‹ Saint François de Sales, modèle et guide du prêtre et du pasteurChapitre 36 sur 82 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DES QUALITÉS ET DU ZÈLE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES FOUR LA DIRECTION DES AMES.

Si les prêtres sont tenus de travailler à la conversion des pécheurs, ils ne le sont pas moins d’enseigner aux justes la pratique de la vertu, et de diriger dans les voies de la perfection ceux que Dieu appelle à y marcher. Saint François de Sales fut également admirable dans l'accomplissement de l'un et de l'autre de ces devoirs.

Dieu lui-même le désigna à sainte Chantal comme un directeur accompli. « Je désirais un directeur, dit-elle dans une lettre à ses filles de la Visitation, et je demandais ce que je ne savais pas ; car encore que j'eusse été élevée pas des personnes vertueuses, et que mes conversations n’eussent rien que d’honnête, néanmoins je n’avais jamais oui parler de directeur, de maître spirituel, ni de rien qui en approchât ; mais Dieu me mit ce désir si avant dans le cœur, et l’inspiration de lui demander ce directeur était si forte, que je faisais cette demande avec une ardeur non pareille. Je parlais à Dieu comme si je l'eusse vu de mes yeux; je lui représentais ses promesses; et je sentais bien que c’était Dieu lui-même qui m’inspirait ma prière. Je m’allais promener â l’écart; et comme transportée je disais tout haut à Notre-Seigneur : Mon Dieu, je vous conjure par la vérité et fidélité de vos promesses de me donner un homme, pour me guider spirituellement, qui soit véritablement saint, et votre serviteur, et qui m’enseigne ce que vous désirez de moi. »

Or, tandis quelle sentait le plus vivement ce désir en 3on âme, et qu'elle redoublait ses prières, « elle aperçut tout d'un coup, non loin d'elle, dit la mère de Chaugy d'après la sainte elle-même, un homme de la vraie taille et ressemblance de notre bienheureux père François de Sales, vêtu d'une soutane noire et du rochet, tel enfin qu'il était, lorsque, plus tard, elle le vit pour la première fois à Dijon. Celte vue répandit dans son âme une grande consolation, avec l’assurance que Dieu l'avait exaucée. Et tandis quelle regardait le prélat, et qu'elle le contemplait avec admiration, elle ouït une voix qui lui dit : Voilà le guide bienaimé de Dieu et des hommes, entre les mains duquel tu dois reposer ta conscience. Puis la vision dis* parut aux yeux du corps *. »

La rencontre que sainte Chantal fit bientôt de ce saint directeur, et l’impression qu'il produisit sur son âme, confirmèrent pleinement l’idée que le ciel lui en avait donnée. « Je voyais Dieu, disaitrelle, habiter en ce saint pasteur avec une telle plénitude, que je ne le regardais jamais, que je sache, sans quelque sentiment de la divine présence; et j'eusse tenu à félicité d’abandonner toutes les choses de ce monde, pour remplir en sa maison les moindres offices, afin de rassasier mon âme des paroles de vie qu'il proférait à^oute heure... Il me senn Liait être dans un ravissement, tant il était recueilli. Je l'écoutais comme si une voix du ciel m'eût parlé*. Quand je recevais de ses lettres, je les ouvrais et les lisais à genoux, par respect et dévotion, et je recevais tout ce qu’il disait comme venant de l'Esprit de Dieu. »

« Je crois qu'il est impossible, dit-elle ailleurs, de voir

1 Mémoires sur la vie de sainte Chantal. — * Vie de sainte Chantal, par la mère de Chaugy, p. 53, 45.

un homme plus circonspect ni plus mesuré dans toutes ses paroles et actions. Il faisait toutes choses sagement, posément, et rien à la légère.

« J’ai remarqué qu’il avait grand soin de ne pas contrarier l’esprit de Dieu dans sa conduite sur les âmes ; il s’attachait à suivre en tout l’attrait de cet esprit, les conduisant suivant la direction de Dieu, et les laissant agir selon les inspirations divines, sans y substituer ses instructions particulières.

« Il était tout à fait admirable et incomparable à faire marcher les esprits selon leur portée, sans jamais les trop presser ; au contraire, il inspirait une certaine liberté qui affranchissait de tout scrupule, et qui élevait à un amour si doux envers Dieu, que toutes les difficultés qu’on imaginait dans la vie dévote s’évanouissaient 1 . »

« Sa méthode était, dit M. Camus, d’aller doucement en besogne, pratiquant cette maxime qu’il estimait beaucoup, de'se hâter tout bellement. 11 voulait qu’en toutes choses on fit peu et bien. Son grand mot était : Pedeten tint. H désirait que l’on gagnât terre pied à pied, répétant assez souvent celte parole du Sage : « La route du juste « est semblable à l’aurore qui s’accroît et s’avance peu à « peu jusqu'à ce qu’elle ait amené le jour parfait. » « Le « vrai progrès, disait-il, se fait du moins au plus. Dieu « même, qui n’a que faire du temps pour conduire les « choses à la perfection, emploie néanmoins, pour arriver « à la fin qu’il se propose, des dispositions si suaves « qu’elles sont presque imperceptibles*. »

« Je ne suis point un homme extrême, dit-il quelque part, et je me laisse aller volontiers â mitiger, quand cela peut sc faire absolument. »

1 Déposition. — 4 Esprit, p. X, eli. ni.

142 SES QUALITÉS COMttE DIRECTEUR.

Ainsi il possédait à un degré émiiie/it toutes les qualités de l'homme sage et prudent; mais ce qui était le caractère principal de sa direction, comme le signe de sa sainteté, c’est qu’il puisait en Dieu toutes ses lumières, et qu’il invoquait toujours l’Esprit-Saint en son âme avant de se faire l’organe de ses volontés.

« J’ai prié, dit-il dans une lettre à des religieuses qu’il voulait amener à un sacrifice difficile; je pourrais dire plus et je ne dirais que la vérité; mais ceci suffira : j’ai arrosé ma bouche du sang de Jésus-Christ, afin de pouvoir vous envoyer des paroles convenables et persuasives. Dieu les veuille conduire et adresser à vos esprits pour y servir à sa gloire M »

« Je m’en vais, écrivait-il à sainte Chantal, parler de nos affaires à Notre-Seigneur en son autel : après cela, je vous dirai toute ma pensée *. »

Et comme cette sainte le pressait de la fixer sur le désir qu’elle éprouvait de quitter le monde et de se consacrer à Dieu dans un ordre religieux :

« O doux Jésus ! que vous dirai-je, ma fille? Sa divine sagesse sait que j’ai souvent pensé à ce déssein, et que j’ai imploré pour cela sa grâce, au saint sacrifice et ailleurs; et non-seulement cela, mais j’y ai employé la dévotion et les prières d’autres meilleurs que moi. Mais parce que ce point est de grande importance, donnez-moi encore du loisir et du temps. Ce sera l’année prochaine 5 . »

Et six mois encore après : « Mon Dieu ! que vous faites bien de mettre votre désir de quitter le monde entre les mains de la Providence céleste, afin qu’il n’occupe point votre âme inutilement. J’y penserai bien fort, et offrirai plusieurs messes pour obtenir la clarté du Saint-Esprit,

1 Lett. xl. — * Lett. suppléin. cvi. — s Lelt. xcvhi.

RAPPORTS DE DIRECTION

afin de prendre une bonne décision ; car, voyez-vous, ma ehère fille, c/est un maître coup que celui-là, et il doit être pesé au poids du sanctuaire. Prions Dieu; supplions sa volonté qu’elle se fasse connaître; disposons la nôtre à ne rien vouloir que par la sienne et pour la sienne; et demeurons en paix, sans empressement ni agitation de cœur 1 .»

C’est là un exemple entre mille autres de la maturité, de la pureté de vue et de l’esprit religieux avec lesquels ce saint pasteur remplissait tous les devoirs qui lui étaient imposés par sa qualité de directeur des âmes.

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