CHAPITRE PREMIER
En se consacrant à Dieu dans 1 état ecclésiastique, saint François de Sales ne se proposa d’autre récompense que Plionneur de servir le souverain Maître, et le mérite de rapporter à sa gloire la vie qu’il en avait reçue. 11 ne tint aucun compte des dignités que sa naissance et ses qualités semblaient lui promettre. S’il accepta de bonne heure et sans résistance la prévôté du chapitre d’Annecy, c’est qu’elle lui avait été conférée à son insu et qu’il croyait y trouver un moyen de vaincre les derniers obstacles qu’on opposait à sa vocation. Mais il était si loin d’y voir un titre qui l’élevât au-dessus des ecclésiastiques ordinaires, que lorsque l’évêque de Genève chercha dans son clergé les ouvriers nécessaires à la conversion du Chablais, il fut le seul à s’offrir pour cette difficile et laborieuse entreprise.
Il parait qu’il avait reçu dès sa jeunesse quelques lumières sur l'avenir qui lui était réservé ; mais soit que les prédictions qui lui avaient été faites n’eussent pas à ses yeux une entière certitude, soit plutôt qu’il ne crût pas devoir s’écarter des voies ordinaires de la Providence, il est certain que, loin d’employer aucun moyen pour s’attirer les distinctions et les honneurs, il fit tout ce qu’il put pour éloigner de lui celles qui se présentaient. « Mon élévation, pouvait-il dire, n’est pas mon ouvrage; c’est celui de la Providence. J’ai posé et reposé toutes mes sollicitudes entre les mains de Dieu. . Cette pensée me rend le fardeau plus léger. Elle nf oblige aussi à rendre à Dieu et au prochain amour pour amour, et zèle pour zèle 1 . »
Pendant plus d’un an, en effet, il refusa constamment la dignité épiscopale, malgré toutes les instances du prélat, qui voulait l’avoir pour coadjuteur, et s’il consentit enfin à accepter cette charge, ce ne fut que par la crainte de résister à la volonté divine. Voici comment Charles- Auguste de Sales rapporte la dernière démarche qui fut faite auprès de lui et qui obtint son consentement:
« L’évêque de Genève ayant appelé son aumônier et l’ayant instruit de toutes ses intentions, l’envoya au château de Sales pour savoir la dernière et absolue volonté du prévôt. Le lendemain donc, après qu’il fut arrivé, l’aumônier conduisit François de bon matin sous la galerie, comme pour réciter l’office ensemble, et là il lui parla ainsi : t II faut que vous sachiez, monsieur, que monseigneur le Révérendissime m’a envoyé exprès pour vous faire savoir ce qu’il veut de vous, et que je suis chargé de lui rapporter votre décision. 11 y a plus d’un an qu’il
Année de la Visitation, p. 85.