‹ Saint François de Sales, humaniste et écrivain latinChapitre 104 sur 115 · T. III, p. ÎOO · texte numérisé non relu

T. III, p. ÎOO

. T. V, |i. 3J. — Voir aussi dans les

nlion: Virgo insiilne Seslos.

. Livfo X, 5 (6)1 éd. L. Jan (Teubner).

Pline raconte aussi brièvement et aussi sèchement qui possible qu'on aigle, élevé par une jeune fiiie de SestOi lui témoignait sa reconnaissance en allant chasser poui elle, et que, celte fille étant morte, « l'aigle se jeta sur son bûcher el se fil brûler avec elle ?. L'auleur du Traité de l'amour de Dieu commence à nous intéresser à l'éducation de cette petite « aigle », qui apprend « petit petit » à voler, à « chasser aux oyseaux )■>, puis à « ruer sur les bestes sauvages », « sans jamais manquei d'apporter lousjours fidèlement sa proye a sa chère maistresse. comme en reconnoissance de la nourriture qu'elle avoit receuc d'icelle». C'est une habile préparation, pour que la suite du récit nous émeuve davantage : « Oi advint-il que cette jeune damoyselle mourut un jour, tandis que la pauvre aigle esloit au pourchas, et son con selon la couslume de ce lems et de ce païs-là, fut mis si un buscher en public pour estre brusié. Mais ainsy que flamme du feu comraençoit à la saisir, l'aigie survint a grans trailz d'ajsles, et voyant cet inopiné et triste spectacle, outrée de douleur elle lascha ses serres. abandonnant sa proye se vint jetler sur sa pauvre chen maistresse, et la couvraTit de ses aysles comme pour la" défendre du feu ou pour l'embrasser de pitié, elle* demeura ferme et immobile, mourant et bruslanl courageusement avec elle..,». Après quoi, il fait longuement l'application de ce dévouement au dévouement sacré des âmes aimantes, et il invite Théotime à imiter «^ceux qui vivant ne vî+ea1 plus a eux mesraeSj ains a Celuy qui est mort pour eux *»i Saint François de Saies a revu toute cette histoire, toi ce drame, en imagination ; il en a senti vivement tout le détail ; il a eu pitié de celle /jawyre jeune fille ; il a admiré cette pauure aigle ; il a trouvé pour représenter tout cela des expressions simples, mais pittoresques el émueSj

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de quelques lignes froides et sèches de Pline, il a composé un tableau gracieux et pathétique.

Les similitudes anciennes, dans V Introduction à la oie dévote, et surtout dans le Traité de l'amour de Dieu, sont une forme de l'art de saint François de Sales écrivain, qui valait la peine d'être remarquée ; c'est ce que nous avons tâche de démontrer. Elle est commune aux deux ouvrages ; nous avons maintenant à signaler un caractère propre au Traité de l'amour de Dieu.

Co hvre étant un traité savant de mystique chrétienne, saint François de Sales n'éprouve plus le même scrupule qu'en composant V Introduction à la vie dévote, à l'enrichir de citations ', et mi^rae de citations païennes. « Je ne dis rien que je n'ayc appris des autres », écrit-il dans la préface ^. Or, il a beaucoup appris des anciens ; le Traité de famour de Dieu est celui de tous ses écrils qui le montre le mieux. Il emprunte, quand l'occasion s'en présente, à Cicéron, à Sénèque, à Aulu-Gelle, à Plularque, à Épictèle, à Platon, surtout à Arislote. Il mêle abondamment, plus abondamment que dans ses sermons, le profane au sacré, mais sans que ce mélange choque ici notre goùl.

Parfois, les faits, les idées qu'il emprunte ainsi ne sont que de simples ornements, qui ont du prix à ses yeux, surtout parce qu'ils sont antiques. Dans un chapitre sur « l'amoureuse condoléance », pour prouver que, « pour petite que soil l'amitié, si les maux qu'on void endurer sont extrêmes, ilz nous font une grande pillé », tl apporte un exemple de Plularque: «on void pour cela César pleurer Pompée ^» ; el, immédiatement après, il en apporte d'autres, lires de l'Écriture, et il cite les Jîlles de Jérusalem, et les amis de Job, et Jacob pleurant son cher

. T. [Il, p. 2.

. T. n-, p. lU.

. Id.. p. 2m.

enfant *. Ailleurs, il commente par un mol de ThémislocIeJ rapporté par Plularque, le mot de l'Église; Félix culpa: « Certes, Tlieotimc, nous pouvons dire comme cet ancien : nous estions perdus^ si nous n'eussions esté perdus^ a. Ou bien il rappelle, d'après l'Ecriture, (ju' « on connoist l'homme au visage», et, sans transition, il écrit : i et Arislote, rendant rayson de ce que a l'ordinaire on ne peint sinon la l'ace des grans hommes, c'est d'autant, dit-il, que le visage monstre qui nous sommes ^d. On pourrait peut-être, pour si peu, se passer du témoignage d'Aristole; mais n'esl-il pas intéressant? Le plus souvent, il emprunte, non seulement de quoi orner ses chapitres, mais de vraies preuves. La charité, «comme première de toutes lesverlus», t le régit et tempère toutes s, et la première raison qu'il en donne est prise d'Aristote, qu'il cite sans le nommer: c parce que », dit-il, « le premier en chaque espèce des choses sert de règle et mesure a tout le reste * s. Dans un chapitre intitulé : e Que la charité doit estre nommée amour», il remarque que dilection est beaucoup moins qu'amour «entre les Latins >, et il invoque l'autorité de Cicéron : a Clodius, dit leur grand orateur, me porte dilection, et pour le dire plus excellemment il m'ayrae^». Pour prouver que l'amour «véhément», occupe sî fortement l'âme qu' «elle manque a toutes ses autres opérations, tant sensitives qu'intellectuelles M, il commente longuement^ en homme habitué à imaginer lui-inômc des symboles, ce passage symbolique du Banquet de Platon où l'amour est représenté «pauvre, deschiré, nud, deschaux, chetif, sans maison, couchant dehors sur la dure, es perles, toujours indigent^». « // est pauvre parce qu'il fait quitter tout

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