A. XIX, 125. ■— « A. XIX
— « Ne vous chargés pas de trop de veilles ni d'austérités (et croyés moy, ma très chère fille, car j'entens bien ce que je dis en ceci), mais allés au Port-Royal de la vie religieuse par le chemin royal de la dilection de Dieu et du prochain, de l'humilité et de la débonnaireté... » ^
« ... Manger peu, travailler beaucoup, avoir beaucoup de tracas d'esprit et refuser le dormir au cors, c'est vouloir tirer beaucoup de service d'un cheval qui est efflanqué, et sans le faire repaistre. » ^
Elle perdait son temps à chercher anxieusement si elle serait « des âmes basses ou hautes » : ^
— « ... Dites à cette fille bienaymée que je vous ay tant recommandée et que j'ay tant à cœur..., qu'elle ne regarde point où elle va, mais avec qui elle va. Or, j'entens qu'elle va avec son Roy, son Espoux, et son Dieu crucifié; ou qu'elle aille, elle sera bien heureuse. C'est aller avec l'Espoux crucifié que de s'abaisser, s'humilier... mais, ma très chère fille, notés que je réplique que cet abaissement, cette humilité, ce mépris de soy-mesme doit estre prattiqué doucement, constamment, et non seulement suavement, mais allègrement et joyeusement. »
jyfme Angélique, voyant ses imperfections, se dépitait contre elle-même, se soulevait d'indignation, passait d'une trop grande estime de soi à une rigueur excessive :
— « ... Mais voyés-vous, ma très chère fille, vous luy estes un peu trop sévère à la pauvre fille; il ne luy faut point tant faire de reproches, puisqu'elle est fille de bons désirs. Dites luy que, pour toute broncharde qu'elle pourroit estre, jamais elle ne s'estonne ni ne despite contre soy-mesme; qu'elle regarde plus tost Nostre-Seigneur qui du haut du Ciel la regarde comme un père fait son enfant; et s'il tombe, l'encourage, disant : Il a sauté, il est bien sage, ne pleures point; puis s'approche et luy tend la