I. T. VIII. pp. 94 et 9Ii
L ART DANS LES SERMONS JjmNS
toi deciperenlur : sed non rcnunciani, donec Inlumescens venter denunciet * ».
Il se plaint de l'honneur du monde qui annoblit des vilains el des canailles, c'est-à-dire qui dég-uise le vice en vertu, et il s'écrie: « Vidi seroos ambulantes in eqiiis^ el dominos eorum ambulantes super terram * ». Dans un ordre d'idées tout voisin, il s'indigne de la sottise de l'opinion qui honore outre mesure lo comédien : t Et nunc, proh pudor! les balladins et balladines sonl en honneur ^».
Les relig:ieux, les gens d'église ne sont pas à l'abri de celte satire oratoire. Ils ont même, sans doute par hasard, dans les sermons latins qui nous restent, la part la plus considérable.
fiachel, dit-il, venait avec les brebis de son père. Et aussitôt, il s'adresse à ses frères dans le sacerdoce (frntres et coadjalores mei), pour leur prêcher le dévouement à leurs ouailles el la résidence: « DebL'miis el nos esse ciim ovibus amore, benevolentia, anime et corde*». Jésus chassait les vendeurs du temple. N'y a-l-il pas encore, autour du temple et dans le temple, de honteux trafics? Les cures ne sont plus regardées comme des charges d'âmes, mais comme des bénéfices que l'on achète et que l'on exploite pour le profit: a Heu, sed nunc non venduntur in templis oves, boveSj etc.j sed ipsa tenipla venduntur ; on en traite, confidenliae. Un tel porte le bénéfice, cl i'autre l'emporte ; l'un est carême et l'autre prenant. O abcminatio desolationis ! ^ o La maison de Dieu est profanée parles gens de la maison eux-mfimes. El ce sonl ici de vrais cris de douleur, qui durent ôlre en chaire singulièrement pathétiques: f lieu, quam irreverenter, nos ipsi
pcclesiaslici In ecclesia... Veslitus noster, mores prophanî, officia maie persolula... ' », Ailleurs, saint PierrCj reniant sou maîlre dans Vairiam du grand prêtre, lui rappelle la cour, et les abbés et pri^lals de cour, si peu chrétiens, et il sVcrie : « O curia, quot Petros occidis ! Onines in curia | conspirant contra Petros ' »,
Qu'il est à regretter que loules ces applications, selon le mot de Vaugelas ', ne soient qu'à peine indiquées et plutôt annoncées que faites I On a pu voir combien cet art est pittoresque et même réaliste. On a pu jug'er de l'intérêt, J de l'allrail, de la puissance d'action et d'influence qu'il dut; donner à la prédication de saint François de Sales,
Nous venons de voir le moraliste, le satirique, le peinlrâS de porirails. 11 y a aussi, çà el là, dans ces sermons latins J de la poésie pure. La poésie est un des principaux charme3>| de l'écrivain, de l'auleur de Vlntroduciion de ta oie dévot»et du Traité de Vamoui' de Dieu. Même à en jug" seulement par les sermons latins, c'est un des traits del l'orateur. Sainte-Beuve a dit de l'écrivain: « Il y a une^l certaine gaieté, un certain vermeil riant dans tout cftB (|u'il... écrit *. » On pourrait ajouter ; el dans tout ce qu'ils dit. Et nous prendrions volontiers ce mot gaité au sen* de La Fontaine, qui ne l'entendait pas de ce qui excite là rire, mais de l'air agréable et poélique qu'on peut donnePi à loules sortes de sujets, même les plus sérieux. La nature, et, de préférence, loui ce qu'il y a, dans la nature, de plus gracieux, l'aube, l'aurore, les lis, les roses, les fleurs de toute couleur et de tout symbolisme, les abeilles, lea; nids, les cliaiils d'oiseaux, voilà où il puise très souvent^ dans ces sermons lalins, de quoi exprimer les idées lei plus rebelles à la poésie.