‹ Saint François de Sales, modèle et guide du prêtre et du pasteurChapitre 69 sur 82 · DÉVOTION A LA SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

DÉVOTION A LA SAINTE VIERGE

doute sur la réalité du privilège dont elle fut l’objet dans ce mystère.

« Le Fils de Dieu, dit-il, étant tout sage, tout puissant et tout bon, se devait préparer une mère à son gré; c’est pourquoi il voulut que sa Rédemption lui fût appliquée par manière de remède préservatif, afin que le péché qui s’écoulait de génération en génération ne parvint point à elle; de sorte qu’elle fût rachetée si excellemment, qu’encore que par après le torrent de l’iniquité originelle vint rouler ses ondes infortunées sur la Conception de cette sacrée Dame, avec autant d’impétuosité comme il eût fait sur celle des autres filles d’Adam , si est-ce qu’étant arrivé là, il ne passa point outre, ains s’arrêta court, comme fit anciennement le Jourdain, du temps de Josué, et pour le même respect. Car ce fleuve retint son cours, en révérence du passage de l’Arche de l’alliance; et le péché originel retira ses eaux, révérant et redoutant la présence du vrai tabernacle de l’alliance éternelle.

« De cette manière doncques, Dieu détourna de sa glorieuse mère toute captivité, lui donnant le bonheur des deux états de la nature humaine, puisqu’elle eut l’innocence que le premier Adam avait perdue, et jouit excellemment de la Rédemption que le second lui acquit : rédemption admirable, chef-d’œuvre du Rédempteur, et la première de toutes les rédemptions, par laquelle le Fils, d’un cœur vraiment filial, prévenant sa Mère ès bénédictions de douceur, la préserva non-seulement du péché, comme les anges, mais aussi de tout ce qui pouvait divertir ou retarder l’exercice du saint amour. Aussi protestet-il qu’entre toutes les créatures raisonnables qu’il a choisies, cette mère est son unique colombe, sa toute parfaite, sa toute chère bien-aimèe, hors de toute comparai-

son 1 * . Tous les saints et les ang'fes ne sont comparables qu’aux étoiles, et le premier d’entre eux à la première d’entre elles; mais la très-sainle Vierge est belle comme la lune, aisée à choisir et à discerner entre tous les saints, comme le soleil entre les astres*. »

Quelque idée que François de Sales eut de la prééminence de la Mère de Dieu, sa dévotion n’était cependant pas exclusive; « elle s’étendait à tous les saints, dit sainte Chantal, et il aimait à prêcher leurs louanges, surtout celles du Prince des apôtres et de saint Joseph, qu’il nommait très-souvent à ses messes. Il honorait aussi spécialement les deux saints Jean, saint Louis, roi de France, saint Thomas d’Âquin et saint Bernard. Il avait encore une affection très -particulière pour saint Charles Borromée, les pénitents, la Magdeleine, le bon larron, et ceux qui avaient le plus travaillé pour l’Église ou qui S’étaient le plus abandonnés à la Providence 3 . »

On sait qu’il invoquait souvent les anges gardiens. En entrant dans le Chablais il appela à son secours l’ange de la province. Quand il avait des conférences avec les hérétiques, il priait leurs bons anges de l’aider de leurs inspirations; et, quand il prêchait, il prenait un instant, après Y Ave Maria , pour saluer et invoquer ceux de ses auditeurs.

Il* recommandait beaucoup cette dévotion aux saints anges; et il citait à l’appui de ses conseils les autorités et les exemples. « Le grand Pierre Faure, premier compagnon de saint Ignace, dit-il, passant par ce diocèse, lieu de sa naissance, racontait qu’ayant traversé plusieurs pays hérétiques, il avait reçu mille consolations d’avoir salué,

1 Traité de l’Amour de Dieu, liv. II, ch. vi. — *Préfaçe de l’Amour

de Dieu. — 5 Déposit. de sainle Chantal.

en abordant chaque paroisse , les anges protecteurs d’icelle; et il reconnaissait qu’ils lui étaient venus en aide, soit pour le garantir des embûches des hérétiques, soit pour lui rendre plusieurs âmes douces et dociles à recevoir la doctrine du salut 1 . )>

Un de ses collègues, nouvellement promus à l’Épiscopat, lui ayant demandé ses conseils : « Je vous souhaite, lui répondit le pieux prélat, beaucoup de confiance et de dévotion à l’endroit du saint ange gardien et protecteur de votre diocèse; car c’est une grande consolation d’y recourir en toutes les difficultés. Tous les Pères et Théologiens sont d’accord à enseigner que les évêques, outre leur ange particulier, ont l’assistance d’un autre ange, commis pour leur office et charge. Vous devez avoir beaucoup de confiance en l’un et en l’autre, et par de fréquentes invocations contracter avec eux une spèciale familiarité. »

Entre tous les saints, le Prince des apôtres, patron de l’Église de Genève, et fondement de l’Église universelle, lui inspirait une particulière vénération.

a O glorieux apôtre ! lui disait-il dans un de ses pre miers discours, obtenez-nous la grâce d’appuyer toujours notre foi sur l’Eglise, laquelle étant fondée sur vous, après Notre-Seigneür, comme sur une pierre ferme, est la vraie colonne et le firmament de la vérité. Je soumets à vos pieds tout ce que jamais je dirai, en la chaire et ailleurs; car vous êtes celte pierre, sur laquelle a été fondée l’Église de Jésus-Christ, auquel soit honneur et gloire pour tous les siècles des siècles 2 . »

Lorsqu’il vint à Rome pour sa nomination à l’Épiscopat,

1 Introd. à la Yie dévote, liv. II, ch. xvi. — * Sermon jH)ur la fôte

de saint Pierre.

sa première visite fut pour la Confession de saint Pierre, et il disait plus tard qu’il n’y avait aucun lieu du monde, après Lorette, où il eût reçu plus de grâces l * * .

Sa dévotion pour saint Joseph avait quelque chose de plus affectueux et de plus tendre encore. Il avait coutume de jeûner au pain et à l’eau la veille de sa fête. Le jour même, il cétébrait une messe solennelle; et les musiciens d’Annecy qui cherchaient l’occasion de lui faire plaisir ne manquaient jamais d’y assister et d’y exécuter quelque morceau. A l’office du soir, il prêchait et ne tarissait point sur l’éloge du Père nourricier du saint enfant Jésus*. « Je ne trouve rien de plus doux à mon imagination, disait-il, que de voir le céleste petit Jésus entre les bras de ce grand saint, l’appelant mille et mille fois son père, en son langage enfantin et d'un cœur filialement amoureux 5 . »

Saint Charles, dont la canonisation était toute récente, ne pouvait manquer d’intéresser aussi vivement sa piété. Dès que la vie de ce saint eut élé publiée, il s’empressa de s’en procurer un exemplaire. Ce fut à son intercession qu’il recourut, dans la maladie qui faillit lui enlever sainte Chantal, au moment même de la fondation de son ordre 4 ; et, après avoir obtenu miraculeusement la grâce qu’il demandait,' ce fut à son tombeau qu’il voulut aller offrir ses aclions de grâces. Il se félicita d’être logé à Milan par les pères Barnabites, dans la pauvre chambre où le saint cardinal se retirait pour faire ses retraites, et il regarda comme une grande faveur de recevoir de l’archevêque Frédéric Bofffomée quelques reliques de son saint oncle 5 .

Dans ces occasions du reste, sa foi le rendait inacces-

1 Année de la Visit., p. 138. — * Année de la Visit., p. 154. —

’ Lett. dxxxix. — 4 Année de la Visit., p. 160. — 5 Lett. cixix,

supplément.

sible au respect humain , et la simplicité brillait dans sa dévotion comme dans toute sa conduite.

Étant à Grenoble pour prêcher le Carême, il alla vénérer, chez les Minimes, le manteau sur lequel saint François de Paule leur fondateur traversa la mer. Tandis qu’il était à genoux près de l’autel, il fut presque renversé par la foule, que la dévotion et la curiosité attiraient devant la châsse. Les uns marchaient sur ses habits, les autres s’appuyaient sur ses épaules, sans qu’il se relevât ou qu’il lit entendre une seule plainte. Au sortir de l’Église, les religieux lui témoignèrent leur peine de ce qu’il avait dû souffrir, el ils lui dirent qu’ils avaient admiré sa patience, v Mais ne faut-il pas, répondit-il, que chacun contente sa piété?... Du reste, je vous assure que je n’ai guère pris garde à ce qui se passait autour de moi : toute mon attention était pour saint François de Paule et pour sa pieuse famille, à laquelle j’ai l’avantage d’appartenir*. »

Un jour, une personne s’avisa de lui dire, pour le mortifier, qu’on lui attribuait la dévotion de ces femmelettes qui courent offrir un cierge à saint Antoine de Padoue, pour retrouver leur quenouille après qu’elles l’ont égarée. L’humble prélat souffrit la raillerie, mais il pria le railleur de séparer à l’avenir les sottises de François de Sales, de la piété et de l’honneur dus aux saints. « J’approuve de tout mon cœur, ajouta-t-il, la confiance qu’on a en saint Antoine. Dieu a montré que telle est sa volonté, puisqu'il a cent fois opéré des miracles par l’intercession de ce saint. J’aurais môme envie, monsieur, que nous lui fissions ensemble un vœu, afin de recouvrer ce que nous perdons tous les jours, vous la simplicité chrétienne, et moi l’humilité, dont je néglige la pratique*. » Ainsi témoi-

1 Année de la Visit. , p. 159 . — * Année de la Visit.. p. 15C,

AMOUR DU PROCHAIN

^nait-il son estime pour les dévoilons populaires, et sa foi aux miracles obtenus par la prière fervente d’une foi vive et simple !

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