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CHAPITRE VII

MOYENS QU'lL EMPLOYAIT POUR EXCITER ET SOUTENIR LA FERVEUR.

L’œuvre de la perfection, étant difficile et laborieuse, demande un courage fervent et soutenu. Pour exciter et entretenir cette ardeur dans les âme^qu’il dirigeait, saint François de Sales employait tous les moyens qui étaient à sa disposition, et ne négligeait aucune des ressources que la religion lui offrait.

Il employait d’abord les exhortations. Bien que son langage soit d’ordiuaire si calme et si doux, avec quelle force il presse, excite, encourage les âmes généreuses !

.« Je vous vois, ce me semble, écrit-il à sainte Chantal, un cœur vigoureux, qui aime et qui veut puissamment. J’en sais bon gré à votre âme; car ces cœurs à demi morts, à quoi sont-ils bons l ? »

« Je vous souhaite un courage grand, et non chatouilleux ; un courage lequel tandis qu’il se peut dire bien résolument : Vive Jésus sans réserve ! ne se soucie ni du doux ni de l’amer, ni de la lumière ni des ténèbres*. »

« Croyez-moi comme vous-même, ma très-chère mère, Dieu veut de nous je ne sais quoi de grand 5 . »

« Souvenez-vous de ce que j’ai accoutumé de dire: Nous ne ferons jamais bien un carême, pendant que nous penserons en faire deux. Faisons donc celui-ci comme lé dernier 4 . »

« Ce n’esl jamais fini : il faut toujours recommencer et

1 Lett. dccxlv. — * Lelt. cxr. — s Lelt. cclxxvui. — 4 Lett. lxxxiv.

COMMENT IL ANIMAIT A LA FERVEUR

recommencer de bon cœur. Ce que nous avons fait jusqu’à présent est bon, mais ce que nous allons commencer sera meilleur ; et quand nous l’aurons achevé, nous recommencerons une autre chose qui sera encore meilleure, et puis une autre, jusqu’à ce que nous sortions de ce monde pour commencer une autre vie, qui n’aura point de fin parce que rien de mieux ne nous pourra arriver. »

Il avait ensuite de fortes et saintes maximes, dont il tâchait de pénétrer les âmes, comme d’autant d’aiguillons propres à les faire avancer dans la perfection avec une ar* deur toujours croissante.

« S'abstenir du mal, disait-il, est autre chose que faire le bien : c’est comme le plan sur lequel il reste à bâtir l’édifice 1 * . »

« En matière de perfection, il faut peu de science et beaucoup de pratique*, i

« 11 fauft beaucoup souffrir pour Dieu avant de jouir de Dieu *. »

<i A cœur vaillant rien d’impossible 4 . *

« Faire beaucoup, croire qu’on ne fait rien qui vaille, s encourager pourtant et toujours recommencer, c’est la marque d’un vrai esprit de Dieu. »

ir Tâchons de faire de bons et fervents actes; car un de ceux-là vaut mieux que dix des autres. »

« L’humilité et la charité sont les mères aux vertus : celles-ci les suivent comme les poussins suivent leurs mères-poules 8 »

t Qui bien désire la dilectjon bien la cherche ; qui bien la cherche bien la trouve; qui bien la trouve, il a trouvé la source de vie, où il puisqra la paix du Seigneur. »

1 Esprit, p. II, ch. v. — * Ehtret. ix. — 5 Enlfet. ut.

4 Lett. DcccLxix. — * Leit. cvi, supplém.

1 n COMMENT 11 ANIMAIT A LA PfiRVEüft.

Pour vivre constamment en dévotion, il n’est besoin selon lui que de se bien pénétrer de quelques-unes de ces fortes et excellentes maximes. Aussi eut-il voulu avoir le talent de la poésie, pour les mettre en vers et les graver plus profondément dans les esprits. « C’est merveille, ditil, combien les discours resserrés dans les lois des vers ont de pouvoir pour pénétrer les cœurs et se graver dans la mémoire. Plût à Dieu que tant de poètes chrétiens qui ont en notre âge si dignement signalé la beauté de leur génie, eussent aussi fait paraître la bonté de leur jugement, au choix des sujets de leurs poèmes. La corruption des mœurs ne serait pas si grande 1 .»

Quant aux pratiques, saint François de Sales recommandait surtout aux âmes qui voulaient avancer dans la perfection, l’oraison, le recueillement, et la sainte communion.

« L’oraison, disait-il, est l’eau de bénédiction qui par son arrosement fait reverdir et fleurir les plantes de nos bons désirs, lave nos âmes de leurs imperfections, et désaltère nos cœurs de leurs passions*. Ceux à qui Dieu donne la manne céleste des suavités et consolations intérieures, ne peuvent désirer ni recevoir les consolations du monde, au moins pour y prendre goût et y amuser leurs affections. Ce sont de petits avant-goûts des suavités immortelles que Dieu donne aux âmes qui le cherchent. On dit qu’Alexandre le Grand, cinglant en haute mer, découvrit le premier l’Arabie Heureuse, par le sentiment qu’il eut des suaves odeurs que le vent lui apportait, et sur cela se donna du courage et à tous ses compagnons : ainsi nous recevons souvent en cette mer de la vie mortelle,

1 Lett. dcccxxxvh ; Préface du Traité de l’amour de Dieu. * Introd , p. Il, cb. i.

COMMENT IL ÀNIMÀlt A LA FERTEÎTR. 175

des douceurs et suavités qui nous font pressentir les délices de cette patrie heureuse et céleste à laquelle nous tendons et aspirons *. »

Il prodiguait ainsi ses plus belles comparaisons pour inspirer 1’estime de l’oraison, et pour engager à y persévérer.

« Les arbres qui aiment à être transplantés, deviennent plus forts en changeant de terrain et jettent des racines plus profondes dans le sol qui* les nourrit; mais nul ne s’aperçoit du fait tandis qu’il a lieu, ains seulement après : ainsi le cœur humain transplanté de l’homme en Dieu par le céleste amour, s’il s’exerce fort en l’oraison, s’étendra infailliblement et se serrera de plus en plus à la divinité, mais par des accroissements imperceptibles; l’on ne remarquera guère ce progrès tandis qu’il se fera, ains quand il sera fait* »

« Les brebis de Jacob attiraient dans leurs entrailles la variété des couleurs qu’elles voyaient en la fontaine où on les abreuvait ; car leurs petits agneaux s’en trouvèrent par après tachetés. Ainsi une âme éprise de l’amoureuse complaisance qu’elle prend à considérer la divinité, et en icelle une infinité d’excellences, en attire dans son cœur les couleurs, c’est-à-dire qu’elle se pénètre des merveilles et perfections dont elle est frappée, et les rend siennes par le contentement qu’elle y prend 5 . »

One bonne âme se désolait de ne rien faire en la méditation, et de ne pas savoir s’y occuper. « Vous ne faites rien, lui dit-il, en l’oraison. — Mais qu’est-ce que vous y voudriez faire, sinon ce que vous y faites, qui est de présenter et représenter à Dieu votre néant et votre misère?

1 Introd., p. IV, ch. xih. — •Traité de l’Amour de Dieu, liv. VII, ch. i. — 5 Théot., p. V, ch. i.

GOMMENT lb ANIMAIT A U FERVEUR.

C’est la plus belle harangue que nous fassent les mendiants que d’exposer à notre vue leurs ulcères et leur indigence. — Mais quelquefois encore vous ne faites rien de tout cela, me dites-vous, et vous demeurez là comme une souche et une statue. — Eh bien , ce n’est pas peu que cela. Les arbres ne fructifient qu’en présence du soleil, les uns plus tôt, les autres plus tard ; les uns toutes les années, et les autres de trois en trois, et non pas toujours également. Nous sommes trop heureux de pouvoir demeurer en la présence de Dieu, le soleil de nos âmes. Contentons-nous de penser qu’il nous fera porter notre fruit ou tôt ou tard, ou tous les jours, ou de temps en temps, selon son bon plaisir, auquel nous devons pleinement nous résigner.

« Dans les palais des princes et des rois, il y a des statues qui ne servent qu’à récréer la vue du prince. Contentez-vous de remplir cet office en la présence de Dieu, s*r c’est sa volonté. U animera sastatuequand il lui plaira *.»

« Si une statue, qu’on aurait mise en une niche au milieu d’une salle, avait du discours et qu’on lui demandât: Pourquoi es-tu là? — Parce que, dirait-elle, le statuaire mon maître m’a mise ici. — Pourquoi ne te remues-tu point? — Parce qu’il veut que je demeure immobile. — De quoi sers-tu là ? Quel profit te revient-il d être ainsi? — Ce n’est pas pour mon service que j’y suis ; c’est pour servir et obéir à la- volonté de mon maître. — Mais tu ne le vois pas. — Non, dirait-elle, mais il me voit et prend plaisir que je sois où il m’a mise. — Mais ne voudraistu pas bien avoir du mouvemeut pour aller plus près de lui? — Non pas, sinoH qu’d me le commandât. — Ne désires-tu donc rien? — Noii, car je suis où mon maître

1 Lett. oclxîx.

COMMENT IL ANIMAIT A LA FERVEUR. 475

m’a mise, et son gré est Tunique contentement de mon être.

«Mon Dieu ! que c'estune bonne oraison, et nne bonne façon de se teivr en la présence de Dieu, que de se tenir en sa volonté’ et en son bon plaisir ! 11 m’est avis que Magdeleine était une statue en sa niche, quand, sans dire mot, sans se remuer, et peut-être sans le regarder, elle écoutait les paroles de Notre-Seigneur, assise à ses pieds. Quand il parlait, elle écoutait ; quand il entrelaissait de parler, elle cessait d'écouter ; et cependant elle était toujours là 1 »

Le pieux directeur eût voulu qu’on eût porté dans toutes les occupations du jour les dispositions qu'il conseillait pour le temps de l’oraison.

« Rappelez, dit-il, le plus souvent que vous pourrez, votre esprit en la présence de Dieu. Regardez ce que Dieu fait et ce que vous faites. Vous verrez ses yeux tournés de votre côté et perpétuellement fixés sur vous par un amour incomparable. « ODieu! direz-vous, pourquoi ne vous regardé-je pas toujours, comme toujours vous me regardez? Pourquoi pensez-vous à moi si souvent, mon Seigneur, et pourquoi pensé-je si peu à vous? Où sommes-nous, ô mon âme? Notre vraie place, c’est Dieu; où est-ce que nous vous trouvons?

« Comme les oiseaux ont des nids sur les arbres pour y faire leur retraite, et les cerfs leurs buissons et leurs forts dans lesquels ils se récèlent et se mettent à couvert, prenant la fraîcheur de l’ombre en été, ainsi nos cœurs doivent prendre et choisir quelque place, ou sur le mont Calvaire, ou ès plaies de Notre-Seigneur, ou en quelque autre lieu proche de lui, pour y faire leur re-

‘ Lett. ci.ïvm.

GOMMENT IL ANIMAIT A LA FERVEUR

traite à toutes sortes d'occasions, et là s’alléger et récréer entre les affaires extérieures, et pour y être comme dans un fort, afin de se défendre des tentations. Bienheureuse sera l'âme qui pourra dire en vérité à Notre-Seigneur : Vous êtes mon refuge, mon rempart assuré, mon toit contre la pluie et mon ombre contre la chaleur M »

« On homme qui aurait reçu, dans un vaisseau de belle porcelaine, quelque liqueur de grand prix pour l’apporter en sa maison, marcherait doucement, ne regardant point à côté, mais tantôt devant soi , de peur de heurter à quelque pierre, tantôt à son vase pour voir s’il ne penche point. Faites-en de même au sortir de la méditation. Ne vous distrayez pas tout à coup ; mais regardez simplement devant vous, et en telle sorte que vous veilliez aussi sur votre cœur, afin que la liqueur de la sainte oraison ne s'épanche que le moins possible * »

« Même quand les affaires sont de si grande importance quelles requièrent toute votre attention, de temps en temps regardez à Dieu, comme font ceux qui naviguent en mer, lesquels pour aller à la terre qu’ils désirent, regardent plus en haut au ciel que non pas en bas où ils voguent. Ainsi Dieu travaillera avec vous et pour vous, et votre travail sera suivi de consolation 5 . »

Mais c’est surtout l’Eucharistie qui semblait à ce pieux directeur, la vraie source de la ferveur et de l’amour divin.

« L’expérience, dit-il, m’a fait toucher du doigt, depuis vingt-cinq ans que je suis au service des âmes, la toutepuissante vertu de ce sacrement pour fortifier les cœurs au bien, les exempter du mal, les consoler, en un mot

* Introd., liv. II, ch. xii. — * Introd , liv. If, ch. vin. — 5 Introd., liv. III, ch. x.

COMMENT IL ANIMAIT A LA FERVEUR

les diviniser dès cette vie, pourvu qu'il soit hanté avec la foi, la pureté et la dévotion convenables 1 . »

« La fréquente communion, quand elle est bien faite, produit des fruits aussi admirables que nombreux :

« 1° Elle unit Pâme avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, selon ce qu'il dit lui-même : Qui manducat meam camem et hibit meum sanguinem , in me manet et ego ineo.

« 2° Elle accroît et conserve la grâce en l’âme, donne abondance de vertus, force contre les tentations, victoire sur les ennemis, et même prospérité corporelle et per* fection de vie, à celui qui fréquemment et dignement s’y présente.

« 3° Elle éclaire l’entendement, récrée et réjouit le cœur, dissipe nos langueurs et nos ténèbres.

a 4° Elle rend l’âme humble, pieuse, dévote, patiente, et enflamme la volonté de l’amour divin.

« 5" Elle augmente les habitudes vertueuses, émousse les aiguillons de la chair, apaise les ardeurs de la concupiscence.

û 6° Elle relève l’espérance par la certitude de la foi, et augmente la dévotion.

« 7° Elle remet et efface les péchés véniels, préserve des mortels, fait persévérer dans les bons desseins et surmonter généreusement toutes les difficultés.

«t 8° Elle fait participer à tous les mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et donne des gages assurés de la gloire du Paradis.

« 9° Elle nous rend prompts à bien faire, miséricordieux envers les indigents, et redoutables aux démons infernaux.

« 10°*EUe diminue la dette qui nous reste à payer à la justice divine pour nos péchas*. »

1 Lett. DGCLXXVI. — 9 Opusc.

COMMENT IL ANIMAIT A LA FERVEUR

Une personne qui prenait de temps en temps ses conseils lui ayant témoigné une certaine crainte qu’il ne trouvât ses communions trop fréquentes, et qu’il ne se crût obligé d’en diminuer le nombre : « Ce ne sera jamais moi, lui dit-il, qui vous ôterai votre pain quolidien. Je vous dirai plutôt de communier toujours hardiment, quand ceux à qui vous vous confesserez diront : oui. »

a Deux sortes de personnes, dit-il ailleurs, doivent communier souvent: les parfaits, parceque, étant bien disposés, ils auraient grand tort de ne pas s’approcher de là source et fontaine de perfection, et les imparfaits, afin de pouvoir justement prétendre à la perfection; les forts, de peur qu’ils ne deviennent faibles, les faibles afin qu’ils deviennent forts; les malades, afin d’être guéris, et les sains de peur qu’ils ne tombent en maladie. Communiez donc souvent, et le plus souvent que vous pourrez, avec l’avis de votre père spirituel. Croyez-moi : les lièvres deviennent blancs parmi nos montagnes en hiver, parce qu’ils ne voient ni ne mangent que la neige; et, à force et d’adorer et de manger la beauté, la bonté et la pureté même en ce divin sacremeftt, vous deviendrez toute belle, toute bonne et toute pure 1 . »

Enfin le saint Prélat voulait que, pour se ranimer dans la piété, on profitât de toutes les occasions, des fêtes, des cérémonies et des anniversaires; et il ne manquait pas d’en profiter lui-même pour cette fin qui était l’objet constant de tous ses désirs.

« Elles s’en vont, écrit-il dans une lettre du jour de l’an, ces années périssables, et courant à la file imperceptiblement les unes après les autres, elles dévident notre vie mortelle, et, se finissant, elles finissent nos jours.Ob! que

4 Introd., p. II, ch. ut.

COMMENT IL ANIMAIT A LA FERVEUR. 179

l’éternité est incomparablement plus aimable, puisque sa durée est sans fin, ses jours sans nuit, et ses contentements invariables 1 . »

Comme sainte Chantal lui avait dit un jour que c’était l’anniversaire de sa naissance : « Vous m’avez fait plaisir, répondit-il, en me rappelant que c’est le jour de votre naissance, car je n’y pensais pas... Ces jours de nos naissances doivent nous humilier, en nous faisant voir le néant d’où nous venons, et nous encourager, en nous faisant voir la fin pour laquelle Dieu nous a donné commencement. » Il aimait surtout qu’on célébrât pieusement les jours où l’on avait reçu du ciel quelque grâce.

« Job désire que le jour de sa naissance périsse, et que jamais il n’en soit mémoire; mais moi, je souhaite au contraire que ces jours dans lesquels Dieu nous a faits tout siens vivent à jamais dans notre esprit, et que la souvenance en soit perpétuelle. Je veux que nous en célébrions tous les ans les jours anniversaires par l’addition de quelques particuliers exercices. Je veux que nous les appe: lions jours de notre dédicace, puisque, en ceux-ci, nous avons si entièrement dédié notre esprit à Dieu*. »

« J’approuverais que pour aider la communauté à se ressouvenir des bienfaits de Dieu dans la communion, chaque religieuse sût le jour de sa réception et des autres grâces plus signalées dont elle a été l’objet, et qu’autant que l'humililé et la simplicité chrétienne le peuvent permettre, elle en fît ressouvenir les sœurs en les priant d’en remercier Dieu avec elle s . »

Quant aux mystères que l’Église célèbre dans le cours de l’année, on peut voir par sa correspondance combien ce saint était attentif à en tirer de salutaires enseigne-

4 Lett. cru. — * Lett. lxxii. — 3 Règlement pour la Visitation.

m COMMENT IL ANIMAIT A LA FERVEUR.

ments, et avec quel art il savait accommoder ces pieuses instructions au caractère, aux besoins, aux dispositions des personnes auxquelles il s’adressait. Nous signalerons en particulier ses lettres sur la Nativité de Notre-Séigneur, sur son enfance, sur le très-saint Sacrement, et celles qui ont rapport aux fêtes de la sainte Vierge l ,

« Ma très-chère fille, écrivait-il sur la fin de sa vie à une religieuse de la Visitation, voilà le tant petit aimable Jésus qui va naître en notre commémoration, ces fêtesci prochaines. Or sus, caressez-le bien, faites-lui bien l’hospitalité avec toutes nos sœurs, chantez-lui bien de beaux cantiques, et surtout adorez-le bien fortement et doucement, et en lui sa pauvreté, son humilité, son obéissance et sa douceur, à l’imitation de sa très-sainte Mère. Je salue chèrement la chère troupe de nos sœurs ; je les regarde comme autant de simples bergères, qui, averties par l'Ange, vont faire hommage au divin Enfant, et, pour gage de leur éternelle servitude, lui offrent le plus beau de leurs agneaux, qui est leur amour, sans réserve ni exception*. »

« Je vous en prie, dit-il à sainte Chantal, reposez le plus doucement que vous pourrez auprès du céleste petit Enfant: il ne laissera pas d’aimer votre cœur tel que vous l’avez, sans tendreté et sans sentiment.Voyez-vous pas qu’il reçoit l’haleine de ce gros bœuf et de cet âne, qui n’ont ni sentiment ni mouvements quelconques? Comment ne recevraitil pas les aspirations de notre pauvre cœur, lequel, quoique non tendrement pour le présent, solidementnéanmoins et fermement, se sacrifie à ses pieds, pour être à jamais serviteur inviolable du sien, de celui de sa sainte Mère et du grand gouverneur du petit Roi 5 ?

1 Lett. dccii à dccxxx. — * Lett. ccccxxu). — 5 Lett. dccii.

DÉFAUTS QU’IL COMBATTAIT. 181

« Mais ne suis-je pas trop ambitieux de penser que nos bons Anges, de vous et de moi, se trouvèrent en la chère troupe des musiciens célestes qui chantèrent en cette nuit? O Dieu ! s'il leur plaisait d’entonner de rechef aux oreilles de notre cœur ce céleste cantique, quelle joie, quelle jubilation! Jejes en supplie, afin que gloire soit au ciel, et en terre paix aux cœurs de bonne volonté!

c Que donnerions-nous à notre petit Roi que nous n’ayons reçu de lui et de sa divine libéralité? Or sus, je lui donnerai à la sainte messe la très-bien aimée fille qu’il m’a donnée. Eh ! Sauveur de nos âmes, rendez-la toute d’or en charité, toute de myrrhe en mortification, toute d’encens en oraison; et puis recevez-la entre les bras de votre sainte protection, et que votre cœur dise au sien : Je suis ton salut aux siècles des siècles *. »

Il est aisé de deviner quels fruits d’humilité, de douceur, de charité, de détachement et de paisible ferveur devaient produire de telles paroles dites en secret à l’oreille du cœur par un homme qu’on chérissait comme un père, et qu’on vénérait comme un saint.

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