MATIÈRE ET FORME DES SERMONS
qui sont bons, et mauvais, c’est-à-dire sévère, envers ceux qui sont mauvais, punissant les uns et faisant miséricorde aux autres *. »
« Le sens littéral, dit-il lui-même, nous est fourni par les commentaires des docteurs. Mais c’est au prédicateur de tirer pafti de chacun des termes, d’en foire sentir la portée, la convenance, l’énergie. Ainsi hier j’avais à expliquer ici le précepte de Notre-Seigneur : Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo , ex tota anima , et tota mente . Je donnai à ces mots le môme sens que saint Bernard : Ex toto corde , c’est-à-dire avec courage, avec générosité, avec ardeur; car l’ardeur vient du cœur; ex tota anima , c’est-à dire avec amour, car l’âme, en tant qu’âme, est le principe des affections et des passions ; ex tota mente , c’est-à-dire avec sagesse et discrétion, parce que c^est à l’intelligence et à la partie supérieure de l’âme qu’appartient la prudence nécessaire pour avoir un zèle secundum sdentiam et discretionem .
« Si l’on explique l’Écriture dans un sens allégorique , il faut que ce sens ne soit pas forcé et qu’il se présente de lui-même, comme lorsque saint Paul nous fait voir le peuple juif et le peuple chrétien sous la figure d’Ésaü et de Jacob. Encore vaut-il mieux, quand l’allégorie n’a pas un fondement b ; en apparent, ne pas donner l’un des faits comme la figure de l’autre, mais les rapprocher simplement par une comparaison. Soit, par exemple, le genévrier sous lequel Élie reprit ses forces, et qui est donné par plusieurs pour une figure de la croix. Je dirai ; Comme Élie se reposa à L’ombre de cet arbre, reposons-nous à l’ombre de la croix dans la paix de la sainte oraison. Cela vaut mieux que de prononcer qu’il y a ici une allégorie,
1 Esprit, p. Il, cli. \ni-