APRÈS LA MI5SION DU CHABLAIS
d'efforts (post mallam tam sancti negotii jnctalionem) : la liberté de célébrer les mi/stères de la religion catkoliqne dans trois endroits, avec un revenu annuel pour les praires qui seraient chargés de ce soin. Il ajoute très Irislemenl : « Quod autem ad caetera spectat, Rex ipsemet duram lemporum coriditionem objecit;... non id omne sibï licere quod libet, et id genus multa; ila ul, exaclis plane mensibusnovem, re propemodnm infecta redire coactus sim '».
Celle lettre simple et claire, comme une lettre d'affaires, n'attire l'attention par aucun détail de style. A peine pourrail-on remarquer dans la pbrase que nous venons de citer l'ing-énieux rapprochement de licere et de Ubet, et, dans la suite de la lettre, qui esl un éloge funèbre de Mgr de Granîer et un remercîment à Clément Vlli pour avoir donné à François de Sales sa succession et accordé au nouvel évêque \e gratis pour ses bulles, ce vocatif qui esl un gracieux et aimable jeu de mots : » Paler bealissime el clementissime ^ ».
Ce voyage, qui n'avait pas réussi dans son objet propre, fut cependant très heureux à d'autres égards. Qui sait si ce n'est pas de là que procèdent V Introduction à la oie dévote, le Traité de farnour de Dieu, les lettres de direclion, c'est-à-dire presque tout saint François de Sales? M. Strowski ajustement fait de ce voyage le sujet d'un chapitre excellent. Durant re long séjour, Fran(;ois de Sales entra en relations avec de 1res hautes et très saintes âmes, qui lui donnèrent l'idée de ce que pouvait i}tre une vie séculière et mondaine, transformée par une vraie religion intérieure. Plus tard, il écrira pour ceux qui vivent « emmt le monde el les cours » ' ; c'est là qu'il en vit bien, pour la première fois, la nécessité ou la haute utilité.
Parmi ces âmes d'élile, il y avait des prêtres, dont le
3 Traité de Va
r de Oieu, préface, I
plus illustre fut Pierre de Bérulle ; il y avait surtout untf femme du monde, Barbe Avrîllot, épouse de Pierre Accarie de Villemorj maître des comptes, que François de Sales caractérise ainsi dans une letlre : « une dame, des plus grandes âmes que j'aye jamais rencontré' ». La maison de cette femme était le « centre d'une piété nouvelle*»; et l'un de ses principaux soucis fut d'établir en France et à Paris le Carme) réformé de sainte Thérèse, comme un foyer de mysticisme et de piété, La letlre latine au pape Clément VIII, du commencement de novembre 1603 ^, est un témoignage précieux à recueillir de ce commerce de François de Sales avec des âmes qui lui firent concevoir s la puissance de la piété*», un premier témoignage de cette « particulière dévotion ^ » à sainte Thérèse sans laquelle une bonne part de ses ouvrages serait inexplicable. François de Sales s'employa à cet établissement du Carmel en France avec IVI""" Accarie, avec Pierre de Bérulle, avec d'autres ; il y travailla sur l'invitation de Catherine d'Orléans, princesse de Longueville, qu'il qualifie en ces termes dans la lettre qui nous occupe : s Virgo non tantum magnorum principum sanguine, sed etiam, quod caput est, Christi cbaritale perillustris ^ a. Le roi avait consenti; il se chargea, lui, d'obtenir l'agrément du pape, el il demande à Clément V'Ill de favoriser de ses bénédictions ces célestes mouvements ''. Hi caeiesies motus, cette expression pourrait servir peut-(^tre à caractériser le mouvement de réforme par le sentiment religieux, auquel Pierre de Bérulle, M""" Accarie et surtout saint François de Sales présidèrent au commencement du XVII' siècle.
t. T. siii, p. aî9.