‹ Saint François de Sales, modèle et guide du prêtre et du pasteurChapitre 54 sur 82 · MATIÈRE ET FORME DES SERMONS, SUIVANT SAINT FRANÇOIS DE SALES · texte numérisé non relu

MATIÈRE ET FORME DES SERMONS, SUIVANT SAINT FRANÇOIS DE SALES

Sa lettre sur la prédication renferme les avis les plus judicieux et les plus pratiques touchant la matière, le plan et les diverses parties du sermon.

« La matière d'abord, c’est la parole de Dieu. Prædica verbum , dit saint Paul àTimotliée. Prxdicate Evangelium , avait dit le Maître : paroles que saint François d’Assise ne fait que traduire, lorsqu’il indique pour sujet d’instructions à ses religieux les vertus et les vices, l’enfer et le paradis. L’Écriture fournit abondamment tout ce qui est nécessaire au prédicateur; il n’a pas besoin d’autre chose.

ft Let*. cccxi, supplém. — 1 Année de la Yisit., p. 106.

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a Faut-il donc négliger les docteurs de l’Église et les écrits des saints? Non, sans doute; mais la doctrine des Pères est-elle autre chose qu’une explication claire et développée des saintes Écritures? Il faut donc recourir à eux comme à des organes choisis de Dieu pour nous transmettre le vrai sens de sa parole.

« Et la vie des saints peut-elle être de quelque utilité? Mon Dieu! pourquoi non? Y a-t-il rien de plus édifiant et de plus beau? Mais qu’est-ce encore que la vie des saints, sinon l’Évangile mis en pratique? U n’y a pas plus de différence entre 1 Écriture et la vie des saints qu’entre la musique notée et la musique exécutée.

« Et des histoires profanes, que faut-il en penser? Elles ne sont pas mauvaises, mais* on doit en user comme des champignons, fort sobrement, pour piquer l’appétit, et en prenant garde de les bien apprêter. 11 faut, selon saint Jérôme, les traiter comme les Israélites traitaient les captives qu’ils voulaient épouser, leur couper les ongles et la chevelure, c’est-à-dire retrancher toute la* vanité et le superflu , pour n’en tirer que des exemples de vertus véritables et dignes du christianisme.

«Quant aux fables des poëtes,«je n’en ai jamais rencontré dans les sermons des anciens, sauf une seule dans saint Ambroise: celle d’Ulysse et des sirènes. Mon avis est qu’on n’y touche jamais ou presque jamais. Il ne faut pas mettre l’idole de Dagon auprès de l’Arche d'alliance.

« Mais, pour en venir à la pratique, la première chose à laquelle un prédicateur doit songer, c’est à se former un plan. L'intérêt et l’agrément de son sermon en dépendent.

« Ce plan doit être simple, clair, facile à saisir' 11 en est qui croient faire merveille en dérobant à l’auditeur leur but et leur marche. A quoi sert , je vous prie, d’avoir un

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plan , si ou le dissimule et que personne ne s’en aperçoive ?

« Quant aux développements et à la disposition des preuves, j’aimerais à placer en première ligne les textes de l’Écriture sainte, ensuite les preuves de raison, puis les similitudes, enfin les exemples, pourvu qu’ils soient tirés de l’Écriture sainte ; car, s’ils sont profanes, ils ne conviennent pas pour terminer une prédication, Il faut finir saintement une chose si sainte.

« J’approuve qu’on dise premièrement au premier point, et secondement au second, afin que le peuple remarque l’ordre. Pas de préambule ni d’ornements trop soignés *.»

« Lorsqu’on alléguait l’Écriture sainte, dit l’évêque de Belley, le bienheureux voulait qu’on eut soin d’exposer le sens littéral avant le sens figuré, pour ne pas mettre le toit avant le fondement. Encore exigeait-il que la figure ne fût pas tirée par les cheveux ; autrement il disait que c’était comme le carillon des cloches, à qui on fait dire tout ce qu’on veut.

« Prêchant un jour devant lui, il m’arriva d’appliquer à la contagion des mauvaises compagnies ce mot du Prophète : Vous serez bon avec les bons et mauvais avec les mauvais , ce qui se fait assez communément.

« Je m’aperçus sur-le-champ qu’il n’était pas content; et ensuite, quand je fus seul avec lui, il me demanda pourquoi j’avais donné une telle détorse à ce passage, sachant bien que ce n’était pas là le sens littéral . — Je lui dis que c’était par allusion. — Je l’entends bien ainsi, reprit-il, mais du moins deviez-vous dire que ce n’élait pas le sens véritable, puisque, selon la lettre, ce verset s’entend de Dieu, qui est bon, c’est-à-d re miséricordieux, envers ceux

1 teü. à l'archer. tteJtourgffî.

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