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doit do grandes pluycs, voire mesme il commençoit des-jà à pleuvoir; mais le sainct Evesque ayant levé les yeux au ciel : — « Non, dit-il, Dieu nous fera la grâce qu'il ne pleuvra point »; et tout aussi tost se fit une grande sérénité. »
Cette chapelle de saint Germain est un site incomparable. On voit d'abord juste en dessous, à mille pieds plus bas, l'abbaye et son village entourés de prés et de vignes, au bord du lac. A l'occident, sur l'autre rive, se dressent plusieurs monts bombés comme des croupes et qui donnent l'idée d'animaux géants couchés côte à côte, troupeau prodigieux pétrifié par les siècles et rongé par les pluies, celles-ci peu à peu émoussant les échines, unissant en pente douce chaque monstre à son voisin. Même l'une de ces croupes montre encore sa queue, qui trempe dans le lac, mince presqu'île en face de Talloires, avec un vieux château bâti tout au bout. Et sur ces immenses cadavres tachetés de vert et de noir par les prés et les bois de sapins, mille petites maisons blanches sont éparpillées, brebis lointaines du diocèse.
Au midi, l'étroit terre-plein de la chapelle est bordé par un gouffre à pic; là tombe un cours d'eau qui s'est creusé dans la falaise une gouttière verticale où il disparaît à demi, comme pour ne pas voir la chute qu'il doit faire; et cette cascade qui, loin de s'élancer, longe peureusement la pierre, fait monter du gouffre un son puissant, mais contenu, sorte de souffle monotone et berceur «comme un « chut » ininterrompu, qui sans doute n'a pas varié depuis l'époque où saint. Germain, dans sa grotte en nid d'aigle creusé tout contre, n'avait pas d'autre compagnie.
Au-dessus de ce gouffre et derrière la chapelle, vers l'orient, ce sont de grands plateaux herbeux et ondulés, puis des pentes raides, hérissées de sapins, et enfin, plus haut encore, d'effrayantes falaises nues, grises, immenses,
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tout doboul, nigiiciiscs coinuKî le troïKî (i(;s vi(îux arhnîs et dont los cirriiis ébréchées accrocheni, dniis h; rAol (l(;s lambeaux de iiuaji^i^s.
Vers l(i nord, au. cou traire, la montagne descend doucem(^nl. jusqu'au lac bhiu que bordent des cult-unis, et l'on devine bien loin, tout au bout, derrière un promontoire, les prtîniières maisons des faubourgs d'yVnnecy.
Monseigneur, quand fut placée sous l'autel neuf la châsse de saint Germain, contempla longuem(;nt autour de lui ce paysage, « et parmy les louanges qu'il en faisoit, il ne peut pas s'abstenir de découvrir son âme : «Cela est résoulu, dit-il; puisque j'ay un coadjuteur, s'il se peut faire par la volonté de nos princes, je viendray çà-haut : il faut que cecy soit mon repos... 0 Dieu ! Que c'est une bonne et agréable chose que nous soyons ici ÎAvec nostre chappelet et nostre plume, nous y servirons Dieu et son Eglise. Et sçavés-vous, Père-Prieur, dit-il en se retournant, les conceptions nous viendroient en teste aussi dru et menu que les neiges qui y tombent en hyver. » ^
Il songeait depuis longtemps qu'en se donnant tout à prier et à méditer, il aurait appris « certaines choses qu'il eut laissées utilement par écrit ». ^ La splendeur de ce site ravivait son désir : vivre dans le silence, en face de Dieu, sans plus rien savoir des tracas du diocèse. Il déclara qu'il s'y ferait bâtir une maisonnette, un ermitage où plus tard il viendrait habiter ^. Là, il voulait écrire plusieurs ouvrages qu'il avait déjà en tête : un parallèle des croyances catholiques* et calvinistes sur tous les points controversés, une concordance des quatre évangiles, une série d'instructions sur la perfection chrétienne, et un traité de l'amour du prochain.
Si on lui disait qu'au « penchant de son âge », c'étaient bien des projets, il répondait gaîment : — « Pour entre-