A. XIX, 16. — 2 A. XX, 184. — « A. XIX, 337. — * A. XX
rieurc du iiouv^eau ooun'ciiI, |»i<',La main f()i-|,(; à l'alibessc;. Celle-ci, allaiiL de Mauhuissoii k Port- Royal, la visitait parfois ^. Ces deux feuimes égalcriK^nt ardentes et viriles s'étaient prises l'une pour l'autre d'une affection profonde; et M'"^ de Chantai écrivit à l'évéque :
— « Cette chère fdle de Port-Royal me dit qu'elle sent que Dieu l'appelle à la Visitation ^. J'ai ce même sentiment. Ou assure que ses vœux sont nuls. Il ne reste à savoir sinon s'il en sera plus utile h la gloire de Dieu qu'elle demeure là contre tous ses sentiments et attraits intérieurs, ou qu'elle vienne ici où il y a mille apparence de profit particulier pour elle. Je vous supplie, mon vrai Père, que le plus tôt qu'il vous sera possible, l'on ait de vos nouvelles là-dessus, »
Devant cette insistance, François de Sales n'osa pas u faire le juge souverain » ^. Il écrivit à M^^ de Port- Royal que « puisque son cœur ne treuvoit pas du repos en tout ce qu'il lui avoit dit et escrit, elle pourroit faire faire la sollicitation de ce qu'elle désiroit, que si Sa Sainteté l'esconduisoit, il n'y auroit plus autre occasion de faire autre chose que de s'humilier et appayser son cœur. ))
Alors, eut lieu à Paris un conseil de théologiens * pour examiner et présenter au pape le cas de cette fameuse abbesse; la conclusion en fut peu favorable à son désir; et François écrivit à M^® de Chantai : «... Il faut bien advertir cette chère fille qu'elle n'use pas de la vivacité de son esprit pour répliquer et respondre, et qu'au moins en cela elle suive l'Institut de la Visitation. » ^
La décision de Rome se fit attendre; M"^^ de Chantai quitta Paris; Mgr de Genève mourut; de divers côtés on appelait M^^ de Port-Royal pour réformer des abbayes.
' Db. II, 71. — « Db. II, 73. — ^ A. XX, 184. — * A. XX, 249. — 6 A. XX, 250.
Elle voguait triomphante sur sa réputation, active, bienfaisante, applaudie, livrée à elle-même ^.
Après sept ou huit ans de cette vie sans directeur, elle rencontra M. de Saint-Cyran. Cet autre pêcheur d'âmes, si raide, si morose, s'empara de son esprit, comme jadis le souriant évêque, dont elle disait encore, toute glorieuse et attendrie : — « J'ose dire qu'il m'a autant honorée de son affection et de sa confiance que M"^^ de Chantai. » Mais elle n'avait plus personne qui lui parlât de suavité. Elle était mûre pour devenir, sous ce nouveau directeur, la grande maîtresse du Jansénisme 2.
En même temps que M"^^ Angélique, François de Sales, à Paris, s'était fait bien d'autres admiratrices ^. M^^ de Sainte-Beuve, fondatrice des Ursulines, — Mme de Villeneuve, fondatrice des Filles de la Croix, — la présidente de Lamoignon qui déclarait : « Quand il ne serait pas un grand saint, ce serait encore l'homme le plus civil que je connaisse »; — la comtesse de Soissons, protestante qui, chez elle, voulut faire jeter par la fenêtre un ministre insolent envers lui *, — la comtesse de Joigny, la première associée de saint Vincent de Paul, — la duchesse de Noailles à laquelle François prédit que l'enfant qu'elle portait serait une fille, et une Visitandine ^, — la duchesse de Vendôme, qui disait de lui : « En vérité, il y a ici plus que Salomon «, ^ — M"^^ de Villesavin qui, prête à quitter Paris, reçut de lui cet adieu '^ : — « Vous vous en allez, et moy je m'en vay aussi, sans aucune espérance de nous revoir en ce monde. Prions bien Dieu qu'il nous fasse la grâce de vivre tellement selon son bon playsir en ce pèlerinage qu'estant arrivés en la céleste patrie nous nous puissions resjouir de nous estre veus icy bas
Le. — 2 Kc. I, 210. — » Y. II, 249. — * Mo. mai 1918, p. 46. — • Oa. IX, 403. — « Oa. 1 1 uin — ' A .XVIII 385
el d'y avoir parir (l(!s iiiyslores do V èU'.rnWr . Kn cela soûl, nous devons prendre joye de nous esLre ayinés en cette vie, que le tout a esté pour nostre salut éternel. »
Dans cette phalange, on peut même compter la marquise de Verneuil, celle qui avait tramé, bien avant Ravaillac, la mort d'Henri IV. Fran(.;ois jadis avait pu la voir triomphante près du Vert-Galant au château •d'Annecy. Maintenant, encore jeune, elle réclamait pour un fds qu'elle avait eu de lui le chapeau de Cardinal, et •cela si âprement que le nonce disait d'elle : « C'est une diablesse »; mais le bon François, avec qui volontiers •cette trop célèbre beauté causait d'œuvres pieuses, écrivait tout bonnement à M^^ de Chantai ^ : — «... Je suis allé chez M"^^ la Marquise de Verneuil que j'ayme -certes bien, car ell' est, à mon advis, bien franche. »
L'enthousiasme des dames pour M. de Genève et son accueil toujours facile choquaient certains esprits. Quelqu'un aigrement lui en fit le reproche : — ■ « Je ne sais pourquoi elles s'amusent autour de vous, car je ne m'aperçois pas que vous leur disiez grand chose. » Il répliqua gaîment : — « N'appelez-vous rien, de leur laisser tout dire? C'est possible cette facilité qui les empresse autour de moi. » ^
M. Bourdoise aussi s'efïorça de lui en faire honte. Ce bon curé qui s'illustrait dans la réforme du clergé avait des procédés tout opposés aux siens. Plein de zèle pour le service de Dieu et pour la bonne tenue des prêtres, il ne •cessait de s'indigner et de grommeler. On l'écoutait pourtant parce que ses colères étaient drôles; et puis le clergé parisien ne ressemblait pas au pieux clergé d'Annecy; les abbés de cour, qui se promenaient en gentilshommes avec des bottes et des cheveux longs, sentaient bien
1 A. XVIII, 371. — 2 I, 7e partie, I.
qu'au fond M. Bourdoise avait raison. Enfin, le beau monde s'empressait à sa paroisse, parce que là les offices offraient une dignité, une grandeur qu'on ne voyait nulle autre part. Tout cela faisait de lui un personnage; il le sentait, il rabrouait sans vergogne les duchesses ou les prélats dont la tenue dans son église ne lui plaisait pas; et si l'humble M. Vincent de Paul lui reprochait sa brusquerie, il le traitait de « poule mouillée )> ^.
Quand M. Bourdoise vit Mgr de Genève, il fut d'abord enthousiasmé : cet habit sans éclat, ce beau visage pétri de sainteté, cette simplicité en toutes choses, et à la fois tant de noblesse naturelle : c'était bien là le prélat de ses rêves.
Il eut avec lui de longs entretiens. Leurs idées sur les prêtres français et sur la nécessité d'une réforme étaient les mêmes; mais M. Bourdoise s'attaquait tout droit à leur habit, à leur tenue, tandis que l'évêque eût voulu commencer par leur cœur. Sa méthode de direction alla toujours de l'intérieur à l'extérieur; M. Bourdoise préférait le sens inverse, ce qui, d'ailleurs, ne l'empêchait pas de réussir 2. Aussi, ne se gêna-t-il pas pour donner des conseils à Mgr de Genève; il le trouvait dénué de vigueur, et surtout trop aimable envers les dames : — « Vous êtes évêque, lui disait-il, et vous ne vous occupez que des femmes ! A quoi servent ces filles de la Visitation? Ne feriez-vous pas mieux d'instruire des ecclésiastiques? )).
François répondait humblement : — « C'est aux orfèvres à manier l'or, et aux potiers la terre. — Les femmes, disait M. Bourdoise, il leur faut répéter cent fois la même chose. )) Alors François prenait la défense du beau sexe, et rappelait que les disciples de Gethsémani disparurent, tandis que les saintes femmes suivirent Jésus au Calvaire.
Pour la nature acerbe de M. Bourdoise, Mgr de Sales
1 Se. 60. — 2 Se. 70; A. III, 216. — « I, I0« partie, IV.
ET SES AMITjé:S 413
était uru; c;iu<j^ine : il iw j)ouvait coiii[)i'(;iidr(î (ju'uu prélat si rcinai'(|uabl(î perdit sou temps eu l'adais(;s; eu souinie, il s'eu déliait uu peu, taudis que le Père Sulïreu, coufcsseur du roi, M. de Bérulle, foudateur de l'Oratoire, tous les saints prêtres de Paris se récriaient d'enthousiasme devant ce doux évêque. Et l'un d'eux, songeant à lui dans ses méditations, répétait : — « Que vous êtes bon, ô mon Dieu ! Mon Dieu, que vous êtes bon, puisqu'en Monseigneur François de Sales, votre créature, il y a tant de douceur 1 »
Celui-là, c'était M. Vincent de Paul ^
Agé d'une quarantaine d'années, fort laid, de basse origine, de piètre apparence, et encore peu connu, il élevait les fils de M. de Gondi, le général des galères^. La femme du général (qu'on appelait la comtesse de Joigny) pieuse, avide de perfection, extrêmement riche et rêvant de grandes aumônes, souffrait d'un mal incurable : la timidité, le scrupule, en toutes circonstances, l'accablaient. Comme M. Vincent habitait chez elle, c'était à lui qu'elle se confessait; elle trouva qu'il avait du bon sens, du tact, et une certaine autorité respectueuse qui la charma. Dans ses irrésolutions, l'avis de M. Vincent la rassurait; elle sentait que cet homme-là ne pouvait ni se tromper ni la tromper; elle en vint à le consulter sur les affaires de sa maison comme sur celles de son âme; elle suivait en tout, les yeux fermés, l'opinion de M. Vincent; elle n'avait plus rien à décider; elle ne tremblait plus; elle était heureuse.
Il arriva que ce pauvre prêtre, ayant fait de son mieux pour satisfaire M"^^ la Comtesse, s'aperçut tout étonné qu'elle avait envers lui d'incroyables égards, qu'il était devenu dans cette maison une sorte de surintendant,
1 Pa. 292. — 2 Rc.
qu'il menait tout à sa convenance et que, de plus, maîtres et serviteurs le regardaient comme un saint. Confus, effrayé, il ne vit à ce rôle anormal qu'une issue : la fuite»
Les Gondi étaient alors dans l'un de leurs châteaux, Montmirail. Il prit un prétexte pour aller à Paris et de là leur écrivit qu'il ne reviendrait plus. Quand sa lettre arriva, il s'était fait nommer curé d'un village.
Pour M^® de Joigny, ce fut un effondrement; on n'ose dire : un désespoir, ce mot éveillant des idées auxquelles leur amitié n'eut jamais rien à voir. Le directeur d'âme, le conseiller, l'intendant, l'ami, l'appui moral, tout lui manquait. Ses lettres suppliantes, celles du général (qui appréciait presque autant qu'elle M. Vincent), rien ne put le fléchir.
Dans sa petite paroisse, il instituait une œuvre de son invention, une « charité », c'est-à-dire une confrérie en vue de visiter et secourir les pauvres; et cet essai fut le germe de ses grandes fondations futures.
M^^^ de Joigny, inconsolable, voyant que l'amitié, n'obtenait rien, employa l'autorité. Le général avait pour frère l'évêque de Paris, cardinal de Retz. Celui-ci fit dire à M. Vincent que la sainte amitié de la Comtesse mettait à sa disposition pour ses œuvres pieuses, de hautes relations, d'immenses revenus, que son devoir était d'accepter. L'humble M. Vincent ne s'entêta plus; il rentra docilement chez le général; et depuis, avec le concours de l'heureuse M^^ de Joigny, il installait des « charités » dans les diverses petites villes dont les Gondi étaient seigneurs.
En 1619, il se trouvait avec eux à Paris, et neuf ans plus tard, dans sa déposition ofïïcielle sur l'évêque de Genève, il déclare : — « ... Bien souvent, j'eus l'honneur de jouir de l'intimité de Mgr François de Sales ^... La fer-
1 Pa. 268 (orig. en latin).
veur de ce serviteur de Dieu brillait dans ses entretiens familiers; ceux qui y participaient demeuraient suspendus à ses lèvres... Repassant en mon esprit ses paroles, j*en éprouvais une telle admiration que j'étais porté à voir en lui l'homme qui a le mieux reproduit le fds du Dieu vivant sur la terre... » ^
Malheureusement, dans le long et enthousiaste éloge que saint Vincent fait de saint François, on ne trouve que des idées d'ensemble, pas un seul fait précis. Sur leurs relations, les contemporains gardent le silence; de leur correspondance, aucune lettre ne subsiste; ainsi, l'amitié des deux saints les plus populaires du xvii® siècle n'a laissé nulle trace. On sait tout juste qu'ils se connurent, se virent souvent et furent l'un pour l'autre pleins d'admiration.
Il y avait près d'un an que François délaissait, bien malgré lui, ses ouailles, quand enfin le prince de Piémont prit le chemin du retour.
Il s'était passé dans la famille royale des incidents extraordinaires. La reine-mère, claustrée au château de Blois, y avait appris que M^^ Christine se mariait; on ne l'avait pas même consultée, elle, la mère. Outrée d'indignation, elle s'était évadée, la nuit, par une échelle, et avait rejoint, à Amboise, quelques seigneurs ambitieux et mécontents du roi. On crut qu'entre la reine et lui la guerre allait éclater. Louis XIII ne vit qu'une ressource : envoyer à sa mère l'évêque de Luçon, Richelieu. Ce jeune prélat avait été pour elle, durant trois ans, le conseiller, le confident, l'indispensable, comme M. Vincent pour ^jme (^e Joigny; avec cette différence qu'il était ambitieux, insinuant, autoritaire; mais d'ailleurs plein de bon sens. Exilé en même temps qu'elle, mais loin d'elle, il se
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morfondait, quand il vit cette occasion unique de rentrer en scène et en grâce, glorieusement ^. La reine, radieuse de le retrouver, écouta ses conseils de prudence, de pardon, de patriotisme; elle consentit à rester sage et même à recevoir le roi. Le 5 septembre, la réconciliation eut lieu à la campagne, près de Tours. Ils s'embrassèrent; ils pleurèrent, ils trouvèrent peu de chose à se dire; la reine orgueilleuse, froide, maladroite, sentait bien que son fils ne l'aimait pas.
Toute la Cour vint les rejoindre à Tours; c'était pour les deux jeunes mariés une première étape vers la Savoie. François de Sales, confiant à M. Vincent M^® de Chantai et ses filles, atteignit Tours le 17 septembre et y resta quatre jours ^.
Dans cette jolie ville, d'habitude si calme, tous ces grands personnages faisaient un singulier spectacle.
Anne d'Autriche, coquette, vaniteuse, avait bien soin de témoigner qu'elle était la reine-régnante, et de prendre, en toute occasion, le pas sur la reine-mère. Celle-ci, jadis assez belle, maintenant très grosse et un peu ridicule, s'exaspérait de cette affectation; elle larmoyait souvent; elle recommençait à gourmander son fils qui, timide, ennuyé, maussade, la fuyait tant qu'il pouvait et passait son temps à la chasse ou au bain. La chaleur était étouffante. Près de lui, son favori, Luynes, s'inquiétait de voir en Richelieu comme un astre naissant.
M. de Luçon avait trente-quatre ans; il était mince, blond et beau, avec une prestance toute royale; mais surtout « l'éclat de son intelligence était tel qu'il éblouissait les yeux; son regard pénétrait les esprits; une sorte de magnétisme rayonnait de lui ». Dans ses rêves ambitieux, après deux ans de disgrâce, il reprenait espoir : cette
1 Qc. II, p. 275 et suiv. — ^ A. XIX, 19.
ÏW Sl-lS AMITII'l.S -1 I 7
réconciliai. ioii, ci^L apaiscmeriL, c'cl-aiL son œuvre; l<^ roi, l'EtaL lui clcvcnaicnL rcd(îvablos; il pouv^il, toul, ospér(;r. D'aulrc i)arl, Luyncs veillait, et le roi restait bien froid ^
Ces espoirs, ces angoisses qui l)oxiillonnaient on Hiclu;lieu, toute la Cour autour de lui les d(;vinait, les partageait. Près des deux reines et des deux favoris, les seigneurs et les dames s'empressaient, souriants, prud(;nts, ne sachant de quel côté l'avenir mettrait la puissance, lilt François de Sales, voyant ces sourires forcés, ces regards méfiants, ces ambitions et ces rancunes, s'attristait et s'indignait de la comédie humaine. Il apprit que quelqu'un allait à Paris; il lui confia ce mot pour M"^^ de Chantai :
« Ma très chère mère, voyla nostre bon M. le Collatéral qui vous va revoir pour soudain nous venir rencontrer en chemin 2. Je luy porte envie, et si j'estois aussi gaillard que luy pour courir la poste, je ne sçay si je ne ferois point comme luy. Je ne vous escriray guère, car je n'en peus plus du grand tracas que nous avons fait. La reyne mère m'a fait caresse et si, je n'en suis point plus glorieux pour cela : la veûe de ces grandeurs du monde me fait paroistre plus grande la grandeur des vertus chrétiennes et me fait estimer davantage leur mespris. Quelle différence, ma très chère mère, entre cette assemblée de divers pretendans (car la Cour est cela et n'est que cela) et l'assemblée des âmes religieuses qui n'ont point de prétention qu'au Ciel ! Oh ! si nous sçavions en quoy]consiste le vray bien !... »
A ce moment même, il put prouver avec éclat son mépris des grandeurs.
Ainsi que toute la Cour, Mgr de Paris avait rejoint Louis Xin. C'était un prélat « des plus éminens^en cha-
ï Qc. II, 539. —2 A. XIX, 19.
rite, humilité, douceur d'esprit, zélez à la gloire de Dieu et prudentz » ^ Or, il faisait partie du conseil du roi, ce qui lui prenait bien du temps aux dépens de son diocèse et lui causait quelque scrupule. En confiant son troupeau à un bon coadjuteur, il eût pu, songeait-il, se donner en toute conscience aux aiïaires de l'Etat. M. Vincent, dont les opinions étaient pour les Gondi paroles d'évangile, lui avait dit sans doute son admiration pour M. de Genève; le cardinal savait qu'il ne trouverait pas un plus saint évêque, ni un plus entendu. Dans l'effervescence des courtisans à Tours, la calme figure de François lui parut, par contraste, plus exceptionnelle.
Un jour, « comme il se pourmenait par le jardin, le cardinal le prit à part et le pria, voire conjura de vouloir accepter la charge de sa coadjutorerie avec la future succession 2; en attendant laquelle une très bonne pension annuelle et plein pouvoir de gouverner cette très estendue diocèse de Paris. » — « Et je feray, disoit-il, que l'évesché de Genève demeure pour Monsieur vostre frère, et ne laisseray rien de tout ce que l'on jugera estre nécessaire pour la réussite, tant vers Sa Majesté, que vers Son Altesse de Savoye; voire, je fourniray tout ce qu'il faudra pour les expéditions de Rome. Et je pense que tout cela reviendra à la plus grande gloire de Dieu; car. Monsieur, vous ne pouvez pas ignorer combien vous estes aymé de ce peuple et combien d'utilité vous apporterez, comme vous faictes des-ja. Et après tout. Monsieur, je vous proteste que vous m'obligerez infiniment. »
« François remercia le cardinal de sa bienveillance et lui exposa à la mesme heure comme il estoit attaché autre part des-ja depuis tant d'années, que mesme il n'estoit pas assez fort pour soustenir l'évesché de Genève, qu'il ne croyoit pas devoir changer une pauvre femme