T. II. p
a. Id., pp, 226 et 227
si l'hisloire est belle et l'applicalion belle, c'est un double luslre ' ». Ajoutons, car c'est bien la pensée de saint François de Sales, que le lustre est Iriple, pour lui el pour le public qui le lit, quand ces histoires viennent de l'antiquilé.
On a reproché à saint François de Sales d'avoir manqué de critique dans l'emploi de ces comparaisons*, d'avoir été naïf el' crédule, d'avoir cru, sur la foi d'Aristote ou de Pline, à une nature extraordinaire et fantastique, et c'est ici, peut-être, qu'il convient surtout de faire mention de ce , reproche. On peut répondre, avec Dom Mackey, que c'est là une condescendance au goût de son lempSj qu'il cite les opinions communément reçues de son temps el ne les discute pas^. On peut aller plus loin et dire qu'il n'est pas dupe de ce merveilleux qu'il emprunte à la science d'Arislote ou de PHne. Cela paraît moins dans V Introduction à la vie décote, parce qu'il s'y est interdit les citations, dont les doctes, dit-il, n'ont pas besoin et dont les antres ne se soucient pas^. Il y en a bien cependant quelquesunes. Il nomme Arîstote. Il nomme Pline. Il écrit : « Les champignons, selon Pline, estans spongieux et poreux attirent aysement toute l'infection qui leur est autour^ ».
Il écrit : « on dit que la tygresse » el il commence une
comparaison. Mais, sauf un ou deux cas, en commençant ces comparaisons, il ne dit pas de qui il les tient, el cela lui donne l'air de les admettre sans discussion, sans même douter un peu de leur vérité. Dans le Traité de l'amour de Dieu, qui est un ouvrage plus savant, où il veut « rendre la louante» qu'ils méritent aux auteurs qui lui ont fourni les « grandes pièces dignes de quelque remarque ^ » ,
Cf
t. IT, p
r, p. Lx[
HUMANISME ET ÉCRrra FRANÇAIS
il est visil)le, i;à et là, qu'il doute, qu'il laisse à Pline la responsabilité de ce qu'il avance d'^pr^s lui. Il écrit : « Iniaginés-vous, Tlieotirne, ceux qui tiennent en leurs bouches l'herbe scitiquc ; car, à ce qu'on dit, ilz n'ont jamais ni faim ni soîf ' ». Ou encore : « S'il est vray que le caméléon vive de l'air... ^». Il a exprimé son doute pour bon nombre de ces comparaisons ; là où il ne l'a pas exprimé, on peut croire cependant qu'il l'a éprouvé. Préoccupé avant lout de « l'attention au service des ames^ », il n'a vu dans toutes ces histoires naturelles, souvent si extraordinaires, que Tutililé qu'on pouvait en tirer, sans se soucier de leur vérité, sans croire, la plupart du temps, à leur vérité.
Dans V/ntroduction à la vie déuote, nous trouvons une trentaine d'histoires ou de similitudes, empruntées à Aulu-Golle, à Arislole, mais surtout à Pline.
Il semble bien, à première vue, que François de Sales ait employé ces histoires comme un ag-rénient et un attrait, pour faire lire par les g'ens du monde un ouvrag;e où il met la dévotion à la portée des gens du monde. Il en est un peu de cet attrait comme de la brièveté des chapitres, dont il se sert, consciemment el volontairement, comme d'un moyen ; « ceux qui sçavenl que la fin d'un chapitre n'est guère esloignee du commencement, ilz entreprennent volontier de le lire... * ». Dans la préface de V Introduction à la vie dévole, il n'y a pas moins de cinq souvenirs de Pline et un souvenir d'Arislote, et ce n'est sans doute pas par hasard. On peut, on doit même y voir une habileté d'auteur, et François de Sales commence vraiment â être auteur avec ['Introduction à la vie dévote. Ce n'est pas non plus par liasard peut-être que la première et la der-
i del
■éface
nt 1res Ion,
more do ces comparaisons ( ment développéesj celle de la bouquetière t de la belle Campaspè. C'esl dans la partie de l'ouvrage la plus humaine, celle qui s'adresse au plus grand nombre de lecteurs, la troisième, « contenant plusieurs advJs contenant l'exercice des vertus», que se trouvent presque tous les souvenirs anciens, dix-huit sur un peu plus de trente qm contient V Introduction. François de Sales n'a-t-il psâ voulu attirer d'abord ses lecteurs à celte partie, et, pa| elle, faire agréer les quatre autres, plus spéciales, plus austères, se rapportant plus directement et plus étroitement à la vie dévote el mystique? Après la i)remîèr^ édition de « ce pauvre petit livre ' n, il promellail, dai une lettre, s'il retournait sous la presse, a de l'ageancer C accroistre de certaines pièces » qui devaient le rendre « plus utile au publiq ^». Dans une autre lettre, il déclare avoir ajouté à la première édition « beaucoup de petites choseltes^fl. En particulier, il a séparé de la deuxième partie tout ce qui touche aux vertus, pour en faire une troisième partie ; et à celte troisième partie, il a ajouté une quinzaine de chapitres^. Or, ces chapitres nouveaux contiennent, à eux seuls, plus du tiers des souvenirs anciens disséminés par tout le livre. Sauf exception, il n'y en a qu'un seul par chapitre, et presque tous sont mis en bonne place comme pour illustrer le chapitre tout entier. 11 y a un chapitre de cette troisième parlie où il n'a ajouté que quelques lignes, mais c'est pour comparer, d'après Pline, sainte Elisabeth de Hongrie, dont la dévotion croissait « emmi les pompes el vanités», aux rochers du a lac de Hietfe^», qui « croissent estant 1