‹ Saint François de Sales et ses amitiésChapitre 57 sur 68 · A. XVIII, 329. — 2 A. XIX, 16. — ^ A. XVIII · texte numérisé non relu

A. XVIII, 329. — 2 A. XIX, 16. — ^ A. XVIII

ET SES AMITIIvS 407

main... 0 Dieu, ma très chùrc fille, si vous sçaviés combien mou cduu' aynu; c(iUe fille, et de quelz yeux je la r(îgar(le dès icy a tous uiomens, vous auriés un grand soin d'elle, (iueor pour l'amour de moy, outre ce que vous luy estes; car vous m'aymés d'un amour qui est ass6s fort pour vous faire aymer tout ce que j'ayme... » ^

Quand Monscigncîur repartit pour la Savoie, en septembre IGID, la gloire de M"^^ Angélique gagnait encore un cran. La scandaleuse Angélique d'Estrées, échappée des Filles-Pénitentes, reparut à Maubuisson, menant, comme un capitaine, une troupe de gentilshommes. ]y[me de Port-Royal, priée de lui céder la place, ne s'émut point; elle fit continuer l'Office aux heures habituelles, donnant ses ordres, gardant son rang, comme seule abbesse légitime, avec un sang-froid, une autorité admirables. M^^ d'Estrées, voyant que ses aigres reproches, ses sommations indignées restaient sans effet, voulut pousser de force sa rivale vers la porte; cela se passait dans la chapelle. Les sœurs prirent la défense de leur jeune abbesse; on commençait à s'arracher les voiles; M"^^ d'Estrées cria : à moi ! Les seigneurs de sa suite apparurent et portèrent la main sur M^^ Angélique ^. Alors, elle ne résista plus; et suivie de trente religieuses, à pied, deux par deux, elle prit la route de Pontoise. M. Arnauld, prévenu sur-le-champ, fit envoyer deux cents archers qui cernèrent Maubuisson; M^^ d'Estrées, avec sa troupe, parvint à s'échapper; et la nuit, aux flambeaux, jVIme Angélique suivie de ses trente filles, en procession, entre deux rangs d'archers à cheval, regagna Maubuisson.

Ce duel d'abbesses fit grand bruit dans Paris. Les folies de l'une rehaussaient encore le sang-froid, la fermeté de l'autre; on portait au pinacle M^^ de Port-Royal. Pour-

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tant sa façon d'être n'avait pas été tout à fait sans reproche : elle s'était donnée envers les intrus des airs hautains, méprisants, moqueurs, ce que nul ne songeait à lui reprocher : on n'avait vu en elle que la présence d'esprit et la force d'âme; mais ce n'était pas ainsi qu'eût agi François de Sales. Il lui écrivit : « ... J'eusse voulu que vous ne vous fussiés pas raillée et mocquée de ces gens-là, mais qu'avec une modeste simplicité vous les eussiés édifiés par la compassion dont ilz sont dignes, selon que Nostre Seigneur nous a enseigné en sa Passion... » ^

]\/[me de Port-Royal s'était engouée de M. de Genève, de son esprit, de ses œuvres, et de l'Ordre fondé par lui, au point qu'elle rêva de déposer sa crosse, pour devenir simple sœur de la Visitation. Peut-être voyait-elle quels dangers courait son âme impétueuse en restant sans frein dans le vieil ordre déchu dont elle était la réformatrice, la tête, la gloire.

François de Sales ne seconda pas ce désir ^. Il la trouvait, semble-t-il, trop impérieuse pour qu'elle pût se plier à l'humble esprit de la Visitation; et puis, obtenir du pape de délier les vœux sévères de Gîteaux en faveur d'une règle plus douce, c'était bien difficile, surtout pour une abbesse qui avait jusqu'alors « si utilement vescu » en son ordre. Mais M.^^ Angélique ne voulait pas à demi ce qu'elle voulait; lorsque Monseigneur fut rentré en Savoie, elle revint à la charge ^.

— « Coup sur coup, dit-il ^, je receu par lettres force bonnes remontrances par lesquelles elle m'excitoit à treuver bonnes ses pensées et appreuver ses souhaitz. Je gauchis tant que je peus. »

Alors M"^® de Ghantal, qui était restée à Paris, supé-

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