‹ Saint François de Sales, modèle et guide du prêtre et du pasteurChapitre 16 sur 82 · PURETÉ DE SES YUES · texte numérisé non relu

PURETÉ DE SES YUES

vous a choisi pour son coadjuteur et son successeur; il vous en a parlé souvent et fait parler par plusieurs personnes de qualité, et vous n’avez jamais voulu y consentir: ce refus le peine et l’afflige grandement. Monsieur, c’est à vous d’y prendre garde. Voyez ce que vous voulez que je lui rapporte. — Je vous prie, répondit le serviteur de Dieu, de dire à Monseigneur que je le remercie trèshumblement de sa bonne volonté pour moi; et de faire en sorte qu’il porte ses vues sur quelque autre. Je ne sens aucun attrait pour ce qu’il me propose. Si j’étais son coadjuteur, il me faudrait de nécessité distraire une partie de ses revenus, que je sais nôtre pas déjà suffisants pour l’entretien de sa maison. Or il me fâcherait fort de le voir souffrir... Je ne suis point né pour commander ; il me suffit d’avoir charge sur quelques paroisses. J’écrirai, j’irai, je viendrai, je ferai tout ce qu’il plaira à monseigneur; mais quant à l’épiscopat il ne faut pas y penser. — Permeltez-moi de vous dire, repartit l’aumônier, que lorsque monseigneur vous a choisi pour son coadjuteur et successeur, il ne s’est pas déterminé légèrement, mais après avoir assemblé ses meilleurs amis et les plus sages de son clergé et de la noblesse. Il n’y a personne qui ne vous désire, et partant votre élection est canonique. Les anciens Pères n’ont pas été élus autrement au Pontificat. Je pourrais ajouter que Son Altesse le désire très-ardemment et que le cardinal de Florence prend sur lui la conclusion de cette affaire auprès de Sa Sainteté. Qui ne voit qu’un tel dessein est conforme à la volonté de Dieu? » Là-dessus François demeura quelque temps pensif, en se promenant les bras croisés; puis, rompant le silence:

« Allons à Thorens, dit-il; là nous célébrerons la messe du Saint-Esprit; vous direz la première et je vous servirai; je dirai la seconde et vous me servirez pareillement; nous

DANS SES DIVERS EMPLOIS

invoquerons la grâce de Dieu et nous ferons ensuite ce que le Ciel nous inspirera. » Ils s’en allèrent donc ensemble à Thorens et célébrèrent comme ils avaient résolu. François, ayant dit sa messe, se retira au chœur, et, fléchissant les genoux, les yeux collés à l’autel, demeura quelque temps comme ravi en extase pendant que l’aumônier, faisant l’action de grâces accoutumée, considérait son visage qui lui semblait être tout radieux. Le prévôt se leva enfin tout enflammé. « Eh bien, monsieur, lui dit en sortant l’envoyé de l’évêque, qu’avéz-vous appris au saint sacrifice? — Vous direz à Monseigneur, répondit François, que je n’af jamais désiré d’être évêque» pour les raisons que je lui ai déjà exposées. Mais puisqu’il le veut et qu’il le commande, comme vous le dites, je suis prêt à obéir et à servir Dieu en toutes choses. Si je fais quelque bien il en aura tout le mérite. »

Ainsi résigné aux ordres de la Providence, mais toujours défiant de ses propres forces, et inquiet sur la manière dont il répondrait à ses obligations, il resta dans la disposition de voir avec plaisir reporter cette charge sur un autre sujet plus digne et plus capable. Telle fut la première inspiration de son cœur, lorsque, avant de recevoir ses bulles, il fut appelé à subir un examen public devant le Pape et les cardinaux : il supplia en ce moment la Très-Sainte Vierge d’obtenir de son Fils, que s’il devait faire un mauvais évêque, il fût couvert de confusion et demeurât muet l .

Le temps n’altéra pas ces généreux sentiments. « Il s'étonnait souvent (telle était son humilité), que Dieu eût permis son élévation à la dignité épiscopale. Il frissonnait quand il faisait réflexion sur le fardeau qui lui avait été

1 Ann. de la VisiL, p. 7i.

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