‹ Saint François de Sales et ses amitiésChapitre 60 sur 68 · EV SIC S A M II' II': S · texte numérisé non relu

EV SIC S A M II' II': S

supérieure, vil, eu celui-là uik^ rrpriinandf^; l,f)ul,(; houleuse, elle s'abîiua eu réllexious pour découvrir sa faute; et elle fniit par la trouver. Si (jucîlque travail l'ennuyait, jamais elle n'en ténioip^nait rien; au contraire;, elle s'en acquittait avec soin, et l'air conti^it. - « Hélas ! se ditelle, ma sœur m'a bien fait connaître la vérité. Je trompe les esprits; il est trop vray, puisqu'ayant beaucoup de répugnance à faire plusieurs choses, j'étouffe toujours ces contradictions dans mon cœur, et l'on croit que je le fais sans peine, personne que Dieu et moy ne sçait cela, et cependant j'ay toujours été une hypocrite qui témoigne l'un et qui ressent l'autre en son cœur. »

Désolée, repentante, pleine de mépris pour sa mauvaise nature, Simplicienne résolut de se corriger : — « Hà ! J'ay toujours trompé mes sœurs, mais je les détromperez bien désormais, et je me feray si bien connaître que chacune verra tout comme je suis au-dedans. »

Pendant qu'elle travaillait, quelqu'une la pria de lui rendre un service; Simplicienne prit avec soin un ton sec et répondit : — « Ma sœur, vous deviez attendre un autre temps. » La sœur fut bien surprise : Simplicienne avait toujours été un modèle de complaisance. A partir de ce jour, elle fut transformée; elle restait très pieuse, exa(^ tement obéissante, acharnée au travail; mais si l'une de ses compagnes ayant besoin d'une aide l'appelait, elle répondait carrément : — « J'y ai de la répugnance; ne me pressez pas. )) ^ Si l'une d'elles au contraire s'offrait à lui prêter la main, Simplicienne déclarait bientôt : — « Ma sœur, vous n'y entendez rien, je ferai bien ma besogne toute seule, vous gâtez tout. »

Dans les premiers temps, les sœurs n'en croyaient pas leurs oreilles; elles regardaient Simplicienne tout étonnées, avec des yeux pleins de tristesse; et Simplicienne

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SOUS ces reproches muets se sentait bouleversée de douleur. Tout son bonheur d'être au couvent avait disparu; elle pleurait tant et tant que « sa barbette souvent était toute mouillée »; mais elle ne confiait sa peine qu'à Dieu. — « Hélas ! lui disait-elle, je ne serai jamais vertueuse, puisque j'ay toujours des sentiments contraires au bien, et si je ne montre pas ces mouvements, je suis une hypocrite; si je les découvre, je trouble la communauté. » ^

Quand l'occasion d'un mot amer se présentait, les larmes par avance lui venaient aux yeux; mais elle disait en conscience ce qu'elle croyait devoir dire, après quoi c'étaient en secret des supplications éperdues : — « Mon Sauveur et mon Maître, seray-je toujours une hypocrite ou un sujet de mortifications? Hé, mon Dieu, si vous n'avez pitié de ma misère que sera-ce de moi? »

Cette épreuve extraordinaire dura longtemps. Monseigneur, semble-t-il, n'en sut rien. En somme, Simplicienne ne commettait pas de fautes graves; elle observait à la lettre les moindres prescriptions; ce n'était en apparence qu'une bonne religieuse douée d'un mauvais caractère, ce qui se voit parfois, ce qui même n'est pas mauvais pour parfaire la patience des sœurs mieux mortifiées; et personne ne s'en plaignait. On s'étonnait seulement que ses façons d'être eussent changé si brusquement; mais on se disait que cette pauvre fille avait toujours été bizarre; on ne pouvait lui en vouloir.

Enfin, la sœur de Châtel, nommée après une longue absence, supérieure du couvent d'Annecy, ébahie de voir Simplicienne qu'elle avait quittée douce comme un agneau élever maintenant une voix maussade et rabrouer toutes ses compagnes, s'écria : — - « Mon Dieu, ma chère sœur, pourquoi êtes-vous changée de la sorte? » ^ Simplicienne tenait à son secret ; mais la supérieure insista

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et obtint cetto réponse : — « Ma mère, en va) temps-là, j'étais une hypocrite; j'avais beaucoup de répugnances, et je ne les faisais point paraître; ainsi, l'on me croyait boime, et je ne l'étais pas; il est l)ï(ni raisonnables (fU(; je détrompe mes sœurs. »

La mère de (^hâtel se récria; (;lle lui dit que la vertu consiste non pas en l'absence de mouvements mauvais, mais à la résistance à ces élans involontaires; que saint Paul avait eu depuis sa conversion bien des pensées honteuses et que Dieu, pour le sanctifier, s'était refusé à l'en délivrer; enfin que Monseigneur lui-même, dans son Traité de Vamour de Dieu, a écrit : — « ... Ces rébellions de l'appétit sensuel, tant en l'ire qu'en la convoitise, ne sont laissez que pour notre exercice et afin que nous pratiquions la vaillance spirituelle en leur résistant. » ^

Simplicienne, en écoutant sa supérieure, semblait dans un ravissement. — « Quelle grâce, disait-elle, de pouvoir faire le bien et de n'être point obligé de témoigner la peine que l'on souffre en le faisant ! » Toute sa gaîté, du coup, était revenue. La communauté stupéfaite retrouva la Simplicienne de jadis, douce, souriante, affectueuse.

Parfois, on la voyait qui, pour savourer son bonheur et pour bien s'en assurer, relisait quelques lignes sur un bout de papier; c'était la phrase de Monseigneur : « Ces rébellions de l'appétit sensuel, tant en l'ire qu'en la convoitise... »

En même temps que Simplicienne, une autre « fille » de Monseigneur s'était rendue insupportable.

Longtemps, M"^^ des Gouffiers avait remué ciel et terre pour se délier du Paraclet, afin d'entrer à la Visitation. Maintenant, enfin libre, elle n'y entrait pas. Ce qu'elle avait cherché, semble-t-il, c'était tout simplement la liberté. Elle s'en apercevait, ne voulait pas l'avouer, ne

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savait que devenir, et accablait de maussaderie son entourage. Son naturel, suffoqué quelque temps par une afïection enthousiaste pour Monseigneur, et par l'ardent désir de lui plaire, reprenait, loin de lui, le dessus ^. Elle avait l'esprit trop « clairvoyant à treuver les à-dire et douillet à les ressentir » pour rencontrer des âmes faites à son gré; vivre en communauté lui semblait impossible. Elle avait de plus une forte inclination à la « hauteur et dignité de vie »; or, sa dot de religieuse était un peu mince pour un train mondain. A ses sœurs, mariées et grandes dames, elle réclamait de l'argent; elle n'en reçut pas tout ce qu'elle désirait, il s'en suivit des querelles et enfin des procès qui menacèrent de s'éterniser.

D'ailleurs, fixée à Paris, M^^ des Gouffîers s'occupait d'œuvres pieuses, elle fréquentait la Visitation et, en rudoyant tout le monde, prétendait à la dévotion. Mgr de Genève, par ses amis, savait tout cela. Elle lui demanda un appui au sujet de ses procès. Il se rappela la confiance aveugle, la sympathie exclusive que jadis cette âme véhémente avait eu pour lui; il crut devoir parler ferme : — « ... Jusques à quand sera-ce, ma très chère fille, que vous prétendrés d'autres victoires sur le monde que celles que Nostre Seigneur en a remportées et à l'exemple desquelles il vous exhorte en tant de façons? Comment fit-il, ce seigneur de tout le monde? Plaida-t-il jamais pour avoir seulement où récliner sa tête? On lui fit mille tortz : quel procès en eut-il jamais? Devant quel tribunal fit-il jamais citer personne? Je ne suis nullement superstitieux et ne blasme point ceux qui plaident, pourveu que ce soit en vérité, jugement et justice; mais je dis, j'exclame, j'escris et, s'il estoit besoin, j'escrirois avec mon propre sang que quiconque veut estre parfait, il doit pratiquer cette doctrine de Nostre-Seigneur : Qui te veut

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