‹ Saint François de Sales, humaniste et écrivain latinChapitre 94 sur 115 · îd„ p · texte numérisé non relu

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HOMANISHB m ECRITS FHANQAIB

veiie, vous vous dires tout bellement vos raysons l'un al l'autre, el je vous donneraj l'absolution a tous deux. Il I ni a point de si parfailLc amitié qui ne se trouble quelque-1 fois par quelque petit nuage lesquelz estans passés, amoris'm recHntegratio suitf ' ». C'est là tout ce que nous avons pnW trouver de réminiscences de l'antiquitc classique dans plu»l de cinq cents lettres, écrites depuis la période de jeunes que nous avons parliculièremenl «étudiée. Préoccupé de son objet propre, saint François de Sales ne s'en laisse paq détourner par ses goûls d'hunianisie ; le souci de plair<L cède au souci d'ôtre utile.

Venons-en à l'œuvre de saint François de Sales qui * s'adresse au public. Ce public, il le partage lui-même ainsi dans un curieux passage des Controverses, « selon l'ancienne division Françoise », dit-il : a II y a quatre sortes de personnes, les ecclésiastiques, les nobles, ceux de roubbe longue et le populas ou 3' estât : les trois premiers entendent le Latin ou le doivent entendre... Reste le 3' cslatj duquel encores une partie l'entend; le reste, pour vraj, si on ne parle le propre barragouin de leur contrëe, a grand peine pourroil il entendre le simple récit des Escrîlures ^. » C'est pour plaire à ce public du clergé, de la noblesse, de la robe, el de la partie cultivée et lettrée du tiers état, qu'il ornera ses discours et ses ouvrages français de souvenirs ou de citations de littérature ancienne; et comme il se bornera le plus souvent à prendre à l'antiquité des images et des comparaisons, en donnant satisfaction au goût difficile des plus lettrés, il aura aussi l'avantage de se faire comprendre agréablement des plus ignorants, même de cette portion du populas qui n'entend bien que son propre baragouin.

En étudlaal ses sermons lalins, nous avons remarqué une cerlaine discrétion dans l'emploi des souvenirs de l'antiquité classique. Celte discFLUion, il semble l'avoir eue dès sa jeunesse. Dans soixanlc-tiois pièces que nous avons conservées, du début de sa prédication ù la fin de l'année 1602, nous n'avons relevé que trente-deux citations ou allusions anciennes. De ce nombre, une dizaine seulement appartient aux sermons qui précèdent le premier voyage de saint François de Sales à Paris, en 1602. Le reste se répartit entre les neuf sermons que nous avons conservés de cette année 1602. C'est à partir de 1602 seulement que l'on commence à rencontrer souvent dans les sermons des histoires ou des souvenirs de Pline. Il n'y en a pas moins de cinq dans les plans de deux sermons sur saint Jean-Baptiste, du 23 et du 2^ juin 1602. Cette année 1602, si importante dans la vie de saint François de Sales, qui compléta sa « formation intellectuelle et religieuse n, qui lui fit « trouver sa voie ' », comme diiecteur d'âmes, qui fit de lui un écrivain fran^'ais, fut peiil-ètre aussi pour quelque chose dans celte habitude d'emprunter aux lilléralures anciennes des arguments ou de simples ornements, qu'il portera désormais dans ses discours et dans ses ouvrages. Il semble, en tout cas, d'après les chiffres significatifs que nous venons de citer, que s'étant trouvé alors pour la première fois en contact avec un auditoire particulièrement épris de littérature ancienne, il se soit un peu assujetti à la mode et qu'il ait dès lors pris un goût nouveau el contracté une habitude nouvelle.

En un temps où le pédantisme el la vanité littéraire régnaient dans le sermon, saint Fran<;ois de Sales sermonnaire ne fut pas exempt de ce mauvais goût. Dans un

. F, Strowski, livre I, chap. VII.

HUMANISME ET écRITS FRANÇAIS

sermon du 3 avril iSg^, pour prouver que la chair, lutle contre l'esprit, a des intelligences dans notre volonté, il dit : « Comme dans un cheval iroyeo, elle y fourre le mal et met sédition en nostre pauvre ame '. » Le cheoal Iroyen est de trop à notre goût. — (^ui s'attendrait avoir comparer la vérité chrétienne pour laquelle sont morts tant de « gens d'honneur » et de « martyrs tr^s saints, » avec « cette fameuse Hélène, pour la beauté de laquelle moururent tant de grecz et de troyens? » C'est ce que nous lisons dans un sermon de juillet iSg^^; il est vrai que saint Fran(;ois de Sales partage avec saint Augustin la responsabilité de celte faute littéraire. — Dans un sermon sur saint Pierre, du 29 juin i593, nous trouvons la plus étrange comparaison de Jésus, regardant saint Pierre, crucifié la tête en bas, avec Narcisse contemplant, dans une fontaine, son image renversée : « Et si Narcisse qui n'ayma jamais aucune personne, fut si espris voyant sa propre ressemblance, combien plus Nostre Seigneur qui ne fit jamais qu'aymer' ». — Dans un sermon du tgjuin i5g4( où il montre le pécheur placé «entre la damnation et la salvation », il cite un vers du sixième livre de VEnéide dans lequel la Sybille montre à Enée une bifurcation de la route des enfers, vers leTarlare et vers les Champs Elysées. Et l'on peut trouver que le vers est assez justement appliqué ; mais il faut avouer qu'il y a là trop de bel esprit et un peu de vanité*. — Dans son premier sermon, du G juin iSgS, il cite, à propos du Saint-Esprit, saint Thomas, Jérémie, le livre de la Sagesse, et, sans transition, quelques vers de Virgile, empruntés à la troisième églogue et au sixième livre de VEnéide, sur la doctrine philosophique de l'âme universelle^. El ce mélange du sacré et

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