XI. Et tout revient à la gloire du fils
XII. Exhortation à l'invocation et honneur de Nostre Dame. Que sont toutes ces parties ? Des haltes ou des stations ;
l'orateur s'y tient un instant, développe quelques idées qui se rattachent de plus ou moins près à l'objet de chaque partie. Et ces diverses considérations se suivent un peu au hasard. L'ordre n'est qu'apparent dans les mille sujets divers que traite ce sermon. Saint François de Sales ne semble pas se douter qu'une oeuvre littéraire exige de l'unité, de la suite et des proportions.
Et ce sermon n'est pas un accident malheureux dans son éloquence ; ceux que ses religieuses ont transcrits et conservés offrent le même caractère de diversité, et le lien qui rattache les idées y est toujours aussi extérieur, aussi accidentel, aussi ténu. Les notes rapides, seule préparation des discours qu'il n'avait pas le temps d'écrire, ont également un air décousu; elles auraient presque de l'incohérence s'il n'y avait quelque apparence de rapport entre elles et le sujet, mais ce serait un vain effort d'y chercher un plan, une idée directrice, une organisation. Ce ne sont pas des mailles engagées l'une dans l'autre pour former une chaîne continue. Imaginez des chaînons ou des anneaux enfilés comme les grains d'un collier ou d'un chapelet sur un lien qui sera l'éloge de sainte Geneviève ou l'éloge de saint Louis, ou les maladies spirituelles, et vous aurez une juste idée de cette rhétorique. Tel est l'exemple
qu'il donne et tels aussi sont ses conseils dans sa Lettre sur la prédication.
u II faut tenir méthode sur toutes choses, écrit-il. J'approuve, continue-t-il, que la méthode soit claire, manifeste et nullement cachée (1). « Voilà qui est bien ; mais s'il fallait définir ce mot de méthode, il serait sans doute embarrassé. Ce que j'en vois, c'est qu'elle consiste en deux ou trois procédés empiriques pour grouper autour d'une histoire ou d'une pensée plusieurs réflexions qui se suivront sans se tenir. Un de ces procédés, une de ces méthodes, c'est, par exemple, quand « on prêche une histoire » , de « considérer combien il y a de personnages en cette histoire, puis de chacun tirer quelque conclusion (2) ». Une autre méthode, c'est, après avoir proposé par une petite paraphrase l'histoire, d'en tirer trois ou quatre considérations : la première, qu'est-ce qu'il en faut apprendre pour édifier notre foi, la seconde pour accroître notre espérance, la troisième pour enflammer notre charité, la quatrième pour imiter et exécuter (3). S'agit-il, au contraire, d'une sentence, il suffit de découvrir « la vertu à laquelle elle vise » et de considérer «en quoi gît cette vertu, les vraies marques d'icelle, ses effets et le moyen de l'acquérir ou de l'exercer (4) » . La méthode se réduit à n'être qu'un ensemble de cadres et de divisions commodes, de rubriques bien ordonnées sous lesquelles peuvent se ranger les idées les plus diverses. Heureux encore quand cette apparence d'un ordre, même arbitraire, n'est pas suppléée par une simple allégorie; alors c'est la fantaisie pure qui est le chef de bande des idées. Dans un petit sermon, le mystère de l'Incarnation est représenté par les cierges qui brûlent : ces cierges ont une mèche,
(1) Lettre sur la prédicalion, — OEuvres complètes, t. II, p. 8.
(2) Id.
(3) Id., p. 19.
(4) Id.
de la cire, une flamme vive ; à propos de ces observations, l'orateur s'arrêta sur mille pensées diverses, c'est le sermon (i). Pour le panégyrique de saint Louis, c'est encore une comparaison avec des lis qui fournit les divisions et le plan, encore ai-je employé bien improprement le mot de plan, dans cette suite d'idées qui ne se suivent pas (2).
Ainsi, la première et la plus indispensable qualité d'une œuvre d'écrivain, l'unité du sujet, la liaison des idées, la proportion des développements, la beauté d'architecture du discours, manque à l'éloquence de saint François de Sales, est exclue de sa rhétorique et en exile avec elle tout l'art classique (3). De Vlnsiiiution chrétienne, le premier livre de philosophie écrit en français sur un plan méthodique, jusqu'à Du Perron, et Du Plessis et Du Vair, il y a évolution de la prose française vers les mérites de la composition. De Du Perron, qui applique ces mérites h l'éloquence de la chaire, jusqu'à Bossuet et Bourdaloue, il y a aussi une évolution dont l'histoire peut déterminer les moments avec quelque certitude, mais saint François de Sales est en dehors de cette évolution.
(i) OEuvres complètes, édition Berclie et Tralin, t. II, p. 674.
^2) Id.,i. II, p. 719.
(3) Et pourtant on avait déjà universellement compris la nécessité de ces lois, l'anigarole établit ce précepte qu'un sermon doit rouler sur une seule vérité, ne rien admettre qui ne s'y rapporte, et qu'il faut choisir cette vérité parmi celles qui peuvent remplir tout un discours et qu'un seul discours suffit à traiter. — DejoDj op. cit., j). 127. — Plus tard le Père Caussin, dans ses « Eloquentiœ sacra; et humanœ parailela « , indique bien à propos de la disposition du discours sacré les u métliodes » de saint François de Sales. Mais celle qu'il préfère, c'est celle qui met un ordre et un lien entre les idées et les fait toutes tenir dans une phrase qui sert de thème, « quasi fruges in semine » , dit-il, p. 637. • G et D.
Quel que soit l'ordre et la méthode choisie, l'exorde qu'il recommande doit contenir « simplicem rei expositionem et totius concionis divisionem » , et il en donne les raisons, p. 638. D et E.
Le Père Caussin n'est pas un modèle de goût et de bon style (voir Dejod, p. 131), et pourtant, à côté de la lettre de saint François de Sales sur la prédication, combien les livres XIV et XV de ses parallèles, qui sont consacrés à l'éloquence sacrée, paraissent plus près de la rhétorique d'un Bossuet, d'un Bourdaloue, d'un Fénelon !