‹ Saint François de Sales, modèle et guide du prêtre et du pasteurChapitre 34 sur 82 · SES AVIS SUR LE MINISTÈRE DU SAINT TRIBUNAL · texte numérisé non relu

SES AVIS SUR LE MINISTÈRE DU SAINT TRIBUNAL

Saint François de Sales pensait que de la bonne administration du sacrement de pénitence dépendent en grande partie le maintien de la grâce et le progrès de la piété dans les âmes. Aussi, non content de se livrer à ce ministère, il s’appliqua, durant tout le cours de son épiscopat, à exciter et à diriger le zèle de ses prêtres dans ce sublime et redoutable emploi.

« Sitôt que j’eus reçu la consécration épiscopale, dit-il dans la préface de son Traité de VAmotir de Dieu , on me fit connaître la nécessité qu’il y avait d’avertir les confesseurs de quelques points d’importance; et pour cela j’éçrivis vingt-cinq avertissements que je fis imprimer pour les faire courir plus aisément parmi ceux à qui je les adressais. Depuis, ils ont été réimprimés en divers fieux. » Nous en rapporterons ici le commencement et les pas-

sages les plus remarquables. Ces extraits ne serviront pas moins à faire admirer la sagesse du pieux pasteur qu’à nous éclairer sur les principes qui le dirigeaient dans ces difficiles fonctions.

Rappelant d’abord à ses prêtres la grandeur de leur ministère : « Mes très-chers frères, leur dit-il, l’office que vous remplissez est excellent et sublime, car vous êtes établis de la part de Dieu pour juger les âmes avec une autorité si grande, .que les sentences que vous prononcez sur la terre sont ratifiées au ciel. Vos bouches sont des canaux par lesquels la paix coule du ciel en terre sur les hommes de bonne volonté ; vos voix sont les trompettes du grand Jésus, lesquelles renversent les murailles de l’iniquité qui est la mystique Jéricho.

« C’est un honneur extrême aux hommes d’être élevés à cette dignité. Les anges mêmes n’y sont point appelés; car auquel des ordres angéliques fut-il jamais dit : Recevez le Saint-Esprit . Ceux auxquels vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ? Cela néanmoins fut dit aux Apôtres," et en leur personne à tous ceux qui par succession légitime sont revêtus de la même autorité. Étant donc employés pour cet admirable office, vous y devez nuit et jour appliquer votre soin, et moi une grande partie de mon attention. »

Il leur expose ensuite les diverses qualités que ce ministère demande d’eux, et les principales obligations qui leur sont imposées.

« 1° Ayez une grande netteté et* pureté de conscience, puisque vous prétendez purifier et nettoyer celle des autres, de peur que l’on ne tourne contre vous l'ancien proverbe : Médecin , guéris-toi toi-même; et le dire de l’Apôtre : En jugeant autrui, tu te condamnes îov-méme .

« 2* Ayez un ardent désir du salut des âmes* et particu-

iièrement de celles qui se présentent à la pénitence, priant Dieu de vous faire coopérer à leur conversion et avancement spirituel.

« 3° Souvenez-vous que les pauvres pénitents, au commencement de leurs confessions, vous nomment leur père; et tâchez d’avoir toujours un cœur paternel en leur endroit, les recevant avec un extrême amour, supportant patiemment leur rusticité, ignorance, imbécillité, tardiveté et autres imperfections; ne vous lassant jamais de les aider et secourir, tandis qu’il y a quelque apparence d’amendement en eux. Suivant le dire de saint Bernard, ce quifaitla charge du pasteur, ce ne sontpasles âmes fortes, car celles-là vont assez d’elles-mêmes, mais les âmes faibles et débiles. Songez que quoique l’enfant prodigue revînt tout nu, crasseux et puant, d’entre les pourceaux, son bon père néanmoins l’embrasse, le baise amoureusement et pleure sur lui, parce qu’il était son père, et que le cœur des pères est tendre sur celui des enfants.

« 4° Enfin ayez la prudence du médecin, puisque les péchés sont des maladies et blessures spirituelles; et considérez attentivement les dispositions de votre pénitent, pour le traiter d'après cette vue. »

Faisant ici l’énumération des diverses sortes d’âmes qui peuvent se présenter au saint tribunal, il indique la conduite à tenir avec chacune d’elles.

« Si, par exemple, vous voyez votre pénitent, travaillé de (honte, hésiter à s’accuser, donnez-lui assurance et confiance que vous n’êtes pas un ange non plus que lui ; que vous ne trouvez pas étrange que des hommes pèchent; que la confession et la pénitence rendent l’homme infiniment plus honorable que le péché ne l’avait rendu blâmable; que Dieu et les confesseurs ne mesurent pas leur estime sur ce qu’on a été par le passé, mais sur ce

qu’on est dans le présent ; que dans la confession les péchés sont ensevelis devant Dieu et devant le confesseur, en sorte que jamais ils ne soient remémorés.

« Si vous le voyez éhonté et sans appréhension, faites-lui bien entendre que c’est devant Dieu qu’il vient se prosterner ; qu’il s’agit, en celte action, de son salut éternel ; qu’à l’heure de la mort il ne rendra compte d’aucune chose si rigoureusement que des confessions qu’il aura faites; qu’en l’absolution on applique aux âmes le prix et le mérite de la mort et passion de Notre-Seigneur.

« Si vous le voyez craintif, abattu, et en quelque défiance d’obtenir le pardon de ses péchés,, relevez son coürage en lui montrant le plaisir que Dieu prend à la pénitence des grands pécheurs; dites-lui que plus notre misère est grande, plus la miséricorde de Dieu est glorifiée ; que Notre-Seigneur pria Dieu son Père pour ceux qui le crucifiaient, afin de nous apprendre que* quand nous l’aurions crucifié de nos propres mains, il nous pardonnerait très-généreusement; quç Dieu fait tant d’estiine de la pénitence, que la moindre pénitence du monde, pourvu qu’elle soit vraie, lui fait oublier toutes sortes de péchés, de façon que, si les damnés et les diables même la pouvaient avoir, tous leurs péchés leur seraient remis; que les plus grands saints ont été de grands pécheurs, témoin saint Pierre, saint Matthieu, sainte Madeleine, David, etc. ; enfin, que le plus grand tort que nous puis-' sions faire à la bonté de Dieu, et à la mort et passion de Jésus-Christ, c’est de n’avoir pas confiance d’obtenir le pardon de nos iniquités ; et que, par article de foi, nous sommes obligés de croire la rémission des péchés, afin que nous ne doutions point de la recevoir, lorsque nous recourons au sacrement que Notre-Seigneur a institué pour cet effet.

a Si vous le voyez en perplexité pour ne savoir pas bien djre ses péchés, ou pour n’avoir pas su examiner sa conscience, promettez-lui votre assistante, l’assurant que, moyennant l’aide de Dieu, vous ne laisserez pas pour cela de lui faire faire une bonne et sainte confession.

c Surtout soyez charitable et discret envers tous les pénitents, spécialement envers ceux qui ont à se confesser dépêchés honteux.

« S’ils s’accusent d’ eux-mèmes, quelles que soient les paroles qu’ils emploient, ne faites nullement le délicat, ni aucun semblant de les trouver étranges, jusqu’à ce que la confession soit achevée; et lors, doucement et aimablement vous leur enseignez une façon plus convenable de s’exprimer sur ce sujet.

« Si, en cette sorte de péchés, ils embrouillent leur accusation d’excuses, de prétextes et d’histoires, ayez patience et ne les troublez nullement; quand ils auront tout dit, vous commencerez à les interroger, pour leur faire faire plus parfaitement et distinctement la déclaration de leurs fautes, leur montrant amiablement et faisant connaître les superfluités, impertinences et imperfections qu’ils avaient commises en s’excusant, et en palliant leur accusation, sans toutefois les tancer ou gourmander en aucune façon.

« Si vous voyez qu’ils aient de la difficulté à s’accuser euxmèmes de ces péchés honteux, vous commencerez à les interroger des choses les plus légères, comme d’avoir pris plaisir d’ouïr parler de choses malhonnêtes, d’en avoir eu des pensées; et ainsi petit à petit descendant de l’un à l’autre, à savoir de l’ouïe aux pensées, des pensées aux désirs, aux volontés, aux actions, à mesure qu’ils se découvriront, vous irez les encourageant à toujours passer plus avant, leur disant telles ou semblables paroles;

AVIS AUX COüffiSSEUKS.

« Que vous êtes heureux de vous bien confesser! Croyez que Dieu vous a fait une grande grâce. Je connais que le Saint-Esprit vous touche au cœur pour vous faire faire une bonne confession... Ayez bon courage; dites hardiment vos péchés, et ne vous mettez nullement en peine. Vous aurez tantôt un grand contentement de vous être bien confessé, et ne voudriez pour chose au monde n’avoir pas déchargé entièrement votre conscience. Ce vous sera une grande consolation à l’heure de la mort d’avoir fait cette humble confession. Dieu bénisse votre cœur, qui est si bien disposé à se bien accuser ! » Et ainsi vous presserez tout bellement et doucement leurs belles âmes à faire une bonne et parfaite confession.

« Quand d’aventure vous rencontrerez des personnes qui, pour d’énormes péchés et abominations, sont excessivement épouvantées et travaillées en leur conscience, vous tâcherez de les relever et consoler par tous les moyens, les assurant de la grande miséricorde de Dieu, qui est infiniment plus grande pour pardonner que tous les péchés du monde pour damner, et vous leur promettrez de les assister autant qu’il en sera besoin pour le salut de leur âme. »

Ayant ainsi tracé les règles à suivre dans l’interrogation des pénitents, le pieux évêque n'omet point de rappeler aux confesseurs la modestie et la gravité que leur imposent les règles de l’Église et la sainteté de leurs fonctions.

« S’il y a, dit-il, un sacrement dans radministration duquel il faille se montrer plein de gravité et de majesté, c’est celui de pénitence, puisque en icelui nous sommes juges députés de la part de Dieu. Vous y serez donc eu robe et surplis, l’étole au cou, et le bonnet en tête, assis en un Keu apparent de l’église, avec une face aimable et

grave, laquelle vous ne devez Jamais changer par aucuns gestes ou signes extérieurs qui puissent témoigner de l'ennui ni du chagrin, de peur de donner occasion à ceux qui vous verraient, de soupçonner que le pénitent vous dit quelque chose d'extraordinaire et de fâcheux.

« Vous ferez en sorte, ajoute-t-il, que le pénitent tourne son visage à côté du vôtre, en sorte qu’il ne vous voie ni ne vous parle droit à l’oreille, mais à côté d’icelle. »

Il finit par indiquer les pénitences et les conseils les plus utiles à donner dans les circonstances ordi« naires.

« On doit, dit-il, imposer la pénitence avec des paroles douces et consolantes, surtout quand on voit le pécheur bien repentant. Il faut toujours demander au pénitent s il ne fera pas volontiers celle qu’ou lui propose, et en cas qu'on le voie en peine, il vaudrait mieux lui en donner une autre plus aisée; car pour l’ordinaire il vaut bien mieux traiter les pénitents avec amour et bénignité, sans toutefois les flatter dans leurs péchés, que les traiter âprement. Et néanmoins il ne faut pas oublier de faire connaître à celui qu’on épargne que, selon la gravité do ses péchés, il mériterait une plus forte pénitence, afin qu’il fasse ce qu'on lui enjoint plus humblement et plus dévotement.

« Les pénitences ne doivent pas être embrouillées et mélangées de diverses sortes de prières et oraisons, ni en variété d’actions; car il résulte deux inconvénients : l’un que le pénitent s'en oublie et demeure en scrupule, l'autre qu'il pense plus à ce qu’il doit dire ou faire qu’à ce qu’il dit ou fait; et pendant qu’il va cherchant en sa mémoire ce qu’il doit faire, ou dans ses Heures ce qu’il doit dire, sa dévotion se refroidit. 11 est donc mieux d’enjoindre des prières tout d’une même sorte, ou des psaumes

qui soient de suite, et qu’il ne faille pas chercher çà et IA les uns après les autres.

« Et même il serait bon de donner en pénitence quelques-unes de ces choses qui ne servent pas seulement de punition pour les péchés passés, mais encore de préservatifs contre les futurs, comme de faire telle ou telle lecture convenable au pénitent, de se confesser tous les mois un an durant , de se mettre d’une confrérie, etc.

« A l’égard des conseils que doit donner le confesseur, voici ceux qui sont en général les plus utiles :

« Se confesser et communier très-souvent, et choisir un bon confesseur ordinaire.

« Fréquenter les sermons et prédications.

«Avoir et lire de bons livres de dévotion, ceux de Grenade, entre autres.

« Fuir les mauvaises compagnies et rechercher les bonnes.

« Prier Dieu bien souvent.

« Faire l'examen de conscience le soir.

« Penser à la mort, au jugement, au paradis, à l’enfer.

« Avoir et baiser souvent de saintes images, comme le crucifix et autres.

« Voilà, mes très- chers frères, ajoute l'humble prélat en finissant, les règles que j’ai crues les plus dignes de vous être proposées. Distrait par plusieurs autres occupations, je n'ai pas eu le loisir de les mieux agencer, ni de mettre le reste en écrit *. »

1 Opuscule sous ce titre : Avis aux confesseurs.

SA CONDUITE AU SAINT TRIBUNAL

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