 2 Ac. 228.
elles ne sont suivies de leurs fruicLs. Un bon désir est beau et bien ilorissant, mais il lornbe en terre comme ces Heurs, et s'il n'est pas suivi des bonnes œuvres, qui sont les fruicts qu'elles promettent, il est fort peu de chose ». ^
Puis, si ses paroles lui valaient des louanges, elle avait soin de rappeler sa pauvre naissance, sa naïveté, le mépris qu'elle méritait. Ses sœurs lui paraissaient tellement au-dessus d'elle, sous tous les rapports !
Un jour, voyant l'une d'elles en extase, elle fut sur le point de lui couper un doigt. On lui avait dit que l'extase endort tout sentiment corporel; ainsi la sœur n'eût rien senti et Simplicienne eût fourni au couvent à bon compte une relique d'une sainte 2.
» Ac. 227. — 2 Ac. 228.