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JEUNESSE nUMANIBTE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES
perle dos autres. Elles sont peu de chose, très peu de chose ; mais elles nous laissent entrevoir saint François de Sales jeune, étudiant pieux, ayant déjà devant les yeux l'idéal élevé qu'il cherchera à réaliser dans toute sa vie, mais aussi bel esprit el liumanislc, un humaniste maniéré et précieux, aimant les jeux d'esprit et les jeux de mois au détriment du naturel el du goût. Saint François de Sales ne fut pas destiné d'ahord à être « d'Eglise », et il ne faul pas le regretter. Etant l'aîné d'une noble maison et le premier héritier d'un beau nom, il reçut une éducation large et variée, non celle d'un homme « d'Eglise »j mais celle d'un « cavalier » de très haut rang. Son éducation l'avait préparé à tenir son rang et à faire figure dans le monde ; ce fut l'Eglise qui profita non seulement des excellentes humanités dont il avait muni son esprit, et des connaissances philosophiques et juridiques qu'il avait ajoutées à ce fonds, mais aussi de cette aisance de bonne compagnie, de cette politesse d'esprit, de ton et de manières, de cette expérience que lui avait données le commerce du monde, « la conversation civile », pour parler comme Montaigne, et sa longue vie d'écolier et d'étudiant laïque à La Roche, à Annecy, mais surtout à Paris et à Padoue. Ce jeune homme n'avait certes pas une « suffisance purement livresque ». Devenu prêtre et prévôt du chapitre de Saint-Pierre de Genève, François de Sales fut un ecclésiastique gentilhomme el « honnête homme », dans le plus beau sens de ces deux mots. Et les lettres du début que nous avons étudiées jusqu'ici, si elles ne le montrent pas pleinement, le laissent au moins deviner.
Dans la correspondance des premières années qui suivirent le cours d'études de François de Sales, on peut lire avec profit une lettre au P. Canisius, du ai juillet iSgQ,
OÙ François, au milieu des embarras de la mission du Cliablais, privé de livres, demande au savant théologien de l'aider à résoudre une difficulté proposée par l'avocat Poncet qu'il est en Irain de convertir * ; une lettre au pape Clément VIU, du 21 avril i5i)7, utile à l'histoire de la mission du Cliablais, parce qu'elle rend compte d'uue tentative faite par le jeune missionnaire auprès de Théodore de Bèze, pour le ramener à la foi catholique ^ ; une lettre à Alphonse d'Elbène, abbé commendalaire d'Hautecombc, sénateur né du Sénat de Savoie et évéque d'AIbi, de novembre i5g4, lettre d'humaniste, écrite, en vue de plaire, à un vieil humaniste à qui Ronsard dédiait son Abrégé d'art poétique et Juste Lipse son Recueil d'inscriptions ^.
Mais ce que nous avons à étudier surtout, c'est une correspondance latine entre François de Sales et le sénateur Antoine Favre, qui commence à l'endroit où nous sommes arrivés dans sa vie, c'est-à-dire presque immédiatement après le cours de ses études. Encore étudiant à Padoue, François de Sales se proposait comme un modèle et un idéal, ce magistrat, devenu plus tard sî illustre, qui était de dix ans plus âgé que lui. C'est à lui qu'il fait allusion, quand il écrit de Padoue à un ami inconnu, dans son style périodique et recherché : « Quoi de plus souhaitable pour moi que d'être connu de nom, grâce à toi, de celui au nom duquel ce serait pour moi, s'il y consentait, un bien supérieur à tout autre bien d'être voué et consacré (alioqain quid mihi optabilias quam me ex nornine, te nominanle, ab eo cognosci cajus nomini me si annaerel, consecralum /acere omnibus bonis anteponerem) *. » Dans la première lettre que François de Sales écrivit à Antoine Favre, il lui