CHAPITRE Vlll son Application a. l'étude
Entre autres dons naturels, saint François de Sales avaitreçu de Dieu l’attrait le plus prononcé pour l’étude.
1 Année de la Visitation, p. 194.
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Ou le vit dès l’enfance demander lui-même des leçons et des maîtres, et faire son plaisir de rassembler des livres pour les feuilleter, en attendant qu’il pût les étudier et les comprendre. Aussi l’âge du travail étant venu, il s’y livra avec une ardeur infatigable. « Jamais, dit son historien,
I ne quittait ses livres qu’il ne sût parfaitement ses leçons, et jamais ses leçons ne lui parurent trop longues *. »
Loin de négliger la moindre partie de la tâche qu’on lui imposait, il savait, grâce à sa facilité naturelle, se ménager encore le loisir nécessaire pour se livrer à diverses études de surérogation en rapport avec le saint état qu’il se proposait d’embrasser. C’est ainsi -qu’il apprit à Paris le grec et l’hébreu, et qu’à Padoue, tout en poursuivant le grade de docteur en droit, il consacra exactement quatre heures chaquejour à l’étude de saint Thomas.
II acquit par ce moyen une telle connaissance de la Somiÿe du saint docteur et de la théologie scolastique, qu’à son retour en Savoie, il était capable de présider des thèses publiques, et de résoudre pertinemment des difficultés qui divisaient les plus savants.
En même temps il s’initiait .à la théologie positive en prenant connaissance des plus beaux ouvrages des Pères. 11 aimait beaucoup saint Augustin, saint Jérôme, saint Bernard, saint Chrysostome, et surtout saint Cvprien. 11 faisait des recueils de leurs plus beaux passages, pour s’en servir plus tard dans ses discours et ses écrits. Il s’exerçait quelquefois à les imiter. De là date l’admiration et le respect religieux qu’il a toujours professés pour ces grands hommes, ses modèles et ses soutiens dans ses luttes contre l’hérésie : « Je ne saurais exprimer, disait-il à Bèze, combien je les estime*. »
Charles Aug. et Ann. de la Visit., p. 8. — - Charles Auguste.
SON APPLICATION A L’ÉTUDE
Si François de Sales avait étudié avec tant d’ardeur les sciences sacrées, avant d’être engagé dans les saints ordres, comment eût-il pu les négliger, lorsque, revêtu du sacerdoce et chargé du divin ministère, il se vit appelé à éclairer les âmes et à défendre hautement la religion? 11 se livra dès lors à cette étude d’une manière exclusive, et il y acquit une telle supériorité que nous voyons un docteur lui soumettre son cours de théologie, et que tout modeste et tout occupé qu’il soit, il fait à l’auteur de cet ouvrage des remarques dont il est impossible de ne pas admirer la justesse 1 !
Ce qu’il étudia avec le plus de soin, ce furent les difficultés des protestants et leurs objections contre les doctrines de l’Église. Lorsqu’il partit pour sa mission du Chablais, il n’emporta guère avec lui que la Bible et les controverses de Bellarmin. Mais il s’appliqua à les approfondir et à s’en pénétrer. Il ne dédaigna pas de recourir pour s’éclairer aux lumières des autres 2 , et en peu de temps il devint si versé et si habile dans ces matières, que non content de défier publiquement tous les ministres de l’hérésie, et de réfuter par écrit leurs principales erreurs, il alla les provoquer jusque dans Genève, et ne craignit pas de s’attaquer à Bèze lui-même, le plus subtil et le plus redoutable d’entre eux, à la conversion duquel le Souverain Pontife l’avait chargé expressément de travailler.
On connaît, du reste, le témoignage que Clément VII rendit à sa capacité, lorsque avant de le nommer à l’épiscopat, il voulut l’examiner en présence des cardinaux les plus illustres : « Jamais, dit-il, aucun de ceux que nous
Lett. cccxlviii. — 2 Voir Lctt. xxix. à Casinius, supplém.
SON APPLICATION A L’ÉTUDE
avons interrogés, ne nous a répondu d’une manière aussi complètement satisfaisante 1 * . »
Après un succès si flatteur, François de Sales eût pu se croire suffisamment instruit : il prit au contraire la résolution de ne passer aucun jour sans apprendre quelque chose d’utile à sa vocation; et il s’engagea à consacrer régulièrement deux heures de ses matinées à l’étude 5 . 11 est vrai qu’il n’eut pas toujours à cet égard toute la liberté qu’il se promettait, mais c’était une de ses privations les plus sensibles : « Je suis, écrivait-il à un de ses amis, dans un continuel tracas, que la variété des affaires de ce diocèse entretient incessamment, sans que j’aie un seul jour à donner à mes pauvres livres. Je les ai tant aimés autrefois; mais je n’ose plus les aimer maintenant, de crainte que le divorce que j’ai fait avec eux ne me devienne plus âpre et plus ennuyeux 5 . » Ce qui lui inspirait ces sentiments, ce n’était pas une aveugle curiosité, c’était la conviction où il était que pour répondre à sa vocation, un pasteur doit être aussi éclairé et savant que zélé et vertueux. Aussi ne laissait-il échapper aucune occasion de recommander l’étude à son clergé. « Je puis assurer avec vérité, disait-il un jour à scs piètres, que pour des ecclésiastiques, il n’y a pas grande différence entre l’ignorance et la malice; et même que l’ignorance est ce qu’ils ont le plus à craindre, puisque, en offensant Dieu, elle expose leur caractère au mépris de leurs ennemis. C’est pourquoi, mes très-chers frères, je vous conjure de vaquer sérieusement à l’étude. La science pour un prêtre, c’est le huitième sacrement de la hiérarchie de l’Église... Nos plus grands malheurs
1 DomJean de Saint-François. — 4 Rt'glem. épiscop. — 5 Lett.