CHAPITRE
SA PIÉTÉ DANS LA RÉCITATION Dü SAINT OFFICE.
Dieu inspira de bonne heure à saint François de Sales une haute estime de l’office ecclésiastique, et longtemps avant que sa profession lui en fit un devoir, c’était un bonheur pour lui de s’unir à ceux qui rendaient à Dieu cet hommage public. Aussi * un pieux ecclésiastique qu'il appela au château de Sales pour l’assister dans sa retraite préparatoire aux ordres sacrés eut-il lieu d’admirer, avec les dispositions de son âme, la connaissance parfaite qu’il avait du Bréviaire et de la manière de le dire. Comme il en témoignait son étonnement, le pieut jeune homme lui avoua que, durant toutes ses études à Padoue, il était allé, aux jours de fête, réciter les heures canoniales avec les révérends pères théatins,pour lesquels
1 Lett. lxvi, cccclxîx, etc-
SA PIÉTÉ DANS LE SAINT OFFICE
il avait une tendre affection; et que de plus, dans ses voyages, il avait toujours pris plaisir à dire l’office avec M. Déage, son gouverneur. J’y trouvais, ajouta-t-il, trois avantages : le premier, de glorifier Dieu, le second, de soulager mon gouverneur, et le troisième, de m’instruire et de m’occuper moi-même.
a II ne pensait pas qu’il y eût un plus beau livre, après l’Écriture sainte, que le Bréviaire et le Missel romains, et il disait qu’il s'était cent fois étonné de trouver des prêtres étrangers à la science des saints , qui mettaient peu d* application à la récitation de l’office ecclésiastique l . »
Non content de réciter exactement cet office, il apportait à cette action toute la religion et toute la piété dont il était capable. Il s’était fait une loi de ne le dire qu’à genoux ou debout; et les témoins de sa canonisation déposèrent qu’il ne se relâcha jamais de cette règle, quelque fatigué qu’il pût être par le travail ou la maladie. S’il ne pouvait aller à l’église aussi souvent qu’il l’aurait voulu pour s’acquitter de ce devoir, il le remplissait toujours avec une attitude frappante de respect, de dévotion et d’humilité, sans tourner les yeux ni remuer la tête *.
Lorsqu'il établit l’ordre de la Visitation, il demanda au souverain Pontife de n’obliger ses filles qu’au petit office de la sainte Vierge, mais il voulait qu’il fût d’autant mieux dit qu’il était plus court , qu’on prit toujours quelque temps pour s’y préparer, et qu’on n’oübliât jamais, en le récitant, la majesté de Dieu, à qui on s’adressait. « Il faut considérer, disait-il, que nous faisons le même
1 Année de la Visitation, p. 40. — * Règlement, Dépositions, Esprit, p. V, ch. vn, et Lett. cxxi de sainte Chantal.
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office que les anges, quoique en langage divers, et que nous sommes en présence du même Dieu devant lequel ces anges tremblent. Et tout ainsi qu’un homme qui par* lerait à un roi se rendrait fort attentif, crainte de faire des fautes, et qu’il rougirait incontinent si, malgré ses soins il lui en échappait quelqu’une, tout de même en devons-nous faire à l’oCfice, nous tenant toujours sur nos gardes, de peur de faillir l * . »
Dans une lettre fort remarquable à des religieuses de Paris, qui n’observaient pas assez strictement le vœu de pauvreté, il se plaît à leur citer l’homélie qu’on lisait ce jour-là au Bréviaire : « Quelle misère, disait aujourd’hui saint Chrysostome dans cette homélie de l’évangile de sainte Cécile de laquelle nous faisons la fête; quelle misère de voir qu’une foule de filles aient combattu, battu et vaincu le plus fort ennemi de tous, qui est la chair, et que néanmoins elles se laissent vaincre à ce chétif ennemi, Mammon, dieu des richesses* ! » C’est un exemple, entre beaucoup d’autres, de l'attention qu’il donnait au saint office, et du zèle qu’il avait pour en inspirer l’estime.
Qu’on ne croie pas cependant qu’il s’inquiétât aisément ou qu’il fomentât les scrupules sur ce sujet : « Il ne faut point, écrivait-fl, redire son office pour avoir été distrait en 1e disant, pourvu que ce ne soit pas volontairement. Encore que vous vous trouviez à la fin de quelque psaume sans être bien .assurée de l’avoir dit, parce que vous avez été distraite sans vous en apercevoir, ne laissez pas de passer outre, en vous humiliant devant Dieu. On ne doit pas toujours croire qji’il y a eu de la négligence parce que la distraction a été longue 5 . »
1 Entret. xvm. — * Lett. xl, à des religieuses de Fontevrault.
— 5 Entret. xvm.
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On voit même qu’il ne suivait pas toujours à cet égard les sentiments les plus sévères. « Une fois qu’il allait dire son office avec M. Jean-François de Sales, son frère, on l’appela pour entendre la confession d’une personne de considération qu’il ne voulut pas renvoyer. Cette confession dura longtemps. Aussitôt qu’il eut fini, le saint évêque rejoignit son frère et commença de suite la récitation du bréviaire; mais, à la fin du nocturne, tous deux s’aperçurent que ce n’était pas l'office qu’ils auraient dû dire. Cela fournit à M. Jean-François l’occasion de donner quelque essor à son humeur chagrine, et de rejeter la faute de cette méprise sur son frère. Celui-ci l’engagea doucement à ne pas se fâcher; il lui dit que Dieu n’était pas si difficile à servir que les hommes, qu’il serait content du nocturne qu’ils venaient de dire, et qu’ainsi ils n’en réciteraient pas un autre pour cette fois. En effet, ils continuèrent sans rien recommencer l . »
Ainsi ce saint prélat ne méconnaissait ni la faiblesse humaine, ni les tempéraments que l’Église autorise dans l’observation de ses lois, mais il était ennemi de la tiédeur, et l’idée qu’il avait de la grandeur de Dieu lui rendait insupportable la négligence avec laquelle on s’acquitte souvent envers lui des obligations les plus sacrées.
1 Année de la Visitation, p. 23.