‹ Saint François de Sales, modèle et guide du prêtre et du pasteurChapitre 66 sur 82 · CHAPITRE J1 . · texte numérisé non relu

CHAPITRE J1 .

fOI, ESPÉRANCE, CHARITÉ.

, Sainte Chantal témoigne qu’elle a reconnu en son saint .directeur le don de foi dan? une perfection éminente. St II avait reçu, dit-elle, sur nos mystères, sur te sens des Écritures, sur la vraie doctrine de l'Église, des connais; sanpes extraordinaires^ et l’Esprit-Saint avait répandu, au centre de son âme, une lumière si claire* qu’il voyait les vérités surnaturelles d’une simple vue, avec une certitude, Un goût et une suavité incomparables * . » Tous les ouvrages du saint évêque confirment ce témoignage .

* Année de la Visit r p. 19$. — * Lelt. cxxi.*

Dès l’enfance, il avait montré une haute estime de la foi et une aversion comme instinctive pour tout ce qui aurait pu la flétrir. « Attaqué de mille côtés, écrivait-il, et sollicité par tant de moyens, en un âge frôle et fluet, pour me rendre à l’hérésie, jamais je n’ai vpulu seulement la regarder en face, sinon pour lui cracher au visage. Et mon faible et généreux esprit, parcourant les livres les plus empestés, n’a pas eu la moindre impression de ce malheureux mal: O Dieu ! quand je pense à cette grâce, Je tremble d’horreur de mon ingratitude i . »

Loin de diminuer l’éloignement qu’il avait de l’erreur, le séjour qu’il fit parmi les hérétiques et ses rapports quotidiens avec ces âmes égarées lui firent apprécier de plus en plus le bonheur qu’il y a d’appartenir à la vraie Église de Jésus-Christ. « Hélas ! dit-il, je vois ces pauvres brebis errantes ; je traite avec elles, et considère leur aveuglement palpable et manifeste. O Dieu ! la beauté de notre sainte foi m’en parait si belle, que j’en meurs d’amour. 11 m’est avis que je dois serrer le don précieux que Dieu m’en a fait, dans un cœur tout parfumé de dévotion *. Toute ma vie j’ai désiré de mourir pour elle : c’est ce qui m’a conduit plusieurs fois dans Genève, au milieu des hérétiques quï en voulaient à ma vie 5 . 0 ma très-chère fille, ajoutait-il en parlant à sainte Chantal, remerciez cette souveraine clarté, qui répand si miséricordieusement ses rayons dans mon cœur, qu’à mesure que je suis parmi ceux qui en sont privés, je vois plus clairement et illustrement sa grandeur et sa désirable suavité \ O Dieu ! non, je ne trouve rien de difficile à croire parmi les effets du saint amour B . »

1 Lett. dcclvi. — * Lett. ccliii. — 5 Déposit. de la Mère de Chaugy. — 4 Lett. cci.ni. — 5 Traité de Va mou r de Dieu, liv. VII, ch. xn.

* Ayant appris qu’un jeune homme, auquel il s’intéressait beaucoup, avait renoncé à la religion catholique, il en témoigne hautement sa douleur. « O mon très-cher frère, écrit-il à l’évêque de Chalcédoine, quelle affliction pour mon âme à cette nouvelle ! Certes, il est fort véritable que de ma vie je n’ai eu si fâcheux étonnement. Est-il possible que cet esprit se soit ainsi perdu M » Mais il ajoute aussitôt que, loin de l’ébranler, cette chute n’a servi qu’à l'affermir dans ses convictions. « Par la chute de ce jeune homme, Dieu m’a gratifié de nouvelles douceurs, suavités et lumières spirituelles, pour me faire d’autant plus admirer l’excellence de la foi catholique*. »

Du reste, tous les événements avaient pour lui ce résultat ; car il consultait la foi sur toutes choses, afin de la faire régner dans tous ses sentiments et toute sa conduite. « J’ai toujours vu ce bienheureux, dit sainte Chantal, n’aspirer et ne respirer qué le seul désir de vivre selon les vérités de la foi et les maximes de l’Évangile. » 11 préférait cette règle commune des enfants de Dieu aux impressions et aux goûts trop souvent équivoques de la sensibilité. « 11 me disait une fois, ajoute la môme sainte, qu’il ne prenait point garde s’il était en consolation ou en désolation; que, quand Notre-Seigneur lui donnait de bons senliments, il les recevait en simplicité ; que, lorsqu’il ne lui en donnait pas, il n’y faisait pas réflexion 5 . »

Fondée sur une telle foi, l’espérance de saint François de Sales devait être forte et inébranlable. Aussi semblait-il avoir sous les yeux la réalité des divines promesses. « Je ne puis comprendre, dit-il, comment nous pouvons, en bon jugement, regarder comme notre pairie ce monde où nous ne sommes que pour si peu, plutôt que le ciel où

1 Lett. dcccxiii. — 8 Lett, dcccxv à sainle Chantal. — 5 Lett. c*n.

nous devons être éternellement. Nous nous çn allons incessamment, et sommes plus assurés de la société de nos chers amis qui sont là-haut que de ceux qui sont ici-bas; car ceux-là nous attendent et nous allons vers eux, ceuxci nous laissent aller et différeront le plus qu'ils pourront à nous suivre V» '

« 11 faut prendre courage, disait-il souvent; nous irons bientôt là-haut. Oui, il le faut espérer, avec beaucoup d'assurance, que nous vivrons éternellement. Qu’est-ce que Notre-Seigneur ferait de sa vie éternelle, s’il ne la donnait aux pauvres, petites et chétives âmes comme nous, qui ne voulons espérer qu’en sa souveraine bonté? Vive Dieu! j’ai cette confiance bien ferme au fond du cœur, que nous vivrons éternellement avec Dieu : nous serons un jour tous ensemble au ciel. O mon Dieu l que je trouve de consolation dans cette assurance que mon cœur sera éternellement abîmé dans l’amour du cœur de Jésus ï Que la Providence nous conduise partout où il lui plaira, n’importe, nous arriverons à ce port*. »

Lui témoignait-on quelque appréhension , lui objectait-on les. défauts et les misères qu’on sentait en soi: « J»ai accoutumé de dire, répondait-il, que le trône de la miséricorde de Dieu, c’est notre misère. Il faut donc, à proportion que notre misère est plus grande, avoir aussi une plus grande confiance *. »

La foi et l’amour devaient, suivant lui, bannir toute crainte. « Ne sommes-nofts pas tout à Dieu, disait*il, sans réserve, sans division, sans exception quelconque, et sans autre prétention que l’honneur d’être siens? Si nous savions un seul filet d’affection en notre cœur qui ne fût pas à lui et de lui, ô Dieu ! nous l’arracherions tout soudaine-

1 Lelt. ikxjlxxvii. — * Déposît. de sainte Chantal. — 5 Entret. h. -

ment. Demeurons donc en paix. Oui, ma très-chère fille, si nous savions un seul brin de notre cœur qui ne fût pas marqué au coin du crucifix, nous ne le voudrions pas garder un seul moment. Donc, à quel propos s’inquiéter? Mon âme, espère en Dieu. Pourquoi es-tu triste et pourquoi me troubles-tu, puisque Dieu est mon Dieu, et que mon cœur est un cœur tout sien \î »

On voit par là quelle était, avec sa foi et son espérance v l'ardeur de sa charité. Le divin amour régnait absolument dans son âme et était le mobile de toute sa conduite. Tous ceux qui l'approchaient en étaient convaincus. a Notre maître, disaient ses domestiques, ne s'anime jamais que pour Dieu. 11 ne s’embarrasse pas de ce qu'on lui sert à table, si les mets sont froids ou chauds, insipides ou agréables, mais il ne peut souffrir la moindre offense de Dieu. »

t Oh! combien de fois, rapporte sainte Chantal, ne l'ai-je pas entendu répéter, avec un sentiment tout extatique, ces mots du Psalmiste : « O Seigneur, qu’y a-t-il « pour moi dans le ciel, et que désiré-je sur la terre, « sinon vous, ma portion et mon héritage pour l'éter- « nité? » Et cet autre mot de l'Apôtre : c Seigneur, que « voulez-vous que je fasse*? »

a On a remarqué que, lorsqu'il se réveillait la nuit, il s'écriait souvent : « Ah ! mon Dieu, quand serez vous « connu? et quand est-ce qu'on vous aimera comme vous * le méritez s ? »

« Ce qui n'était pas Dieu ne lui était rien; et c’était sa devise 4 . » .

. « Tout me semble peu ou rien, disait-il, hors l'amour

« Lett. xcn à sainte Chantal. — • Déposit. — * Vie. par le P. Talon, ch. n, — 4 Lett cm de sainte Chantai.

FOÏ, ESPÉRANCE, CHARITÉ. 27»

de poire grand Pieu; et j’estime même un vrrç rien tous les contentements célestes, au prix de l'amour de Dien. Mon Dieu 1 ma chère mèj* e, que j'admire l'opposition qu’il y a en moi, entre des sentiments si purs et des aptions si impures ! Car, vraiment, il m'est avis que le paradis serait parmi toutes les peines de l'enfer, si l’amour de Dieu pouvait y être; et, si le feu de l'enfer était un feu d’amour, il semble que ces tourments seraient désirables. Je voyais ce matin toutes les joies du ciel comme un vrai rien auprès de ce régnant amour. Mais d’où vient que je n'aime pas bien, puisque dès maintenant je puis bien aimSr? 0 ma fille, prions, travaillons, humilions-nous; invoquons cet amour sur nous 1 .

. « Je vous conjure de bien prier Noire-Seigneur pour moi, et qu’il me tienne dorénavant dans les sentiers de sa volonté, afin que je le serve avec sincérité et fidélité. Voyez-vous, ma très-chère fille, je désire ou de mourir, ou d’aimer Dieu. Ou la mort, ou l’amour, car la vie qui est sans cet amour est tout à fait pire que la mort*. Vive Dieu ! vive Dieu dans mon cœur! Voyez-vous : mon cœur est fait pour cela 5 . t *

Avec celte ardeur de charité pour Dieu, on comprend ce qu'il devait souffrir en le voyant offensé, et quel zèle il avait pour le faire respecter.

a Tandis qu’il était encore écolier, il entendit un jour un de ses compagnons prononcer une parole d'impiété. « Mon ami, lui dit-il aussitôt, j'ai une question à vous « faire : Qu’est-ce donc que Dieu vous a fait pour le train ter de la sorte 1 — Toutes les fois que j'y pense, disait.ee «jeune homme en rapportant ce fait, je suis encore « touché du regret de ma faute 4 . »

* Déposit. de sainte Chantal. — * Lett. aeexiv. — 5 Lett. dcccxxxix. — • Vie, par de Vaupas.

; *• « C'était peu de ne pas offenser Dieu devant lui; il voulait qu’on ne prononçât son nom qu’avec religion. Il disait qu’on devait toujours parler de Dieu comme de Dieu, et il ne pouvait souffrir qu’on le nommât en des occasions profanes et vaines 1 . * -

• Enfin, pour contribuer autant qu’il le pouvait à la gloire de. la majesté divine j il s’efforçait d’en inspirer la plus haute idée, et il eût voulu communiquer & tous les lumières qu’il avait reçueSsur ce sujet.

« 0 mon Dieu ! ma très-clière mère, écrivait-il, que j’ai été aise ce matin de trouver mon Dieu si grand, que je ne pouvais pas seulement imaginer sa grandeur! Mais, puisque je ne le puis magnifier ni agrandir, je veux bien. Dieu aidant, annoncer partout sa grandeur et son immensité*. Dieu est un esprit infini, qui est la cause et le mobile universels , auquel et par lequel tout est, tout subsiste et a son mouvement. Il est infini, il est partout; il tient tout par sa puissance, rien ne le tient pour le comprendre, ains il comprend et contient tout, sans être contenu de chose quelconque. Comme notre âme est en notre corps saris que nous la voyions, ainsi Dieu est au monde sans que nous le voyions. Comme notre âme tient en vie tout notre corps tandis qu’elle lui est unie* ainsi Dieu tient en être tout le monde, tandis qu’il est en lui; et, si le monde cessait d’être en Dieu, il cesserait tout aussitôt d’être. Et comme, en certaine façon, notre âme est tellement en notre corps, qu'elle ne laisse pas d’être hors de notre corps, n’élant pas contenue en icelui, puisqu’elle voit, entend, fait ses opérations hors de notre corps et au delà de notre CQrps, ainsi Dieu est tellement au monde, qu’il ne laisse pas d’être hors du monde

1 lntrod. et Déposit. de sainte Chantal. — * Lett: ccccsct. ■ —

DÉVOTION POUR NOTHE-SEIGNEUR, m

et au delà du monde; et enfin Dieu est le souverain être,' Je principe et la cause de toutes les choses qui sont bonnes, c’est-à-dire qui ne sont pas pêché.

«Orna fille, c’est un abîme que Dieu; c’est l’esprit qui vivifie tout, qui cause tout, qui conserve tout, duquel toutes choses ont besoin pour être, sans que lui ait besoin de nulle chose, n'ayant jamais été que très-heureux et très-infini en tout ce qu’il est, ne pouvant ni commencer d’être, ni finir, parce qu'il est éternel et qu'il ne peut n’être pas éternel. À lui seul soit honneur et gloire. Amen 1 .»

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