CHAPITRE IX
PAIX INTÉRIEURE
Une des qualités qui charmaient le plus en saint François de Sales et qui inspiraient la plus haute idée de sa
1 Lett. dcxli. — * Déposit. de sainte Chantal. — 5 Lett. dcccxvi. — 4 Esprit, part. XII, ch. i. — 5 Déposit. de sainte Chantal
PAIX INTÉRIEURE
vertu, c’était la paix de son âme et le calme constant de son esprit et de son cœur, rCe prélat, disait M. de Bérutle, a une paix imperturbable 4 . »
a En effet, dit sainte Chantal, il possédait une paix parfaite, et, comme, il avait en lui ce trésor, c’est la vérité qu’il le communiquait aux personnes qui l’approchaient. On ne peut dire le grand nombre de ceux qui, étant venus tout troqblés et inquiets, s’en sont retournés tranquilles et paqflés. J’en parle par expérience et je l’ai éprouvé une infinité de fois *. »
Autant il aimait cette disposition, autant il avait d 'éloignement pour tout ce qui pouvait l’altérer. « Comme voufc savez, disait-il à sainte Chantal, j’ai grande aversion des esprits troubles et passionnés 5 . Quand tout le monde se renverserait sens dessus dessous, je ne me troublerais pas; tout le monde ensemble est de peu de valeur en comparaison de la paix du cœur 4 . »
« Vous savez, disait-il à ses religieuses d’Annecy, que quand notre lac est bien calme, et que les v nts n’agitent point ses eaux, le ciel en une nuit bien sereine 3 est si clairement représenté avec les étoiles, que regardant en bas l’on voit aussi bien la beauté du ciel que si on la regardai en haut. De môme, quand notre âme est bien tranquille et que les vents des soins superflus, inégalités d’esprit et inconstances ne la troublent et inquiètent point, elte est fort capable de porter en elle l’image de Notre- Seigneur. Mais, quand elle est troublée, inquiétée et agitée des diverses bourrasques des passions, qu’on se laisse gouverner par elles, et non par la raison qui nous rend semblables à Dieu, lors nous ne pouvons plus repré-
4 Déposit. de sainte Chantal. — 5 Ibid. — 3 F.ett. exu, supplérn.
— 4 Lelt. cxxi de sainte Chantal.
PAIX INTÉRIEURE. 3f.R
«enter la belle et très-aimable iriiage de Notre-Seigneur crucifié ni la diversité de ses excellentes vertus, et notre âme n’est plus capable de lui servir de lit nuptial ! . »
Cette paix n’était pas un simple don de la nature, il s’était appliqué de bonne heure à l’établir en lui, et il veillait sans cesse pour écarter tout ce qui pouvait le moins du monde la troubler : l’ardeur des désirs, les émotions vives, l’empressement, l’inquiétude, l’appréhension, l’impatience.
« Je vis il y a quelque temps, dit-il à sainte Chantal, une fille qui portait sur sa tête un seau d’eau, au milieu duquel elle avait mis un morceau de bois. Je voulus savoir pourquoi; et elle me dit que c’était pour arrêter le mouvement de l’eau, de peur qu elle ne s’épanchât. Eh! donc dorénavant, ce dis-je, il faut mettre la croix au milieu de nos cœurs, pour arrêter les mouvements de nos affections en ce bois et par ce bois, de peur qu’elles ne s’épanchent ailleurs ès inquiétudes et troublements d’esprits *. » a Hélas ! nous ne sommes pas en ce monde pour faire nos volontés, mais pour faire celle de la bonté divine qui nous y a mis. 11 fut écrit de vous, ô Sauveur de mon âme, que vous feriez la volonté de votre Père éternel, et par le, premier vouloir humain de votre âme, à l’instant de votre conception, vous embrassâtes amoureusement cette loi de la volonté divine et la mites au milieu de votre cœur, pour y régner et dominer éternellement. Ali ! qui fera cette grâce à mon âme qu’elje n’ait point de volonté que la volonté de son Dieu 3 ? »
« Dieu avait exaucé ce désir de son serviteur avec une telle perfection qu’il pouvait dire de lui : t Ceux qui me
4 Enlret. ni. — Lelt, cxii à sainte Chantal, supplôm. — * Traité de l’Amour de Dieu, liv. VIII, ch. tu.