Y. II, 218. — 2 A. XVIII, 81. — 3 G. II
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prie », ce; qu'il doniaiida par dcîux ou liois fois. Alors, DanLou luy apporta uu peu de va', vin coiionipu au fonds d'un verre. — Le bi(;aheureux eu gousLa et en luy rendant le verre : « Tenez, dit-il, voilà de très bon vin, et ne doutez pas d'en bailler k nos f^ens. » « Si jamais personne fust estonné, ce fust cet liosLe, qui beut dans le rnesme verre après son evescpie, et treuva que c'estoit un très excellent vin. Il en bailla aussi tost aux serviteurs tout autant qu'ils en eurent de besoing pour chasser leur soif, et le sainct evesque estant desparty, l'hoste mit ce vin en vente, et le débita tout dans deux jours à seize sols le pot. »
Monseigneur passa trois jours à Sixt pour bien établir les nouveaux règlements. Les gentilshommes, les prêtres des alentours vinrent le saluer. Dans ce désert, la plupart mangeaient au couvent, qui dut fournir « deux cents repas à des personnes de quelque marque, et quarante aux serviteurs » ^. Pour une modeste abbaye, c'était une énorme dépense, et Monseigneur se lamentait d'en être cause.
Or, avant qu'il arrivât, les chanoines « avoient mis en broche un tonneau de vin et fait une cuitte de pain à la mesure ordinaire », et lorsqu'il fut parti, les restes qu'ils comptèrent étaient les mêmes que si personne ne fut venu.
Ils relatèrent ce miracle sous la foi du serment.
A son retour de Sixt, Monseigneur reçut du Saint-Siège les bulles désirées par l'archevêque de Lyon; il vint, suivi de son Chapitre, en donner lecture à ses fdles ^. Leur Congrégation se trouvait érigée ofïîciellement en ordre religieux, sous la règle de saint Augustin, avec vœux solen-
» G. II, 183. — » Db. II, 51.
nels el clôture. Sur un seul point, Monseigneur n'avait pas cédé.
Le grand Office de l'Église étant fort long, la plupart des religieuses, en ce temps-là, le chantaient à toute vitesse; d'ailleurs, elles n'y comprenaient rien ^. De plus, les femmes de France, disait François, « ont une prononciation de la langue latine tout à fait ridicule, de sorte que ceux qui bien souvent entendent les divins offices es monastères ne sçauroient s'empescher de rire. » ^ Enfin, l'exécution de cet office, qui varie chaque jour ^, exige une attention d'esprit qui peut effrayer les personnes peu instruites, et qui fatigue les natures débiles. A la Visitation, asile des petites santés, il valait mieux adopter l'Office de la Sainte Vierge, beaucoup moins long et invariable. En lui consacrant le temps que les autres Ordres donnaient au grand Office, on pouvait arriver à le bien savoir, à le dire correctement, sans fatigue, et avec ferveur *.
Pour ce point des Constitutions, François lutta deux ans contre l'archevêque de Lyon doucement mais obstinément; enfin, il l'emporta.
Gomme pénitences, il n'avait établi qu'une quarantaine de jours de jeûne épars dans l'année, en plus des jeûnes de l'Église ^, et chaque semaine une courte discipline ^, avec défense aux supérieures d'introduire aucune autre macération ^. Les repas à la Visitation peuvent durer « une heure entière, s'il est expédient, afin que celles qui mangent lentement prennent leur réfection à loisir )) ^. Le coucher est à dix heures; le lever à cinq heures ou cinq heures et demie, selon la saison; et les lits doivent être confortables ^ ; mais, pour compenser
1 A. XVII, 242; A. XYIIF, 196. — ^ q u 142. 3 a. XVIII, 140, 187. — * G. II, 142. — 5 B. V. 102. — « Bv. 89. — ' Bv. 89. — » Id. 102. — » Id. 97.
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ce bicii-elrc, qii(^ los somii'S « se S()uvi(^iineiil, disnil, l'évequo, qiK^ N()ti'(vS(M^u(uir (il pliisicm-s saiiils (l()ririai(îiil sur la lerrivuuo oL combien (^lles sont ohli^réos de; l'aimer et le servir, puisque sa douce boulé leur donne si paternellement leurs petites commodités » ^.
Il y a trois sortes de sœurs : les leli^ieuses de chœur, qui chantent roiïice, les associées, dispensées du chant, à cause de leur trop faible santé, et les sœurs converses, qui font les gros ouvrages ^.
La supérieure est élue pour trois ans; ce mandat peut se renouveler une fois, mais au bout de ces six ans, elle doit être déposée, prendre le dernier rang des sœurs et réapprendre à obéir ^. Une fois élue, il ne lui est loisible « ni de refuser, ni de s'excuser, ni de dire des belles paroles »; elle s'agenouille et fait la profession de foi; dès lors, ses filles doivent lui obéir avec le plus grand respect, lui témoigner une parfaite confiance et même lui avouer leurs peines intérieures « avec la même candeur qu'un petit enfant montrerait à sa mère ses égratignures )>. La supérieure doit commander « avec des paroles et contenances graves, mais suaves, tachant d'être beaucoup plus aimée que crainte ». Un conseil de quatre sœurs anciennes l'assiste, et elle choisit une cinquième sœur par laquelle toutes ses fdles lui font passer leurs remontrances, afin que celle « qui doit aider et corriger toutes les autres ne demeure pas elle seule privée du bien d'être aidée » ^.
Les maisons de l'Ordre sont indépendantes l'une de l'autre : pas de supérieure générale, pas de chapitre commun; chacune est dirigée à part selon les Constitutions, par l'évêque du diocèse. C'était là, se disait François, le meilleur moyen de couper court aux relâchements possibles; car, s'il se rencontrait un évêque négligent, son
1 Id. 163. — 2 Ici. 90. — 3 Id. 135. — * Bv. 123.
influence ne passerait pas aux couvents du voisinage; et ceux-ci pourraient, au contraire, réchauffer par leur exemple et par leurs douces remontrances, leurs frères attiédis.
En fait, une sorte de dépendance respectueuse a toujours été témoignée par toutes les maisons de l'Ordre envers celle d'Annecy, comme si l'esprit du fondateur rayonnait encore autour de son tombeau.
Cet esprit, qui doit vivifier la Règle, se voit clairement, sous une forme naïve, en une courte instruction que donna Monseigneur à sœur Simplicienne.
Un jour, elle déclara qu'elle voulait être religieuse à sa place, faire toul comme lui, s'il était sœur de la Visitation, et elle lui demanda comment il s'y prendrait « pour être bientôt parfaite ». Il ne put s'empêcher de sourire, mais il prit la question au sérieux ^.
— « Il me semble, dit-il, qu'avec la grâce de Dieu, je me tiendrois si attentif à la pratique des mesmes observances qui sont introduites céans que par ce moyen je tascherois de gaigner le cœur de Dieu ^. Je ferois si bien le silence ! et parlerois aussi quelquefois, mesme au temps du silence, je veux dire toujours quand la charité le requerroit, mais non jamais autrement. Je parlerois bien doucement et y ferois une attention particulière, parce que la Constitution l'ordonne. Je fermerois et ouvrirois les portes bien doucement, parce que vostre Mère le veut, et nous voulons bien tout ce qu'elle veut que l'on fasse. Je porterois la veiie bien basse, et marcherois fort modestement, car, ma chère fille, Dieu et ses Anges nous regardent tousjours et ayment extrêmement ceux qui font bien.
« Il m'est advis que si je m'estois donné une bonne fois
1 Ac. 241. — 2 A. VI, 397.
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à NosiTC Sei^iK'ur en ci^slc surlcî, <:()miii<; on l'ail, lorscjii'oii fait Profession, (|uo j(^ laissorois bi(^ii faire «le inoy tout ce que l'on vou(ln)il, au moins c(^ rnci s(inible. Si on m'employoit à (lUiîhjue chose, ou (jne l'on me donnast une charge, je l'aymerois bien et tascherois de bien faire tout ce à quoy je serois employé; et si on ne m'en donnoit point, qu'on me laissast là, à ceste heure, je ne me meslerois de rien que de bien faire l'obéissance, et bien aymer Nostre Seigneur; il m'est advis que je l'aymerois bien de tout mon cœur. Par tout là où je me trouverois, j'y appliquerois bien mon esprit le plus qu'il me seroit possible, et à bien observer les Règles et Constitutions. 0, cela, il nous le faut bien faire le mieux que nous pourrons : n'est-il pas vray que nous nous sommes faites religieuses pour cela, nous deux? Je suis certes bien aise qu'il y ayt une sœur céans qui veuille tenir ma place, et estre religieuse pour moy, mays j'ayme bien que ce soit ma sœur C4laude Simplicienne, car je l'ayme bien, ma sœur Simplicienne.
« Or sus, faisons donc le mieux que nous pourrons. Mais il ne nous faut pas estonner de nos fautes; nous en ferons tousjours. Dieu le permettant ainsi pour nous faire pratiquer l'humilité : de nous-mesmes, nous ne pouvons rien autre chose. Il m'est advis que si j'estois là-dedans, je serois bien joyeux; je serois si content d'avoir tous mes exercices marqués ! Mais je ne m'empresserois jamais, ô non; cela, je le ferois encore bien, ce me semble, car dès à ceste heure, je ne m'empresse jamais, je fais desjà cela.
« Je me tiendrois bien bas et petit, je m'humilierois selon les rencontres; et si je ne me estois pas humilié, je tascherois le mieuz qu'il me seroit possible de me tenir en la présence de Dieu et de faire toutes mes actions pour son amour, car, ma chère fille, on nous apprend céans à faire ainsi. Et qu'avons-nous en ce monde à faire que
cela? Rien du tout. Commençons tout de bon, Dieu nous aydera. »
Sœur Simplicienne mit par écrit ce discours, pour le relire souvent, et M^^ de Chantai l'appelait : un abrégé de la perfection ^.
Ac.