‹ Saint François de Sales, modèle et guide du prêtre et du pasteurChapitre 67 sur 82 · DÉVOTION POUR NOIRE-SEIGNEUR, LA SAINTE VIERGE ET LES SAINTS · texte numérisé non relu

DÉVOTION POUR NOIRE-SEIGNEUR, LA SAINTE VIERGE ET LES SAINTS

Nous avons déjà parlé de la foi et de la religion de saint François de Sales envers la divine Eucharistie. 11 eut ausèi une dévotion toute spéciale pour la Passion de 1 Notre Seigneur et pour les mystères de son enfance.

« Il avait extrait des saints Évangiles le récit des souffrances du Sauveur, l'avait écrit de sa propre main, et le portait habituellement sur son cœur, comme un bouclier qui le mettait à l’abri de tous les traits de l’ennemi du salut*. » .

On sait qu’un des premiers fruits de son zèle, après son entrée dans l’état ecclésiastique, fut l’institution d'une confrérie des Pénitents de la Sainte-Croix, et que;’

1 Lelt. cccclxxvi. — 2 Année de la Visit., p. 217.

<m PfiVOTION POUR NOTRE-SElGMBüA.

durant son apostolat dans té Chablais, il composa un ouvrage pour venger ce signe de notre rédemption des. outrages auxquels il était en butte.

Ce zèle , pour l’honneur de Jésus crucifié ne s’affaiblit jamais, « Tous les ans, dans la nuit du jeudi au vendredi saint, il se joignait à la procession des Pénitents de la Sainte-Croix. Revêtu de son habit, il marchait pieds nus dans la rue, se considérant comme la victime expiatoire qui devait s’immoler peur le salut du peuple, etau retour, pour honorer les souffrances dii Sauveur, il s'infligeait une rude discipline 1 . »

Ce fut une grande joie pour lui d’assister à une exposition du saint suaire à Turin, et de pouvoir toucher de se6 mains ce linge sacré, teint du sang et des larmes du Fils de Dieu. Il en avait une image dans son bréviaire, dans sa chambre et son cabinet d’études, dans sa chapelle et son oratoire, dans son salon de réception et sa galerie; et, quandon lui demandait la raison de son attrait pour cette image : « Ah! disait-il, c’est que c’est le portrait des souffrances de Jésus-Christ, tracé par son propre stuig et que rien n’est plus propre à nourrir la piété et à ranimer la ferveur*.

« Il avait aussi un tableau de sainte Magdeleine au pied de la croix et il aimait à se mettre en esprit à la place de cette illustre pénitente, qui en échange de ses larmes avait reçu le sang de Jésus-Christ, pour la purifier de ses souillures 5 . »

C’était une de ses maximes « qu’il n’y a point d’aiguillon plus pressant pour nous faire avancer dans l’amour de Dieu que la considération des souffrances et de la mort du Sauveur 4 . » « Aussi recommandait-il de

1 Année de la Visit., p. 90. — * Esprit, p. IV et V. — s Esprit, p. VII, cli. x. — ♦Esprit, p. VIII, ch. x.

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porter toujours la croixsur soi, et de la baiser ou regarder souvent avec respect et tendresse *. »

Pour lui, il avait peine à retenir ses lamies quand il considérait Notre-Seigneur en croix, ou qu’il avait à parier sqr ce mystère : « 0 Dieu , disait-il, si ce divin Uaitre a tant fait pour nous, que ne ferons-nous ! pas peur lui? S’il a donné sa vie afin de nous racheter, pourquoi ne consumerons-nous pas la nôtre à son service et pour son amour ? Oh ! qu’à jamais le jour de sa très-sainte Passion soit le jour de notre cœur* ! v S’il compatissait vivement aux douleurs du Fils de Dieu, il n’était pas moins sensible aux humiliations, à la faiblesse et au dènûftlent de son enfance. Oit peut voir dans celles de ses lettres qui portent la date de Noôl, de la Circoncision, de l’Épiphanie, de la Purification, combien ces mystères lui étaient chers et quelles impressions ils produisaient sur son cœur.

c Mon Dieu ! que cette naissance du Sauveur fait naître de saintes affections dans les âmes, surtout de parfaite abnégation des biens, des pompes et des avantages de ce monde! Je ne sais, mais je ne trouve pas de mystère qui mêle si suavement la tendresse avec l'austérité, l’amour avec la rigueur, la douceur avec l'âprété*. »

« Je ne sais guère que dire auprès de ce divin enfant; car il rte dit mot, et son cœur plein de ferveur pour les nôtresLoe se déclare que pôr dès plaintes, des larmes et; de douces œillades. Sa mère aussi se tait presque toujours et admire ce qu’on lui dit. Mon Dieu ! que ce silence m’enseigne de grandes choses ! Il m’apprend à faire la vraie oraison mentale; il m’apprend la ferveur amoureuse d’un: cœur qui, saisi d’affection et nourrissant ses douces pen- ;

1 Entret. xxn. — * Déposit. de sainte Chantal, art. xxyi. — 5 Lett. Dccif à sainte Chantai.

m DÉVOTION A LA SAlNTfi VIERGE.

9ées, a peur d’en perdre la 6uavilé s'il les prononce 1 . »!

« Je m’en vais un peu le prendre entre mes bras, ce doux Jésus, et le porter en la procession; et je lui dira* le Nuric Aimittis avec Siméon; comme de vrai, pourvu qu’il soit avec moi, je ne me soucie point en quel monde j’aille. Ah ! mon Dieu ! que je me sens redevable à ce Sauveur qui nous airne tant; et que je voudrais bien pour une bonne fois le serrer et coller sur ma poitrine* ! » i On voit le pieux évêque associer, dans ces passages, le souvenir de Notre-Seigneur et celui de sa très-sainte Mère. C’est ainsi qu’il crut devoir unir constamment l’un avec l’autre dans son cœur. Il eût craint de manquer à ce que méritait le Fils, s’il n’eût rendu à la Mère tout le respect et tout l’honneur dont il était capable.

• « Si les premiers chrétiens, dit-il, nous sont représentés comme n’ayant qu’un cœur et qu’une âme, à cause de leur mutuelle dilection, si saint Paul ne vivait plus lui-même, ains Jésus-Christ vivait en lui, à raison de l’extrême union de son. cœur avec celui de son Maitre, oh! vrai (Heu! combien est-il plus véritable que la sacrée Vierge et son Fils n’avaient qu’une âme, qu’un cœur et qu’une vie, en sorte que cette divine Mère vivant ne vivait pas elle, mais son Fils vivait en elle; mère la plus aimante et la plus aimée qui put jamais être, mais aimante et aimée dun amour incomparablement plus éminent que celui de tous les ordres des anges et des hommes, d’autant que les noms de mère unique et de Fils unique sont des noms au-dessus de tous les autres noms en matière d>mour. Et je dis de mère unique et d’enfant unique, parce que tous les autres enfants des hommes partagent la reconnaissance de leur production entre le père et la mère,

1 Lett. cccxui, suppléai. — * Lett. cvi à sainte Chantal, suppléai.

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jutais en celui-ci, comme' toute sa naissance humaine dépendit de sa seule mère , laquelle seule contribua, selon qu’il était requis, à la vertu du Saint-Esprit pour la conception de ce divin enfant, aussi à elle seule fut dû et rendu tout l’amOur qui provient de la production; de sorte que ce fils et cette mère furent unis d’une union d’autant plus excellente qu’elle a un nom différent en amour par-dessus tous les autres noms. Car à qui de tous les Séraphins appartient-il de dire au Sauveur : Vous êtes mon vrai fils? El à qui de toutes les créatures fut-il jamais dit par le Sauveur : Vous êtes ma vraie mère, toute mienne, et je suis votre vrai fils, tout vôtre? Si donc un serviteur aimant osa bien dire, et le dit en vérité, qu’il u’avait point d’autre vie que celle' de son maître, hélas ! combien hardiment et ardemment devait s’écrier cette mère : « Je n’ai point d’autre vie que la vie de mon fils;

< ma vie est toute en la sienne, et la sienne toute en la « mienne! » Ce n’était pas union, mais unité de coeur, d’âme et de vie, entre cette mère et ce fils *. »

Dès son enfance, il avait été consacré à cette divine reine, et il l’avait choisie pour sa patronne spéciale. 11 était né et avait été baptisé dans Poctave de l’Assomption. , Étant encore au collège, il avait fait vœu de virginité, sous les auspices de la très-sainte Vierge, et il renouvelait tous les ans ce vœu, le jour de la Présentation *. a J’ai aussi appris de lui-même, dit sainte Chantal, qu’il s’engagea, vers le même temps, à réciter chaque jour le chapelet, afin d’obtenir la délivrance d’une fâcheuse tentation qui le molestait. 11 mettait une heure â s’acquitter de ce devoir, parce qu’il méditait sur les mystères; et il était si soigneux de n’y pas manquer, que, lorsque les affaires lui

1 Traité de l’amour de Dieu, liv. VU, cli. nu. — * Déposit.

m iævôîioït a la sainte vierge.*

étaient le loisir d’y vaquer pendant le jour, importait son chapelet an bras, pour se souvenir de lé réciter avant dè se coucher; et, lorsqu’il était malade à ne pouvoir parler, il le faisait dire devant lui par quelqu’un des siens, afin d'en suivre mentalement la récitation l * . »

C'est de la même époque que date sa dévotion pour ta prière Memorare. On sait qu’il la disait tous les jours et qu’il en recommandait beaucoup l’usage *.

Il ne manquait pas non plus, lorsqu’il entendait sonner l'Angelus , de se découvrir et de se mettre à genoux pour Je réciter, en quelque endroit qu’il se trouvât 5 ; ■

Aussi, lorsqu’il fut sur son lit dé mort, quelqu’un lia ayant fait, pour le ranimer, celte question : « Ne vous ressouvenez-vous pas de la très-glorieuse Vierge Marie ? s son premier mouvement fut de répondre : * Je F» priée tous les" jours de ma tvie*. j> ’ :

Ce fut sa dévotion pour la très-sainte Vierge qui ldi inspira ta plupart de ses pèlerinages, à Notre-Dame des Grés à Paris, à Notre-Dame de la Compassion à Thonon, à la sainte maison deLorrette et en divers lieu*.

Quand il revint de Rome avec le bref de sa nomination la coadjutôrerie de Genève, il voulut passer par Lorrette, pour remercier la mère de Dieu des grâces qull en avait reçues. 11 avait déjà visité ce sanctuaire; mais ce n'en fut pas pour lui une moindre consolation d’ouvrir alors son cœur à l’Èsprît-Saint dans le lieu même où il tt opéré lé mystère de l'incarnation. M. de Ch zé, qui l’accompagnait, le pressant d'interrompre sa prière. « Par amitié, mon Cher frère, lui répondit-il, laisséz-moi eneore ici pour irtte heure. Je fenoutelle tous les vœux que j’ai faits à la «

1 Déposit. de sainte Chaulai; Vie, par le P. la Rivière. — * Es-

prif, p. IV, ch. 38. — 5 Déposit. — 4 Vie, par Charl. Aug., liv. X.

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