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10 JEUITBSSE HtmANtSTE DE SAINT FRANÇOIS DB SALB8
avec l'élat sacerdotal. Et puis, leur amitié exige tellement qu'ils se livrent tous deux aux mêmes études, que si François de Sales ne quittait pas la théologie, au moins en partie, pour la jurisprudence, lui, Favre, serait tenté de quiller la jurisprudence pour la théologie, o dum per scnatum et uxorem lîcuisset », pourvu qu'il en reçût l'autorisation du Sénat el de sa femme. François de. Sales se demande peut-fitre ce que veut dire cette condition que Favre a posée : si Dieu veut que nous viutons ensemble. Est-ce que Favre va briguer un canonîcat dans le chapitre dont François est le prévôt ? « Mais j'aurai plutôt obtenu de ma très clière épouse qu'elle souhaite la mort. » Non, c'est dans la société, dans le corps dont Favre fait partie que François doit non pas briguer une place, mais prendre la place qui s'offre à lui d'elle-même.
François ne la prit pas. Il avait un autre idéal. Il opia pour la théologie seule. Il fut ordonné prêtre le 1 8 décembre i5çf'i. Sur ce grand événement de sa vie, nous avons une lettre de lui et une réponse de Favre. François hésite et tremble à l'approche de ce grand jour : n Comme il approche et qu'il est même imminent ce jour redoutable, et même, pour parler comme saint Chrysoslorae, ce jour horrible, je n'ai pas voulu commettre la faute de ne pa^ vous avertir, pour qu'un si grand changement ne se produise pas à votre insu dans quelque chose qui vous appartient en propre. » On se fait illusion à dislance sur cette dignité; de près elle fait peur '. Et Favre le rassure longuement dans un stjle recherché, mais avec un sentiment chrétien vif et profond, et même avec éloquence. (Ju'est-ce donc qui trouble tant son ami'? Mais ne sait-il pas qu'il est un homme, non un ange? v At hoc ipso iligmiin le facls qnod indignum esse agnoscis. Mais vous montrez que vous êtes digne, précisément parce que vous vous jugez indigne. » Et plût à Dieu qu'un plus grand
1, Vers le 15 décembre 1593, t. :
, pp. 37, ;
nombre parmi ceux qui aspirent à celte dignité eussent des sentiments pareils! « II n'y en aurait pas autanlj dans l'ordre très saint des prêtres, qui, à crime abominable, di^ne d'être expi^ par des larmes de sang-, se laisseraient emporter par une passion aveugle à briguer le sacerdoce eL qui, l'ayant obtenu, l'exerceraient avec un tel défaut de religion qu'il ne se peut rien de plus indigne ^, »
Le voilà devenu prêtre, malgré ces répugnances si honorables pour la délicatesse de sa vertu. Prêtre et prévôt de Saint-Pierre de Genève, on lui propose l'évangélîsation du Chablais. Il accepte. Temps d'épreuves et de rude labeur que celui-là et dont il se souvenait plus tard en frémissant : « Par la grâce de Dieu, écrivait-il à sa mère en 1602, nous ne sommes plus en ce fascheux tems ou il nous Failloit cacher nécessairement pour nous escrire en termes d'amitié et pour nous dire quelque parole de consolation. O vive Dieu, ma bonne mère 1 11 est vray que le souvenir de ce tems la produit lousjours quelque sainte douceur à ma pensée^ ». Temps de grands dangers aussi, même pour sa vie, quoique Favre eut persuadé, comme il le raconte, à M. de Boisy, qu'il n'y avait pour son fils « ni danger ni même soupçon de danger^», et contrairement à ce que dit M, Slrowski, qui ne croit pas à ces «dangers extrêmes*». Un mot très fier de ce gentilhomme apôtre, que nous trouvons dans une lettre écrite de Thonon à M. de Boisy, en est une preuve ; « Si Roland estoil vostre filz aussi bien qu'il n'est que vostre valet, il n'auroit pas eu la couardise de reculer pour un si petit choc que celuy ou il s'est trouvé, et n'en l'eroit pas le bruit d'une grande bataille. Nul ne peut douter de la mauvaise volonté de nos adversaires ;
t. 20 décembre 1&'J3, t.
î. T. XII, p. 1U.