‹ Saint François de Sales, modèle et guide du prêtre et du pasteurChapitre 17 sur 82 · PURETÉ DE SES VUES · texte numérisé non relu

PURETÉ DE SES VUES

imposé. Et comme il avait du prochain la plus grande estime, il s’étonnait de sè voir supérieur de tant de personnes qu’il croyait plus capables et plus dignes que lui 4 .»

Mais jamais il ne fit mieux paraître la pureté de ses vues et son détachement des grandeurs, que dans les diverses circonstances où il fut question de le tirer de son évêché, et de l’élever à un poste plus éclatant. Henri IV le sollicita jusqu’à cinq fois de rester en France, et il lui fit faire, pour avoir son agrément, les plus magnifiques promesses. Mais le saint prélat se montra supérieur à toutes les offres, et refusa toujours d’entrer dans ces desseins.

Un de ses amis lui ayant écrit que son consentement serait suivi infailliblement d’une promotion au cardinalat : « Admirez, dit-il à son frère, les pensées humaines de nos amis : grâce à Dieu, elles ne me tentent point. Je suis où Dieu me veut, puisque sa main m’a placé ici. 11 est vrai que je ne suis pas dans une grande ville, mais n’est-ce pas encore beaucoup pour moi qui ne suis rien? Si j’étais bon ouvrier, j’aurais assez à faire, puisque je puis tous les jours attaquer les ennemis de l’Église, étant ici sur les frontières de leur Babylone *. »

Un autre de ses amis, conseiller du roi, s’étant permis quelque sollicitation en sa faveur, le saint évêque lui écrivit : « Je vous remercie de vos projets bienveillants à mon égard. Je ne mériterai jamais cette faveur, si mes désirs de faire le bien ne me tiennent lieu de mérite. Mais Dieu qui, par sa grâce, a été jusqu’à présent avec moi dans cette carrière ecclésiastique par laquelle je chemine, m’a donné du pain à manger et de l’eau à boire,

1 Esprit, p. VIII, ch. v. — 2 Ann. de la Visit., p. 214.

DANS SES DIVERS EMPLOIS

avec des habits pour me vêtir. C’est bien assez pour m’obliger à lui dresser des autels à Gex, en France, et partout où il lui plaira employer ma misère pour la gloire de sa miséricorde. Je vous parle ainsi, Monsieur, dans la con : fiance de l’amitié, non pour faire le refuseur, mais pour vous dire que je ne serai jamais prétendeur. Cui quod satisest non est salis, illi nihil salis est l * . »

Lorsque le saint, prélat revint à Paris en 1619, pour accompagner les princes de Savoie, le cardinal de Retz, archevêque de cette ville, le pressa de nouveau, avec des instances de plus en plus vives, d’accepter son siège et le titre de coadjuteur ; mais il s’en défendit avec la même constance : « Je dis à M. le cardinal, écrit-il à sainte Chantal, que si je quittais ma femme, ce serait pour n'en avoir plus. Je vais doucement, et supporte, non sans peine, les charges de la mienne, avec laquelle je suis envieilli; mais avec une toute nouvelle à moi, que ferais-je? La seule gloire de Dieu, manifestée par mon supérieur le Pape, me peut résoudre à cette démarche. En somme, je ne ferai rien pour ce parti-là, que je ne sois grandement assuré que Dieu le veut *. »

Parlant le lendemain au président Fabre des propositions qui lui avaient été faites : « Que mon âme, dit-il, me fit grand plaisir hier! Non-seulement elle ne les regarda pas, mais elle les méprisa, et n’en fit pas plus d’état que si j’eusse été à l’heure de la mort, où le monde entier ne semble que fumée 5 . »

En 1605, le bruit se répandit que Léon XI se proposait de l’élever prochainement au cardinalat, et des lettres de Rome l’en informèrent d’une manière certaine. 11 fut le

1 Lett. à M. Mazuyer.De Cambis; Vie, par M. Hamon, t. II, p. 124.

— 4 Lett. cccci.ï. — 5 Charl. Aug.

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