UNB HARANGUE LATINB DE SAINT FRANÇOIS DE SALE
nome, de l'Ecclésiastique, de la Sag;esse, des Proverbes;-^ do livre de Job, du livre de Judith, s'y mêlent à ceux de saint Paul et des Êvangélistes, Ce jeune prêtre connaît sa Bible parfaitement ; visiblement, il ne fait pas le moindre effort pour appeler, de toutes les parties de la Bible, lesJ textes sacrés qui peuvent servir à mieux exprimer ou kM mieux peindre ce qu'il pense et ce qu'il sent. La même aisance avec laquelle il semblait se jouer tout à l'heure, dans ses lettres à Antoine Favre, avec les réminiscences classiques, nous la trouvons ici dans l'emploi cpi'il fait des i réminiscences bibliques.
Dans ce discours formé de tant de textes sacrés, nous ne trouvons qu'un seul texte profane, emprunté à Virgile, et introduit dans le discours avec à-propos : « Je devine, dit-il, que, vous qui avez été accoutumés jusqu'ici à avoir ^ des prévôts très graves, devant un tel changement ou, pour dire le mot, devant une telle décadence, vous ne 1 pouvez pas vous défendre de quelque sentiment de dégoût, j et que ce vers vous revient en mémoire:
Qais novus hic noslris successit sedibua hospes. '
Et c'est ainsi qu'il détourne et applique à lui-même un ] vers de Didon à sa sœur (Anna soror). Il était inattendu ; ] on aurait pu s'en passer ; mais il ne déplaît pas ; c'est I comme un sourire qui égayé le discours de cet ancien 1 étudiant de Paris et de Padoue. Dans un autre endroit du 1 discours, pour dire qu'il fant apprendre à tirer profit de ] ses ennemis eux-mêmes, apprendre d'ilolopherne i géant Bélbulie l'art d'assiéger et de conquérir Genève, if I invoque l'autorité de Plularque dans un des opuscules^.! Ailleurs, pour dire qu'il n'osera pas, lui si jeune, faire la I leçon à d'aussi grands personnages, il rappelle en souriant! le proverbe ancien : a Minervam docere^». Ailleurs!
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■ encore, pour dire qu'il se propose de faire de sa dig:nilé un service, il rappelle que l'artiste Antigoniis disait de tonle espèce de dig^nilé, même de la dignité royale, qu'elle n'était qu'une glorieuse servitude '. El c'est tout, 11 serait autorisé par le mauvais goût des prédicateurs de son temps, par une coutume tyrannique dont le public était aussi responsable que les prédicateurs, à mêler, pour une moitié, même dans un pur sermon, le profane au sacré *. Il ne le fait pas, même dans un discours d'apparat qui relève du même genre que l'oraison funèbre et le panégyrique. C'est un mérite rare dont il faut lui tenir compte. Cette harangue demi-profane par essence, et d'un simple débutant, l'emporte par le sérieux, par la sobriété des citations et des allusions profanes, sur bien des discours sacrés, prononcés alors et bien longtemps encore dans la suîle, par des prédicateurs célèbres.
Cette harangue, longuement et amoureusement préparée, est composée artificiellement el même gauchement ; nous parions de la seconde rédaction. L'orateur commence par exposer l'étal de son âme, depuis qu'il sent peser sur lui la responsabilité de celle charge : un trouble tel, que, s'il avait duré jusqu'à ce jour, il aurait été incapable d'accepter la prévôté et de dire au chapitre un seul mol. El il annonce ainsi le sujet qu'il va traiter ; « Ce trouble de mon àrae, je vous dirai clairement quelle en fut la nature. Et, parce que les gouverneurs de provinces ont l'habilude, au début de leur adminislralîonj de former de grands, de magniflques projets, pour célébrer, par quelque chose d'éclatant, leur prise de possession, je proposerai à voire délibération ce projet grand et difficile, mais non pas impossible, ni indigne de nous : recouvrer Genève. Ce seront là les deux
'. Voir en particulier P. Jaoquinet : Des prédicaleiirg du XVII' tiécle, pp. 33 et suiï., A. Lbïat: De la prèiicaiion sous Henri IV, chftp. IV el V surtout.
mai nAâMSiuÈ latine de saint François de salbs
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i plus de talenl {
discours ; s parole, ils seraient capables d'exciler, plus que tout le reste, mon éloquence, el de porter aussi au plus haut degré votre attenlion ^ » Le premier est de ceux qui ne s'annoncent pas d'avance. On explique un étal de l'âme, sans annoncer ainsi qu'on va l'expliquer. Ne dirait-on pas qu'il va traiter dans un très long; discours une question difficile el compliquée ? Le second, ainsi annoncé, perd l'intérêt et le charme de l'imprévu, et, comme il ne s'agit en somme que d'une allégorie, d'un siège et d'une conquête figurés, l'orateur en détruit par avance l'effet à venir. C'est aussi par une transition bien arlificieile qu'il passe à la seconde partie: « Ainsi arrivera-l-il que celui qui est le plus grand sera comme le plus petit, et que les premiers seront les derniers et les derniers les premiers b ; mais il ajoute, pour finir sa phrase, quelques mots de saint Paul : «in charitate non ficla», «grâce à une charité sans feinte ^ », el c'est une habileté pour passer à la seconde partie: « Charitate quatiendi sunt mûri Gebenenses, charitate irruptio facienda est, charitate Geneva recuperanda. Sic cnim sensim ac sponte ïn alteram dicendorum partem nostra tandem devenît oratio ^. » Eh bien non, quoi qu'il dise, ce n'est pas « sensim ac sponte », « insensiblement et naturellement», qu'il passe à celte seconde partie. Il y a trop de différence entre cette charité « non feinte », avec laquelle « les premiers » de la parabole évangélique supporteronL que « le dernier» passe au premier rang, et cette charité active et conquérante qui doit « battre les murs de Genève », « par les machines de guerre de la prière et des bonnes œuvres * ».
Les textes de i'Écriture saintedontila rempli son discours
sont-ils employés par lui dans leur sens propre? Non pas, et cela vaut la peine d'être examiné d'assez près. Le prévôt est celui qui préside (praepositus gui praesidet, peul-on dire); or « praesidere » lui rappelle un texte des Psaumes: oanam est nobîs anie lacein surgere ; siirc/ite postquam. sederitis, qui n'a qu'un rapport d'analogie, très lointain, au sujet qu'il traite. Il le cite pourtant, en prenant bien soin de justifier sa cïtalion : bien que ce texte, (f après (a lettre, oit un autre sens, cependant, d'après l'esprit qui vioijîe, il peut facilement s'appliquer à sa situai ion d'Iiomme qui commande avant d'avoir obéi, à un âge où il pourrait et devrait encore obéir (ad eos facile traduci potest qui quaerunt antea praesidere qnam sedere^). Ailleurs, il veut montrer que Dieu fait souvent choix de la faiblesse pour confondre la force ; c'est une idée et une expression de saint Paul; aussitôt iuî reviennent enfouie des textes bibliques qui ont avec celte idée et celte expression quelijLie analogie ; « ex ore plerumque infantium et lactentium perfîcere latidem suam (Ps, viii, 3o). » — « O supremum parvulorum pracsidem, piAens es nimirum ex lapidibas siisdtare Jilios Abrahae (Luc, m, 8) », — « llle est, Patres, qui laetificabit juoentutem meam cum introibo ad altare e^us (Ps. xi-ii, 4) »• — Stullissiinus snm viroram et sapienfia hominum non est mecitm ; non dldici sapientiam et non nooi scientiam sanctoniin (Prov., xxx, a, 3) B, etc. '. Veul-il dire, dans un autre endroit, que les chanoines de Sainl-Pierre de Genève, ayant ratifié son élection, seront solidaires des fautes qu'il pourrait commettre dans l'exercice de sa charge, et que, pour les lui faire éviter, ils auront un devoir d'autant plus stricl de l'avertir par leurs exemples et par leurs Iei;onsV il se rappelle ce texte que l'Evangélisle met dans la bouche du tentateur au désert : « Quia angelis suis mandavit de le.
a. td., pp. 103 et lOi.