‹ Saint François de Sales, humaniste et écrivain latinChapitre 75 sur 115 · id-, p · texte numérisé non relu

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lionem Cyrîllî et Hilarii folio sequenli * ». Dans TtivaDgile où « la nifere des fils de Zébédée » est en scène avec Jésus, lui demandant une place d'honneur pour ses deux fils, il court tout de suîle à la réponse que fait Jésus à cette femme trop ambitieuse : « Incîpiendum est a fine : Non est meum tiare vobis ^ », Un autre jour, il prépare de celle manière l'explication d'une parabole, celle du banquet d'où est expulsé celui qui n'a pas la robe nuptiale: « Haec aulem parabola mira est. Nos primam partem breviter explir cabimus; secundam paulo pressius, ut minitanle hieme vobis veslem faciamus^». C'est-à-dire qu'il inlerprélera surtout; à sa manière, le sens de celle «robe nuptiale». I,e plus souvent il n'a pas, dans ses homélies, d'autre ordre que celui de sa libre fantaisie et du lexle qu'il commente. La complexité du sermon est en rapport avec la complexité dé l'évangile. Il n'impose pas à un sujet son ordre; il laisse le sujet hii imposer le sien. S'il y a, dans ces sermons latins, de l'unité, c'est que le sujet le veut ainsi. Tel sujet évangélique l'invite à parler de l'impénilence finale *, cl tel autre de rînfaillibîlité de l'Eglise " ou de la tradition ". Une fois au moins, à propos de la parabole du père de famille et de la vigne, nous trouvons la triple division qui deviendra bienlôl classique ". Dans des discours ainsi composés, les digressions doivent élre assez fréquentes, et elles le sont, Saint François de Sales ne laisse pas facilement échapper l'occasion d'exprimer quelque idée utile que le hasard lui suggère. Développe-1-il ce lieu commun : la mort n'épargne personne"? il ajoute, comme s'il n'y avait pas

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pense d'avance: a alque ex hac occasioiie niemonae I vesirae commendo menioriam niorlis vobis esse neces- ! sariam ' n. Une veille de No'*l, dans un sermon que nous avons cilé déjà pour un autre motif, il rapporte les paroles J de la Genèse auxquelles est empruntée Viniroït de la messe j et qui lui donnent occasion de comparer la naissance de 1 Jésus à la chute de la manne. Il éciît : « Die historiam' l usque ad verba Moysi b. Maïs l'Idée d'une digression lui vient à l'esprit. Un détail de cette histoire de la Genèse est un prétexte à parler des religieu-v qui regrettent le monde ; comment le négliger? Il ajoute donc entre parenthèses : a Et nota obiter murmur fîliorum Israël^ qui | libenter egressî sunt de jEgiplo, ut plerique relig-îosi ex ! mundo, sed ubi tantisper sunt in deserto, id est, deseruntor, | murmurant et recordantur carnium raundi - a. A propos ] de ce début de i'évang-ile des Saints Innocents : « Ecce | Angélus Domini... -a, ii écrit: a Dicam pauca de angelorum ] custodia ^ B. La digression terminée, il revient à son sujet ] familièrement, comme en conversation. Dans un panégyrique de saint Louis, après avoir parlé de la piété et des autres vertus du saint roi, îl nous avertit sans détours I qu'il revient à la piété : «c Redeo ad pietatem * ». Il nous J avertit, sur le même ton de causerie familière, qu'il aurait \ encore, si le temps le lut permettait, telle idée à exposer, J mais qu'il est temps de passer à autre chose : « Vere Deus 1 j Olim Christiani erant sancti et sani... Tanc erant oves, nunc haedi halitu foetido... Sed de iis satis*"*». C'est là J proprement le ton de l'homélie, celle des premiers siècles | de l'Eglise, cjuand l'évèque commentait devant le peuple J une page de l'Ecriture sainte qu'un clerc venait de lire à haute voLx.

A lous les genres de sermons, saint Fran<;ois do Sales a préféré l'homélie ; l'étude de tant de sermons latins que vient de publier, pour la première fois, l'édition Mackey ne permet aucun doute à cet égard. Depuis le début de son épiscopat, c'est-à-dire depuis 1603, on ne trouve plus, dans son œuvre oratoire aullienfîquc, que des homélies préparées en lalin. ChoisissanI l'homélie, il en a adoplé les lois. Or, la variété, el, pour (ont dire, le désordre sont comme de l'essence du genre. On ne se figure pas ces beaux sermons de Bossuet sur saint Joseph ou sur le mauvais riche, improvisés d'après un simple plan, pour le détail de la forme aussi bien que pour les idées. Ils demandent, ils exigent une méditation trop sérieuse, un soin trop attentif; ils veulent être écrils jusque dans le détail; on ne peut se les représenter autrement que rédigés avec art. Il faut à saint François de Sales une méthode moins sévère, qui lui permette de s'entretenir pendant une heure avec son auditoire, de causer familièrement pendant une heure avec les Ames. Saint Fran(;ois de Sales enfin est surtout directeur de conscience ; il sait que parmi les centaines, les milliers d'âmes qui l'entendent à la fois, it n'y en a pas deux qui se ressemblent tout à fait. Il ne veut pas traiter d'une seule question, ni de trois aspects d'une seule question. Il veut que son sermon soit divers et multiple comme son auditoire. Il veut instruire, diriger, corriger et guérir, à la fois, le plus grand nombre possible de ces âmes si diverses, u Le temps de l'homélie n'est, plus >, dira La Bruyère avec regret '. Au commencement du XVII» siècle, saint François de Sales avait tenté de le faire renaître. C'est de quoi l'on ne s'est pas assez avisé jusqu'ici; c'est de quoi l'on devrait tenir plus de compte, quand on compare sa méthode de composition avec la méthode régulière du cardinal du Perron qui l'avait

t. De la chaire, éd. de» Grands écrivains, l. 11, p. Î21,

précédé et des prédicateurs de l'époque classique qii viendront après lui '.

Saint François de Sales prêche simplement et famiJic'sreJ ment ; mais cette simplicité, cette familiarité est singuliireraent pittoresque et, de temps en temps, quand le sujet s'y prête, poétique. C'est là un des plus grands attraits de son éloquence ; c'est là le plus grand mérite des sermoa& latins (]ue nous étudions.

Quelle fécondité, quelle variété, quelle surabondance d'action et de vie dans cette éloquence sacrée ! Quelle profusion de mouvements oratoires, de traits, d'esquisseSj de tableaux, de dialogues, de peintures dramatiques de toutes sortes ! Et comme ce que nous en avons conservé nous fait regretter l'énorme quantité que nous avons, perdue !

Ce sont tantôt, quand il enseigne, de vives et brusque! apostrophes, des cris passionnés. H interpelle la servante qui fut cause de la clmte de saint Pierre : b lingua procax, dicis quae nescis et dicendo incipîs credere et credendo asseverare, viresque acquirit eundo^ ». Il interpelle Hérode, meurtrier des saints Innocents : a Intérim morîtur Herodes. Quid fecisti ut regnares '? Occidisli pueros. Heu miserl Peccalum luum manel, regnum tuum non manel ^». Et ce sont tantôt des com[)araisons inattendues, d'une hardiesse telle, dans leur tamiliarité, qu'il semble que personne n'eût pu les trouver que lui. Au sujet de ce même llérode, voyez à quoi il compare les roïs qui prétendent gouverner par la crainte, et non par l'amour, el comme il définit cet enfantillage : « Ut puerî in equis

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