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PAIX INTÉRIEURE
« connaissent savent bieh que je ne veux rien ou presque « rien avec passion et violence, et que, quand je fais des « fautes, c'est par ignorance l * . Je veux peu de choses, et « ce que je veux, je le veux fort peu. Je n’ai presque point a de désirs, et, si j’étais à renaître, je n’en voudrais point « du tout *. Je laisserais vouloir Notre-Seigneur pour « moi, déposant tout soin superflu entre ses divines « mains s . »
ft Hier, j’allai sur le lac en une petite barquette pour visiter M. l’archevêque devienne, et j’étais bien aise de n’avoir pas de soutien qu’un ais de trois doigts, sur lequel je me pusse assurer, sinon la sainte Providence. Et si j’étais encore bien aise d'être là dans la dépendance du nochér qui nous faisait asseoir et tenir fermes, sans remuer, comme bon lui semblait; et vraiment je ne remuais point... Mais ce ne sont là que de petites imaginations de vertus que mon cœur fait pour se récréer 4 . »
Une des considérations qui contribuaient le plus à tenir son âme dans la paix, c’était la vanité de toutes les affaires et de toutes les préoccupations humaines.
« Nous serons bientôt dans réternité, écrivait-il à une personne qu’il voulait détacher du monde, et pour lors nous verrons combien toutes les affaires d’ici-bas sont peu de chose, et combien il importait peu qu’elles se tissent ou ne se fissent pas. Quand nous étions petits enants, avec quel empressement assemblions - nous des morceaux de tuile, de bois ou de la boue pour faire des maisons et de petits bâtiments ! Et si quelqu’un nous les ruinait, nous en étions marris et pleurions... Maintenant, nous reconnaissons bien que tout cela importait fort peu.
1 Lett. Dcccni. — * LeU. dccvii à sainte Chantal- — 5 Déposât., et
Lett. chi de sainte Chantal. — 4 Lett. lxxii à sainte Chantal.
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Un jour il en sera de même au ciel, nous verrons que toutes nos affections au monde étaient de vraies enfances.
« Je ne veux pas ôter le soin que nous devons avoir de ces petites tricheries et bagatelles; car Dieu nous les a commises en ce monde pour exercice. Mais je voudrais bien ôter l'ardeur et la chaleur de ce soin. Faisons nos enfances, puisque sommes enfants; mais au moins ne nous morfondons pas à les faire, et, si quelqu'un ruine nos maisonnettes et petits desseins, ne nous en tourmentons pas beaucoup; car aussi quand viendra ce soir auquel il faudra se mettre à couvert, je veux dire la mort, toutes les maisonnettes ne serviront de rien ; il faudra se retirer en la maison de notre Père K »
Quelque bon et utile que fût un projet, le saint était toujours dans la disposition d*\ renoncer, s'il arrivait que la Providence en entravât l'exécution.
Jusqu'à la fin de sa vie, il nourrit dans son esprit le dessein de plusieurs ouvrages de piété dont la composition lui paraissait propre à procurer la gloire de Dieu et la sanctification des âmes. « Il s’en entretenait encore avec un de ses amis quelques mois avant sa mort. Celui-ci ne peut s’empêcher de lui faire observer que c'était là une bien grande besogne pour son âge. — Mon père, repartit l’évéque, pour occuper saintement son esprit, il faut se proposer une longue lâche, comme si l’on avait à vivre toujours, et y travailler avec calme et détachement de cœur, comme si l’on devait mourir demain*. »
Une année, il se proposait de prêcher la station du carême, lorsqu'il fut saisi d’une fièvre continue. Ce contretemps, loin de lui arracher un seul mot de plainte, ne
1 Lett. bgcliy. — * Année de la Visit.. p. 175.
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troubla pas môme un seul moment sa sérénité. « Si Dieu, dit*il, ne veut pas que je le serve en prêchant, mais en souffrant, que sa volonté soit faite 4 . »
Son grand mot était : « Dieu me veut ainsi; il veut cela de moi; que me faut-il de plus? Tandis que je fais cette action, je ne suis pas obligé d’en faire une autre. Notre centre est la très-sainte volonté de Dieu. Hors de là, ce n’est que trouble et empressement*. »
<< Quelquefois on s’étonnait de lui voir consumer de longues heures avec des gens du peuple qui l'entretenaient de fort petites choses. Elles leur paraissent grandes, disaitil, et ils demandent à être consolés comme si elles étaient telles. Dieu sait bien que je n’ai pas besoin de plus grands emplois. Toute occupation m’est indifférente, pourvu quelle se rapporte à son service. Tandis que je fais ces petits ouvrages, je ne suis pas obligé d’en faire d’autres. N’est-ce pas une assez grande occupation que de faire la volonté de Dieu 5 ? »
« On ne le remarquait jamais troublé ni ennuyé, quand les affaires lui survenaient à l’imprévu les unes sur les autres; mais il les recevait avec douceur de la main de Dieu, et non pas selon la raison humaine, regardant ces choses, non en ce qu’elles étaient par elles-mêmes, mais en celui qui les envoyait. De cette manière il était toujours en oraison, puisqu’il tenait son cœur continuellement soumis au bon plaisir de Dieu, auquel il acquiesçait simplement sans distinction ni exception quelconque \ »
Tels sont, suivant lui, le caractère et le privilège de la parfaite charité. « Toutest doux aux doux, disail-il, et tout est saint aux saints 5 . » « C’est le vrai signe que nous n’ai-
1 Esprit, p. II, ch. xxv. — * Esprit, p. I, ch. xm. — 3 Esprit, p. X, cil. ni. — 4 Déposit. de sainte Chantal. — * !.ett. dccxxvit.
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nions que Dieii en toutes choses, quand nous l’aimons également en toutes choses ; car, puisqu’il est toujours égal à lui-même, l’inégalité de notre amour envers lui ne peut tirer son origine que de la considération de quelque chose qui n’est pas lui l . Du reste, les occupations nécessaires ne diminuent point l’amour divin; au contraire, elles l’accroissent et le perfectionnent. Le rossignol n’aime pas moins sa mélodie quand il fait ses pauses que quand il chante ; les cœurs dévols n’aiment pas moins l’amour quand ils se divertissent pour les nécessités extérieures que quand ils prient : leur silence et leur voix, leur action et leur contemplation, leur occupation et leur repos, chantent également en eux le cantique de leur dilection 2 * . »
« Quelque chose qu’il eût à faire et de quelque affaire qu’il s’occupât, il y appliquait tout son esprit, comme n’ayant que cela à traiter et comme si c’eût été la dernière chose qu’il eût eu à faire en ce monde 5 . « Petit à « petit, disait-il, tout se fera 4 . Jamais besogne faite avec « impétuosité et empressement ne fut bien faite. On fait « toujours assez tôt quand on fait bien 5 . »
« L’empressement était, suivant lui, la perte de la dévotion; et il blâmait souvent ceux qui, mettant tout le mérite dans la multitude des œuvres, veulent faire à la fois toutes sortes d’actes de piété. 11 appelait cela vouloir enfiler plusieurs aiguilles à la fois 6 . »
« Mon saint frère, disait le comte Louis de Sales à la mère de Chaugy, vivait paisiblement dans le sein de la Providence de Dieu et dans l’attente de ses promesses, au milieu même des affaires les plus désagréables. Après y avoir apporté tous ses soins, il avait eoutume de se tran-
1 Esprit, p. III, cl», xvi. — 5 Traité de l’Amour de Dieu, liv. XII,
cli. v. — 5 Esprit, p. X, ch. xu. — * Lett. xctii à saitite Chantal,
supplém. — 8 Introd,, liv. III, ch. x. — 6 Esprit, p. X, ch. tu.
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quilliser par ces paroles du saint homme Tobie : « Nous « aurons toujours de grands biens si nous avons la * crainte de Dieu : Multa bona habebimus> si timuerimus < i Deum l . »
« Faisons tout bellement ce qui se peut pour réussir dans notre dessein, écrivait-il à sainte Chantal ; mais après tout, si l’œil de Dieu, qui pénètre l’avenir, voyait que cela ne doit pas revenir à sa gloire ni à nos intentions, et si sa divine majesté en ordonnait autrement, il ne faudrait pas pour cela en perdre le sommeil d’une seule heure. Le monde parlera... Que dira-t-on?... Tout cela n’est rien pour ceux qui ne voient le monde que pour le mépriser, et qui ne regardent le temps que pour viser à l’éternité. S’il ne plaît pas à Dieu, il ne me plaît pas non plus. Je suis, je serai, je veux être à jamais à la merci de la Providence de Dieu, sans que ma volonté y tienne d’autre rang que celui de suivante 2 . »
11 ne se troublait pas plus des calomnies et des injures que des dérisions et des mépris.
« Peu après qu'il eut été élevé au sacerdoce, son évêque, sur certains rapports qui lui avaient été faits, conçut de la défiance à son égard. François s’en aperçut, mais il résolut de supporter en paix la peine qu’il en éprouvait, et de continuer ses fonctions ordinaires avec le même zèle et la même assiduité, sans se relâcher en rien du respect et de la déférence qu’il avait toujours eue pour son prélat. Celui-ci reconnut bientôt la vérité. Il lui rendit ses bonnes grâces, et le premier usage que le saint en fit fut d’obtenir le pardon de ceux qui l’avaient calomnié s . *
Sainte Chantal rapporte quelle le vit une fois traité de
1 Vie du comte, par le P. Huilier, p. 3. — * lett. cxii, supplém
— 5 Année de la Visit., p. xlv.
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la manière la plus indigne, sans qu’il témoignât la moindre émotion. Désirant savoir s’il n’avait pas été du moins ébranlé à l’intérieur, elle lui demanda ce qu’il avait ressenti dans un moment si pénible à la nature. < Jamais plus de paix, * répondit-il l .
Dans une autre occasion, comme cette sainte se plaignait à lui des censures et des outrages dont elle était l’objet : « Eli ! pensez-vou3, lui dit-il, que je sois à l’abri de ces sortes d’attaques? Mais c’est la vérité : je ne fais qu’en rire quand je m’en ressouviens, ce qui est assez rare. O Dieu! que ne suis-je insensible aux autres accidents et suggestions malignes, comme je le suis aux injures et mauvaises opinions que l’on a de moi 1 ! »
« Depuis votre départ, lui écrit-il une autre fois, je n’ai cessé de recevoir des traverses, et grosses et petites; mais ni mon cœur ni mon esprit n’ont été traversés, Dieu merci. Jamais plus de suavité, plus de douceur; jusqu’à hier que les nuages le couvrirent. Et maintenant que je reviens de la sainte messe, tout est serein et clair 5 . »
S’il s’élevait parfois quelque trouble dans son intérieur, il n’en paraissait jamais rien au dehors. Le saint prélat se possédait parfaitement jusque dans les contre-temps les plus fâcheux, et l’on ne pouvait saisir le moindre signe d’impatience dans ses paroles ni dans ses démarches.
Dans le dernier voyage qu’il fit en France, il dut s'embarquer à Lyon pour descendre le Rhône jusqu’à Avignon . Le maître de la barque auquel il se présenta demanda son passe-port, et comme on n’avait pas songé à s’en pourvoir, il refusa de l’admettre, sous prétexte qu’il était étranger. Ceux qui accompagnaient le prélat s’emportaient contre cet homme et voulaient le faire repentir de son im-
1 Déposit. — * Lett. cxn. — 5 Lett. xcm.
3'fl MODESTIE.
politesse. « Uissez-le, leur dit le saint, il fait son métier de batelier, et nous ne savons pas celui de voyageur. » Puis il envoya un de ses aumôniers demander un passeport au gouverneur, et il attendit patiemment plus d’une heure et demie sur le quai, sans dire un mot de plainte sur l’imprévoyance de ses gens. Comme quelqu’un lui témoignait son regret d’un tel retard dans une occasion si pressante : a 11 est vrai, dit-il, que je n’ai pas de temps à perdre; mais Dieu le sait, et il ne faut vouloir que ce qui lui plaît.» Enfin le passe-port arriva. François monta dans la barque sans avoir rien perdu de sa sérénité ordinaire, et il prit place tout près du batelier : « Car, dit-il, je veux faire amitié avec ce brave homme et lui parier un peu de Notre-Seigneur l . »
C’est ainsi que ce pieux prélat agissait constamment en véritable enfant de Dieu, et qu’il méritait la béatitude promise à ceux qui se montrent dignes d’un si beau titre : Beati pacifici quoniam filii Dei vocabnnlur .