Porl-Royal, t. i, p
Un mercredi des cendres, il commente un mol de l'évangile du jour : « Thesaurizate aulem vobis ihesauros in caelo; » faites-vous, dil-il à son audiloire, des Irésors dans le cielj non seulement des plus Importants et des plus difficiles, maïs des plus menus actes de vertu et de pénitence ; rîen n'est à nt^gligerj dans la vie spirituelle, de ce qu'on peut recueillir de bon çà et là, dans le détail d'une journée ; et voici de quelle forme il revêt ces abstractions : « Videbitis apes insidere rosis et liliis et niaximis floribus, sed non minus congregant ex tliimo et rosraarino et aliîs minutissimis floribus, imo utilius ob multiludinem, et quia mel in illis vasis angustis felicius conservatur '». — Comme la plupart des mystiques, il a une prédilection marquée pour le Cantirjue des Cantiques. Il y trouve une source très riche d'images et de développements poétiques. Un jour, il commente ce texte : Faous disiillans labia tua, devant ses Ohlales, ses chères religieuses de la Visitation, de fondation toute récente. Comment ne pas les comparer aux abeilles '? « Apes aulem oblatae sunt. Egrediuntur et regrediunlur in domo Visilationis: nihil habenl propriuui. Sunt virgines, neque pariunl, sed advehunt l'oetum e caelo, ul nos per inspirationes mulliplicamur. Obediunt, nam et canil uoa ut veniani ; mane surgunt ad sonilum campanae. . . En , ergo, carissimae apes estis ; sed habelisiie regem ? Ecce parvulum Dominnm, verum apum Regem*». El la comparaison, ou plutôt l'allégorie poétique, se poursuit longtem'ps encore, — L'avènement de .lean-Bapliste, précurseur du Messie, il le compare à un printemps que chantent tour à lour Marie, Elizabetli, Zacharic. « Ul avcs venuste garriunt tenipore vcris, sic hoc in nalivilatis Joannis Baptistae lempore, Maria, Elizabeth, Zacharîa,
I, ART DA.\.S LSS SERMOXS IJ^TI^S
omnes vicini, et quoiquot sanctî poslea e^stilere. Sed aurlianius Pliilomelam Ang^luin 'o.
fjuand le sujet s'y prèle, c'est toute une scène poétique qu'il compose, comme dans tel sermon sur l'évangile de la Cananéenne^. L'imag'inalioa de l'orateur a IravatHé sur celte réponse de Jésus : « Il n'esl pas bon de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens m ; et sur cette réplique : « Les petits chiens mangent les miettes... » Et Jésus devient le cerf que le chien fait lever, qui bondit, qui fuil, qui est aux abois, qui enfin se rend, et toute la scène évangélique se transforme en un symbole poétique auquel la forme dramatique ajoute sa force expressive et son intérêt.
Parfois le sermon a non seulement !a riche imagination, mais le mouvement et le soufRe du po^me lyrique. Le carême a lieu au printemps, et il est tout naturel d'assimiler le renouveau do l'âme au renouveau de la nature. François de Sales n'y manque pas, et il prend pour point j de départ encore le Cantique des Cantiques : « En jam i liicms transill ; imber abiil et recessil )>. Il décrit cet hiver, meurtrier des âmes par la bonne chère, <( carnifer et carnifex animarum ». F'uisie mouvement lyrique commence : (( Aboat tcmpus carnale et recédât ; pereant dies îUi, nec compuLcnlur in annis, et oblivione aelerna deleantur. Veni, veni tempus acceptabHc ; venite, venile, dies salntis : momcnla veslra convertanlur in horas, horac in dies, dies ia hebdomadas, liebdomadae in menses, mcnses in annos, anni in secula eL secula in perpétuas aelernitales^ ». — Ailleurs, ie mouvement est celui d'une prière ardente et tendre : « Quomoilo a pulvere et cinere ad caelum pergam ? Eîa erg-Q, advocala mea, scala caeli, mons Dei, churda per quam Deus venit ad miseriam meam, fac ul per te miseria